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La revue du web 01/04/2011

6 min
À retrouver dans l'émission

Par Thomas CLUZEL

Hier matin, je me suis rendu au travail avec une facilité déconcertante, qui contraste avec les embouteillages à répétition habituels. Abidjan est une ville morte aujourd'hui, en attente de la libération, ou du moins de la fin de cette situation aberrante qui dure depuis 4 mois maintenant. Tout le monde retient son souffle, tout le monde souhaite que cela s'arrête avec le moins d'effusion de sang. Ce témoignage à lire sur le site du journal LE MONDE rend compte ce matin de la tension qui règne à présent dans la capitale économique du pays, hérissée de barrages tandis que la plupart des habitants préfèrent rester chez eux dans la crainte d'une bataille finale. Quatre mois après le début de la crise postélectorale, le président ivoirien reconnu par la communauté internationale, Alassane Ouattara, n'a jamais été aussi près de la victoire peut-on lire encore dans les colonnes du quotidien du soir.

La Côte-d’Ivoire au bord du vide titre pour sa part le journal LIBERATION ... Hier soir, les rumeurs les plus folles couraient sur des défections en cascade, des ralliements de la vingt-cinquième heure et des départs précipités à l’étranger de caciques du régime précisent Sabine Cessou et Thomas Hofnung. En milieu de journée, l’Afrique du Sud a annoncé que le chef d’état-major des armées s’était réfugié avec femme et enfants au sein de son ambassade à Abidjan. Le chef des Jeunes patriotes se cacherait lui à Abidjan après s'être vu refuser l’accueil par l’ambassade d’Angola. Les casernes se seraient vidées, les portes de la prison centrale ont également été ouvertes. Au final Gbagbo ne disposerait plus donc que du soutien des forces spéciales, positionnées autour de sa résidence et autour du palais présidentiel. Alors dans ce contexte, la bataille d’Abidjan aura-t-elle lieu interrogent les deux journalistes ? Laurent Gbagbo n’a finalement pas appelé les Jeunes patriotes à descendre dans la rue. Il n’y avait, de toute façon, plus personne pour les encadrer. Mais les forces spéciales sont-elles prêtes à déposer les armes ? Et dans les quartiers soumis depuis des semaines à une brutale répression, ne risque-t-on pas d’assister qui plus est à des règlements de compte en série ?

Antoine Glaser spécialiste de l'Afrique interrogé dans les colonnes du FIGARO semblent sur cette question plutôt optimiste. Les Ivoiriens confrontés depuis septembre 2002 à une crise interminable, éprouvent dit-il une grande lassitude. Ils ont d'ailleurs exprimé leur volonté de changement lors de la dernière présidentielle. Et je ne suis pas certain poursuit-il que les Forces républicaines loyales à Ouattara fassent le choix d'entrer en force dans Abidjan, au risque de provoquer un bain de sang. Alors quelle pourrait être l'alternative. On peut imaginer que les forces pro Ouattara encerclent la capitale économique afin d'étouffer un peu plus le régime et de précipiter les dernières défections. Et si le Conseil de sécurité de l'ONU vote la résolution interdisant l'usage des armes lourdes à Abidjan, l'Onuci et les 900 soldats de «Licorne» pourront alors désarmer les unités restées fidèles à Gbagbo. À partir de là, le président sortant n'aura plus le choix qu'entre la reddition et une hypothétique fuite à l'étranger. À moins, à moins qu'il ne choisisse de «mourir en martyre», comme il en a récemment exprimé l'intention.

Hier, dans ce début de nuit qui s'installe avec une promptitude qui ne manque jamais d'effrayer, le crépuscule d'un homme a commencé écrit pour sa part Yves Harté dans les colonnes de SUD OUEST ce matin. Laurent Gbagbo, l'ancien socialiste persuadé que les ex-puissances coloniales guidaient la main et les armes de ses opposants, le nouveau mystique convaincu par sa femme que Dieu l'avait désigné du doigt pour présider aux destinées de son pays, Laurent Gbagbo donc est devenu un tyran sans même le savoir. Il aurait pu rester dans les mémoires comme l'un de ces présidents africains pour qui la démocratie, dont il se prévalait hier, devenait aujourd'hui règle commune. Il est passé outre. Et son pouvoir, conquis de haute lutte, après, il est vrai, des années d'opposition, de menaces, d'emprisonnement et d'exil, ne lui aura finalement servi qu'à le changer en un despote aveuglé, rapace et clanique.

Le problème précise pour sa part Patrice Chabanet dans LE JOURNAL DE LA HAUTE MARNE c'est que la probable victoire d'Alassane Ouattara ne signe pas la fin des hostilités. Autrement dit les vaincus de demain n'auront de cesse de prendre leur revanche. Et pas forcément dans les urnes.

La partition de la Cote d'Ivoire, véritable poison inoculé depuis plus de dix ans, menace d'autant plus le pays, qu'elle s'opère sur une base ethnique, celle de l'ivoirité renchérit de son côté Xavier Panon dans LA MONTAGNE. La tâche qui attend Alassane Ouattara est donc immense. Après une décennie de divisions, il va falloir à l'homme du Nord se muer en président de réconciliation et reconstruire l'économie d'un pays riche, mais dévasté. L'enjeu est vital pour les Ivoiriens, mais aussi pour le continent africain. L'issue du bras de fer à Abidjan aura valeur d'exemple pour la démocratie et le développement en Afrique.

Un vent de liberté souffle en tempête contre les dictateurs africains estime toutefois Vincent Géré dans LIBERATION. Et il est sur le point d’emporter Laurent Gbagbo. Il y a quelques jours encore, le scénario du pire semblait inéluctable, celui d’une guerre civile, avec son cortège de haines et de violences massives. Au point que de multiples voix africaines dénonçaient l’indignation sélective de l’Occident et de la coalition internationale qui sauvaient Benghazi mais abandonnaient Abidjan. C’est l’heure des peuples : les Ivoiriens ont pris leur destin en main, ils sont en passe de réussir à se libérer. Il a fallu le sang-froid, la patience et l’habileté d’Alassane Ouattara et de ses partisans pour isoler Laurent Gbagbo, semaine après semaine, jusqu’à la chute finale. Cette victoire-là résonne déjà dans toute l’Afrique : c’est la possibilité même d’une transition démocratique à travers un processus électoral qui était en jeu. La communauté internationale n’est pas exempte de tous reproches: l’Afrique s’est divisée, l’ONU a tergiversé, et les Occidentaux ont semblé parfois baisser les bras. Mais au bout de compte, la détermination d’Obama, le travail en coulisse de la France et le ralliement tardif de l’Afrique du Sud ont joué leur rôle. Africains et Occidentaux ont désormais un même devoir : aider le peuple ivoirien en proie à une crise humanitaire majeure, 1 million de déplacés et 100 000 réfugiés au Liberia, pour éloigner définitivement le spectre de la guerre civile.

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