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La revue du web 14/03/11

6 min
À retrouver dans l'émission

Par Thomas CLUZEL

Les Japonais vivaient depuis toujours dans la crainte du «Big One», ce séisme mythique qui transformera d'abord leur pays en ruines avant de les submerger par un tsunami. Et bien depuis vendredi, ils affrontent désormais «the Long One», stoïquement, avec le calme qui règne dans l'œil du cyclone écrit ce matin l'envoyé spécial du FIGARO Régis Arnaud. On peine à mesurer à quel point la côte pacifique du Japon est devenue une sorte de gigantesque vaisseau flottant, dont les passagers ressentent une sorte de houle en permanence écrit-il. Et pourtant le calme règne.

Le Japon, terre d’ordre et de protocole, n’est certes plus qu’un terrain vague de destructions et de villes englouties renchérit ce matin l'éditorialiste de LIBERATION. Mais aucune scène de panique, aucune scène de pillage. Juste un pays qui essaie de surmonter le pire drame de son histoire depuis 1945.

La dignité, le courage et même la noblesse de la société japonaise face au déchaînement extrême de la nature sont en tout point admirables écrit encore Dominique Moïsi dans LES ECHOS ce matin. Existerait-il dans le code génétique japonais comme un mélange unique de fatalisme et de résistance, de discipline collective et d'attention à l'autre qui serait la contrepartie de l'absence de l'individualisme au sens occidental du terme interroge-t-il ? Dans une société pour laquelle l'« absolu » n'existe pas et où tout est en quelque sorte « relatif », de la joie à la douleur, la « résistance collective » est peut-être plus facile, avec des conséquences terribles pendant la Seconde Guerre mondiale mais aussi des comportements admirables aujourd'hui face au désastre.

Alors tandis que la situation s'aggrave d'heure en heure à la centrale de Fukushima, faisant craindre une catastrophe nucléaire et bien certains semblent donc découvrir avec étonnement aujourd'hui l'existence de nombreuses centrales nucléaires dans cet archipel secoué par les tremblements de terre. Car si le Japon est le pays des cerisiers en fleurs et des mangas, c'est aussi, avec ses 55 réacteurs, le troisième producteur d'énergie nucléaire au monde, après les Etats-Unis et la France précise ce matin Mathieu Gaulène sur le site d'information en ligne MEDIAPART. Alors l'établissement d'une industrie nucléaire dans un pays ayant connu par deux fois le feu nucléaire peut surprendre c'est vrai. Et de fait, la population japonaise a toujours entretenu un rapport difficile avec son industrie. La plupart des sondages d'ailleurs montrent depuis la fin des années 80 un net rejet du nucléaire, mais les “anti” n'ont jamais réussi à faire changer le pays de direction. Alors pourquoi le Japon a-t-il fait le choix du nucléaire interroge le journaliste ? Les différents acteurs utilisent souvent l'argument de la dépendance énergétique pour justifier ce choix. Le taux de dépendance du Japon à l'étranger pour son approvisionnement en énergie primaire avoisine en effet les 80%. Sauf, sauf que les promoteurs de cette énergie oublient parfois de mentionner une autre dépendance fondamentale : environ 90% de l'uranium utilisé dans les centrales japonaises est lui aussi importé.

Du coup la question que tout le monde ce matin pourrait se résumer ainsi : Fukushima portera-t-elle le coup de grâce, tant attendu par les antiatomes, au développement du nucléaire ? Au fil du week-end, la question de la sûreté du nucléaire a pris toute la place des réactions de la communauté internationale. Les écologistes les premiers bien entendu se sont emparés de l’effroi provoqué par les images d’une explosion en direct pour à l'instar de Greenpeace, «dénoncer le mythe de la sûreté nucléaire» peut-on lire notamment ce matin dans les colonnes de LIBERATION. Une dénonciation qui porte d’autant plus que le Japon a plutôt une réputation de fiabilité. En gros, ce n’est ni l’Ukraine ni la Bulgarie. Gilles Bridier sur le site d'information en ligne SLATE ne dit pas autre chose ... C’est toute la philosophie de la sûreté qui est prise en défaut au Japon, dans un domaine qui plus est qui ne supporte pas l’approximation ni le doute.

Vingt-cinq ans après la catastrophe de Tchernobyl, dont on nous a expliqué qu’elle était liée aux insuffisantes normes de sûreté des centrales soviétiques, on se rend compte que, dans un pays réputé très sûr comme le Japon, la catastrophe arrive quand même reprend LIBERATION. L’association des Amis de la Terre notamment invoque «la malédiction de l’atome» dans ce pays, et n’hésite pas à le clamer haut et fort : «Combien de temps encore nos dirigeants resteront-ils sourds à toute raison, et prêts à sacrifier des populations entières au bénéfice de quelques lobbys industriels ?»

D'autant que l'inquiétude ce matin ne s'arrête pas seulement au terrible bilan à la fois du séisme et du tsunami ni des risques liés au nucléaire ... non la catastrophe japonaise fait à présent trembler la planète finance. Alors certes, le made in Japan ne tire plus l’économie mondiale comme au cours des décennies 70-80. Cette année, sa contribution au 5% de croissance mondiale ne devait atteindre que 0,2%. Mais au-delà de cette simple relation arithmétique, la complexité des rapports entre le Japon et le reste du monde pourrait donner lieu à d’autres prévisions. Il y a d’abord le pétrole et le gaz. La panne de production locale d’énergie ne manquera pas de se traduire par l’accroissement d’une demande internationale, déjà tendue par les révolutions méditerranéennes. Et puis pour les marchés financiers, un doute pourrait également se poser dès aujourd’hui : et si le Japon, qui pointe au troisième rang des exportateurs nets de capitaux derrière la Chine et l’Allemagne, décidait de rapatrier ses fonds pour répondre au besoin de financement de la reconstruction ? L’équivalent de 1 300 milliards d’euros est placé sur la planète.

On le voit les solutions politiques sont donc complexes conclut la journaliste de LA CROIX car tout se tient, pétrole cher, besoins croissants, énergies renouvelables encore insuffisantes et chaque choix a des conséquences qu’il faut assumer. Le débat est donc nécessaire. Mais pour l’heure et par décence nuance-t-elle l’urgence est encore à la solidarité avec les Japonais.

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