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La revue du web 12/04/11

6 min
À retrouver dans l'émission

Par Thomas CLUZEL

Alors ce matin et bien vous trouverez partout les mêmes images … celles du dictateur déchu, sonné. Laurent Gbagbo est assis sur un petit canapé raconte ce matin l’envoyé spécial du FIGARO Tanguy Berthemet. Il garde un visage étonnamment calme et digne. «S'il vous plaît. Pas maintenant, je n'ai rien à dire.» Seule la voix du président désormais déchu trahit sa fatigue et la grande peur des dernières heures. L'ex-chef d'État est sonné, à terre. Autour de lui, les cinq soldats des Forces républicaines qui assurent sa garde demeurent silencieux. Ils semblent bizarrement intimidés. La petite chambre de l'Hôtel du Golf où Laurent Gbagbo est retenu prisonnier semble étrangement étroite. En face, son épouse, Simone, cache ses yeux tuméfiés entre ses mains, ne laissant plus apparaître qu'une coiffure emmêlée. Sa robe est déchirée. Sa peau est rougie par les coups donnés par la petite foule d'opposants déchaînés. À l'extérieur, un homme brandit une mèche de cheveux en criant : «C'est la tresse de Simone !».

À l'Hôtel du Golf, la nouvelle de l'arrestation de Laurent Gbagbo n'a d'abord provoqué qu'une agitation agacée précise le journaliste. Personne ne veut croire à cette chute si facile. Et puis, et puis le passage de l'homme honni, à demi-nu, comme une surprise au beau milieu du hall, lève soudain les doutes. Immédiatement, une clameur frénétique secoue les bâtiments. L'entrée est envahie en quelques secondes par des centaines de partisans déchaînés d'Alassane Ouattara, ainsi que par des militaires en liesse. Cela hurle, cela crie, dans tous les sens, des slogans souvent incompréhensibles. On se tasse devant la porte donnant accès aux étages. Tout le monde veut voir le prisonnier. Tout le monde l'exige. «J'ai fait la guerre. J'ai le droit», braille notamment un ex-rebelle, en brandissant une amulette. «Il faut le tuer. Et pas par balles. Comme ça», tempête son voisin, en faisant tourner avec de grands moulinets une hachette au-dessus de sa tête. Lentement, la nervosité gagne. La joie fait place à une dangereuse colère rétrospective. L'arrivée des autres pensionnaires du bunker tournera même à la tentative de lynchage.

Alors si le spectacle d'un homme déchu est toujours pitoyable commente pour sa part Francis Brochet dans LE PROGRES DE LYON, qui pleurera devant les images de l'ancien dictateur en marcel blanc et son épouse, Simone, décoiffée et muette interroge l’éditorialiste ? Bien sûr les belles âmes diront leur manque de confiance en Ouattara et leur regret d'une issue trop violente. N'empêche, n’empêche conclue Francis Brochet Gbagbo est tombé ... et c'est une bonne nouvelle.

D’autant que cette guerre pourrait peser sur l'avenir de la démocratie en Afrique renchérit Didier Louis dans LE COURRIER PICARD lequel rappelle que dix-huit scrutins au total doivent encore avoir lieu cette année sur le continent noir. Voilà les dictateurs et les jusqu'au-boutistes prévenus dit-il. Le signal est clair, sinon dissuasif ajoute son confrère de L’EST REPUBLICAIN Rémi Godeau … Message aux dictateurs de tout poil : le maintien au pouvoir par la peur et le sang, c'est fini.

Et pourtant, et pourtant à lire ce matin le récit de Marc Blanchard dans les colonnes de LIBERATION on se dit que le message n’a pas été entendu par tous … L’envoyé spécial du journal a pu pénétrer dans la ville martyr de Deraa en Syrie. Les traces de bataille y sont encore fraîches. Plusieurs bâtiments, symboles du pouvoir honni, montrent des façades calcinées, comme autant de trophées des manifestants. Ici on ne craint plus ici dénigrer l’image du chef : les photos de Bachar al-Assad sont toutes maculées ou décapitées. Sur son téléphone portable Nabil montre discrètement les images que toute la région s’échange sous le manteau, celles des sanglants rassemblements. On y voit des manifestants à terre se vidant de leur sang, d’autres battus sauvagement par des hommes armés de gourdins qui s’acharnent sur eux sans relâche, et une voiture blanche parcourant la ville d’où des hommes tirent sans discrimination sur les groupes de protestataires. Sur toutes les petites vidéos amateurs, du sang et de la brutalité jusqu’à l’écœurement.

Et puis pour terminer, quand les poulets seront des humains. C’est le titre de la chronique de Laureline Karaboudjan à lire ce matin sur le site d’information en ligne SLATE … Chronique sur la sortie d’une bande dessinée intitulée Elmer signée Gerry Alanguilan, un auteur philippin. Elmer donc ou comment l’humanité réagit, refuse, accepte ou évolue face à un évènement qui chamboule son existence. Alors l’évènement perturbateur en question est aussi simple qu’irrationnel : un matin, les poulets se réveillent doués de raison. S’en suit donc sur 140 pages le récit de cette révolution. Alors l’homme est bête, nous le savons écrit la chroniqueuse. Et face à des gallinacées qui se mettent à parler, pire à se révolter contre les traitements inhumains qu’ils subissent et bien leur première réaction est de les tuer. Tous, ou presque. Il faut éliminer l’autre, celui qui est différent, celui qu’on ne comprend pas ou qui nous fait peur. Mais heureusement tous les hommes ne sont pas bêtes, nous le savons aussi. Certains, des résistants décident de cacher les volailles, d’essayer de les comprendre, de les défendre, mieux d’apprendre à vivre avec. Et ce n’est pas toujours chose facile. Des Ligues de poulets revanchards notamment ne veulent pas pardonner aux humains, et agissent comme des justiciers francs-tireurs, à la recherche des tortionnaires d’hier et d’aujourd’hui qu’ils massacrent à coups de bec. Alors à travers cette histoire de poulets, vous l’aurez compris c’est bien entendu l’histoire contemporaine des hommes y compris jusqu’aux évènements les plus récents que l’auteur a chois de réinterpréter. Et Laureline Karaboudjan l’avertissement de Camus dans la Peste où le narrateur met en garde : la maladie est partie, mais elle pourra toujours revenir. Elle pourra toujours nous faire basculer de l’autre côté et montrer ce que l’on a de pire, ou bien parfois et pour certains de meilleur en nous.

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