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La revue du web 14/05/11

5 min
À retrouver dans l'émission

Par Thomas CLUZEL

Trois mois déjà mais trois mois seulement. Ce matin le journal LA CROIX a choisi de faire le tour des changements engagés et des révoltes en cours dans les pays du Maghreb et du Moyen Orient. Alors bien entendu tous ces pays ne se ressemblent pas ; ils n’ont pas le même contexte historique, économique, politique ou religieux, même si l’islam y est majoritaire. Mais précise Dominique Quinio, parce que leurs jeunes générations ont pu être éduquées, parce que les moyens de communication permettent aussi les échanges et le brassage des idées, et bien elles ne veulent plus se soumettre et aspirent à vivre autrement. Du coup les pouvoirs, sous la pression, plient, louvoient, rompent ou se raidissent. Alors les peuples, impatients voudraient bien entendu que tout aille plus vite, que les fruits de leur courage se cueillent rapidement de peur de voir leur rêve leur échapper. Ces inquiétudes sont légitimes et les incertitudes réelles. Mais conclue l'éditorialiste il serait consternant que les portes fermées à triple tour des anciennes ou toujours présentes autocraties apparaissent, au fond, moins redoutables que les fenêtres grandes ouvertes du printemps arabe.

Reste que tous les révoltés du monde n'ont pas la même chance ou la même réussite, témoin cet appel au goût amer. Hier en milieu de journée, les opposants au roi Mswati III du Swaziland ont appelé à cesser le mouvement de protestation. En cause, la répression subie depuis la veille par les militants pro-démocratie dans ce petit royaume coincé entre l'Afrique du Sud et le Mozambique écrit Sébastien Hervieu dans les colonnes du journal LE MONDE. Prévu pour durer trois jours, le mouvement de contestation en réalité n'a jamais pu prendre son envol, tué dans l'œuf par un régime qui craint pour sa survie en ces temps troublés pour les dictateurs du monde entier. Et pourtant, au pouvoir depuis l'âge de 18 ans, le roi fait face depuis le début de l'année, à un important mouvement de contestation. Le 18 mars dernier plusieurs milliers de manifestants s'étaient notamment retrouvés à Mbabane, la capitale de la dernière monarchie absolue d'Afrique. Alors pourquoi interroge le journaliste ? Le gouvernement est en réalité aujourd’hui au bord de l'asphyxie budgétaire. Il a donc fait appel au FMI lequel lui a tout simplement conseillé de dégager des économies. Du coup et bien les autorités ont proposé de baisser les salaires des fonctionnaires de 5 % à 10 %, puis de les geler pendant trois ans. Scandalisés, les syndicats ont aussitôt exigé que le roi réduise d'abord son train de vie et répartisse les richesses nationales. Il faut dire que Mswati III aime les voitures de luxe, et a l'habitude d'emmener ses 13 femmes faire des emplettes en Asie et dans les pays du Golfe. Le roi disposerait en effet d'un trésor personnel accumulé de 100 millions de dollars. Et forcément dans un pays où 69 % de la population vit avec moins d'un dollar par jour ça fait plutôt désordre.

Alors toujours au chapitre des répressions oubliées, le site du journal LIBERATION s’intéresse lui ce matin aux moines des zones tibétaines de l’ouest de la province du Sichuan où à l’occasion du 52e anniversaire de la fuite du dalaï-lama, aucun touriste étranger n’est autorisé à se rendre. Prétexte invoqué pour écarter les voyageurs écrit l’envoyé spécial du journal Philippe Grangereau : «Il fait très froid.» Officiellement, pourtant rien n’interdit de se rendre dans ces superbes contrées bordées de pics enneigés. Tout au long de ces routes exiguës longeant la vallée escarpée de la rivière Dadu, on croise de fragiles ponts de bois suspendus au-dessus de ce vigoureux cours d’eau à l’aval de l’Himalaya. Ils mènent à de pittoresques villages accrochés à flanc de roc, que surplombent des temples aux toits étincelants. «Les voyageurs sont les bienvenus, mais pas maintenant, alors allez-vous en», ordonne ainsi au journaliste un policier à un autre poste de contrôle miraculeusement traversé, un peu plus tôt, à l’insu des gardes alors en plein repas. Cette fois, les sentinelles sont installées avec casques, armes et bagages, dans une tente bleue siglée «sécurité civile» et plantée au bord de la route. Plus discrets que des casemates, ces abris de toile utilisés pour l’organisation des secours après le séisme du Sichuan, trois ans plus tôt, ont été réquisitionnés. Là encore, «il ne se passe rien, tout est normal». Et pourtant presque au même moment, passe une bruyante noria de camions militaires bâchés. Plus de cent vingt véhicules, bardés de slogans blancs sur fond rouge où l’on peut lire ceci : «L’armée du peuple aime le peuple», «Sauvegardons l’unité du pays», «Notre cœur d’acier est avec le Parti». Mais alors que se passe-t-il donc pour justifier un tel déploiement. Le 16 mars dernier un jeune moine bouddhiste du monastère de Kirti s’est immolé par le feu devant le siège du gouvernement local. Une première au Tibet. Un acte désespéré qui rappelle étrangement ceux qui ont récemment soulevé les foules dans les pays arabes. L’homme a succombé à ses brûlures et aux coups administrés par la police. Plusieurs centaines de Tibétains ont alors manifesté et des centaines d’entre eux auraient été arrêtés. Depuis, depuis et bien Le monastère est assiégé par tout un régiment de soldats chinois. Les quelque 2500 lamas qui vivent dans cette ville-temple ne peuvent plus la quitter sous peine d’arrestation, et personne n’est autorisé à y pénétrer. Des barbelés et des postes d’observation ont été installés sur l’ensemble du périmètre par un millier de militaires, qui empêchent toute nourriture de traverser les lignes. Les denrées commencent sérieusement à manquer. Alors il reste bien la population locale tibétaine. Elle qui s’est cotisée pour rebâtir ce temple détruit au canon par l’armée chinoise dans les années 50 procure normalement quotidiennement des aliments au clergé sous forme d’offrandes. Or depuis le 9 avril dernier elle n’est plus autorisée à le faire. Seulement voilà en Chine, ce qui ne se voit pas n’existe pas.

Enfin il y a ceux qui ont décidé de prendre le contre pied du printemps arabe prévient ce matin LE FIGARO. C'est le cas notamment du Qatar précise l'envoyé spécial du journal Georges Malbrunot. Dans ce richissime émirat, le pays le plus riche au monde par tête d'habitant les rares voix critiques réclament plus de conservatisme. Et c'est ainsi que le Qatar ne se singularise pas seulement par l'activisme de sa diplomatie conciliatrice ou par cette richesse quasi insolente. Il est aussi le seul Etat de la région à avoir été épargné par la vague de contestation qui secoue le reste du monde arabo musulman. Le 16 mars dernier un début de manifestation annoncée sur Facebook n'a pas rassemblé la moindre âme rebelle dans les rues de Doha. Le long de la marina de l'île de la perle les yachts rutilants sont alignés au pied de somptueux immeubles déjà prêts pour accueillir les délégations de la coupe du monde 2022 que le pays a été chargé d'organiser.

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