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La revue du web 15/04/11

5 min
À retrouver dans l'émission

Par Thomas CLUZEL

L'Otan bombarde, Kadhafi canarde, le front libyen s'enlise et c'est l'impasse. Amer bilan tranche ce matin Xavier Panon dans LA MONTAGNE, amer bilan donc pour les 16 pays de la coalition qui, avec 30 navires dont 5 sous-marins et 300 avions de toutes sortes ont certes un peu rééquilibré le rapport des forces militaires, mais pas assez pour forcer le dictateur affaibli à rendre les armes. Alors bien sûr, que le marteau-pilon de l'Otan ne parvienne pas à écraser le moustique libyen, il y a de quoi être surpris écrit-il. Et même inquiet pour la première organisation militaire au monde, qui ne parvient pas à contrer les ruses du Guide. Et de conclure ainsi, le dictateur sauf imprévu a donc encore de la marge, même si tout le monde veut croire que ses jours sont comptés.

Pour preuve, le récit de Delphine Minoui à lire ce matin dans les colonnes du FIGARO. L’envoyée spéciale du journal s’est rendue à Zawiya. Depuis que les forces pro-Kadhafi ont reconquis la ville dit-elle, un encombrant vide s'est emparé de la place des Martyrs. Un vaste terrain vague habité par la seule ombre d'un palmier. Une mer de poussière dénuée de toute trace de vie, à l'exception de ces quelques chats sauvages perdus dans les ruines des bâtisses environnantes : un hôtel éventré, un café-squelette ou bien encore cette épicerie orpheline de son rideau de fer. De sa mosquée au minaret blanc, il ne reste plus rien, pas même une petite pierre. Emblème de la résistance de cette ex-ville rebelle l'édifice religieux a été littéralement rasé. «C'est comme si le régime avait cherché à en faire un exemple pour l'Histoire, une mise en garde féroce en somme adressée à toutes les autres cités qui continuent à résister. Alors cette visite de la ville à laquelle nous convie la journaliste, visite organisée par les autorités de Tripoli est l'illustration flagrante écrit-elle d'un régime certes fragilisé par les frappes de l'Otan, mais capable des pires exactions pour assurer sa survie. Au programme donc prévue par les officiels du régime, l'hôpital n'échappe pas à la visite. Dans son hall décoré d'un nouveau portrait géant de Kadhafi, une femme au foulard noir et au rouge à lèvres rose fluo se félicite que la sécurité soit de retour. Des propos aussitôt réitérés par un jeune médecin présenté comme le tout nouveau directeur de l’établissement. En fait, c'est comme si tous ceux qui en savaient trop avaient été évincés commente Delphine Minoui. Le visage tendu, les infirmières se contentent de raser les murs. Quant à l'ancien directeur, visiblement mis au placard, il baisse les yeux à chaque question embarrassante sur le nombre de morts. Craint-il de se retrouver derrière les barreaux s'il venait à dire la vérité s’interroge l’envoyée spéciale ? On peut l'imaginer. Lors d'un précédent voyage de presse «officiel» précise-t-elle, les journalistes avaient pu dénombrer une vingtaine de tombes. Aujourd'hui, elles ont, elles aussi été rasées. «Ici, même les morts sont encombrants» lui souffle alors un homme croisé dans une rue adjacente, avant de disparaître à travers les ruines.

En Côte d’Ivoire, cette fois-ci, trois jours après l’arrestation de Laurent Gbagbo, et bien on trouve toujours des cadavres dans les rues de la capitale économique. raconte pour sa part Hélène Despic-Popovic dans les colonnes de LIBERATION ce matin. Hier, Frank a conduit son convoi de la Croix-Rouge chargée de ramasser les corps au Plateau, le quartier administratif d’Abidjan. Et à midi, le fourgon avait déjà chargé 19 corps. Une odeur pestilentielle émane de la camionnette. «Ils sont tous morts depuis au moins cinq jours.» Il y a là des civils, victimes de balles perdues, et des combattants. Mais aussi des personnes décédées chez elles et qui n’ont pas été enterrées à cause de l’insécurité. Plus loin, sous le pont qui mène au Plateau, des cadavres sont encore étendus sur la route. Moïse est un soldat de 1ère classe. Il avoue avoir brûlé, il y a deux mois, cinq personnes. Alors ses propos sont confus, l’homme a peur pour sa vie. «Pourquoi as-tu brûlé des gens ?» lui lance un soldat. «C’est une malédiction, répond-il. Je regrette.»

Des regrets Jospeh Massino lui n’en a pas véritablement. En revanche l'ex-parrain de la mafia new-yorkaise a décider de briser l'omerta et ses révélations sont ahurissantes écrit pour sa part Cyriel Martin dans l’hebdomadaire LE POINT. "Quels pouvoirs aviez-vous ?" La question paraît simple et la réponse est désarmante de franchise. "Les meurtres, nommer les lieutenants et les défaire, être responsable de la famille." Alors la scène n'est pas tirée d'une nouvelle production hollywoodienne. Non l'interrogatoire est bien réel, il a pour cadre la cour fédérale de justice de Brooklyn mercredi dernier. À la barre, Joseph Massino donc condamné à la prison à vie pour sept meurtres en 2004. Et pour éviter la peine de mort et bien l'ancien "boss", aujourd'hui âgé de 68 ans a décidé de se mettre à table. Pour la première fois dans les annales de la justice fédérale américaine, il balance. Car cette fois-ci, ce n'est pas lui qui est jugé. Mais l'un de ses ex-associés, et successeur désigné au sein du clan. Devant les juges, Massino accable son ancien "collaborateur" accusé de meurtre. Entre les deux hommes, un code avait d’ailleurs été instauré précise-t-il. "Jocko", servait notamment à désigner une cible à abattre. Alors en coopérant, explique-t-il aux juges, il viole un serment sacré prononcé lors d'une cérémonie d'adoubement. "Dès qu'une balle sort de ce pistolet, tu n'en parles pas". Un silence de mise dans les rangs de la pègre new-yorkaise. Et sous les yeux ébahis de millions d'Américains, qui peuvent suivre le procès en direct à la télé, Massino raconte donc sa philosophie du crime organisé. "Si t'as besoin d'un homme pour tuer quelqu'un, il te faut des ouvriers. Il faut plusieurs sortes de viande pour faire une bonne sauce", ironise-t-il, plein de bon goût. L'ancien parrain se rappelle aussi de ces inspecteurs et officiers de police corrompus sur qui il a pu compter au cours de sa carrière. Un agent du FBI l'aurait ainsi prévenu d'une arrestation imminente. Un fonctionnaire de police aurait également détruit ses empreintes digitales. Mais là, Massino ne donne aucun nom. La transparence a ses limites. Au bout du compte conclue Cyriel Martin, au-delà d'échapper à la peine de mort, c'est surtout sa conscience en réalité que l'ancien parrain tente d'apaiser devant la justice. Et de confier dans la salle d'audience : "Peut-être qu'un jour, je verrai un peu de lumière au bout du tunnel."

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