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La revue du web 16/03/11

4 min
À retrouver dans l'émission

Par Thomas CLUZEL

Ce sont des héros et ils jouent le tout pour le tout. Alors que le monde est actuellement confronté à la plus grande catastrophe nucléaire depuis celle de Tchernobyl, les salariés de la centrale de Fukushima seraient actuellement une cinquantaine à se battre. En temps normal écrit ce matin Anne Jouan dans les colonnes du FIGARO, ils sont 800 à travailler sur le site. Mais une partie a été évacuée. La nuit dernière, ils ont bataillé sous la neige. Leur objectif : éviter à tout prix, et ce au péril de leur vie la fusion du cœur des réacteurs synonyme d'émanations radioactives. Munis de combinaisons protectrices, ces hommes, véritables sacrifiés ont notamment pour tâche d'injecter de l'eau de mer dans le réacteur pour en refroidir le cœur. Ces personnels sont aujourd'hui «exposés à des conditions folles», «affreuses» même selon le directeur de l'Institut français de sûreté nucléaire interrogé dans le quotidien. À Tchernobyl, plusieurs dizaines de ces «liquidateurs» comme on les avait appelés, étaient morts, pour certains un mois après. Hier dans la salle de contrôle du réacteur 4, les doses étaient tellement fortes que les ingénieurs ne pouvaient quasiment plus travailler.

Le Japon se prépare à l'inimaginable peut-on lire encore ce matin dans les colonnes de LIBERATION qui publie un cahier spécial intitulé panique nucléaire. Hier matin le Japon aurait bien aimé se réveiller de ce cauchemar dramatique écrit Michel Temman. Sauf, sauf que les autorités ont au contraire annoncé que le pire n'était plus à exclure. Sans compter qu'au-delà du risque nucléaire, les rescapés du tsunami eux tentent toujours de survivre, coupés du monde. Sur la côte, un océan de désespoir c'est notamment le titre d'un article effrayant à lire ce matin toujours donc dans les colonnes de LIBERATION. Nous sommes ici à Onagawacho, une petite ville que le Japon semble avoir effacé depuis vendredi de sa carte écrit l'envoyé spécial Giampaolo Visetti. Ici la moitié de la population a disparu dans la mer. Les survivants, depuis le 11 mars, 14 h 46 ne mangent pas et ont résisté aux basses températures en brûlant des branches et les toits de leurs maisons. Ils ont distribué l’eau, récupérée dans un magasin d’alimentation qui s’est écroulé, mais des centaines d’entre eux sont déshydratés, minés par le froid, le sommeil et la terreur. A l’aube, deux vieillards sont morts, faute de médicaments qui leur étaient essentiels et parce qu’ils n’ont pas eu la force de franchir la muraille de détritus pour appeler à l’aide. Dans la ville, privée de secours, symbole de la destruction qui a transformé la préfecture de Miyagi en une décharge pestilentielle, se consume la tragédie d’une nation qui semble incapable de réagir à la pire catastrophe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Dans cette région, ce qui manque surtout, ce sont les cercueils et les sacs pour déplacer les cadavres précise le journaliste. Il en faudrait des milliers écrit-il et peut-être des dizaines de milliers. Dans le gymnase de Minami-Sanrikucho, une ville elle aussi rayée de la carte où, en cinq jours, on n’a retrouvé qu’une seule personne vivante, mille corps sont alignés sous une tente, recouverts de feuilles de papier journal. A Matsushima, là il n’y a qu’un seul four crématoire capable d'incinérer 28 corps par jour alors qu’il y a plus de 600 morts. La morgue n’est pas réfrigérée, et quelques volontaires inondent ceux qui attendent dans l’eau de mer pour retarder la décomposition.

Mais pour avoir une idée de la profonde douleur à laquelle les hommes peuvent être soudainement condamnés par le destin poursuit l'article, il faut cependant arriver à Soma, à 100 km au sud de Sendai. Sur 38 000 habitants, seuls 14 000 ont été retrouvés. Un tiers de la ville reste englouti par les eaux. La plage est noire de pétrole, qui continue de s’échapper des centaines de navires renversés sur la côte. Dans le sable, les survivants creusent des fosses communes provisoires, déposent les cadavres qu’ils ne peuvent ensevelir et les recouvrent de dix centimètres de boue. Chaque corps est signalé par une branche enfoncée dans la fosse, à laquelle est attachée une feuille qui décrit sommairement l’aspect du défunt. L’odeur est inoubliable, mais ceux qui viennent ici dans l’espoir de retrouver un de leurs proches ne s’en aperçoivent pas.

Les réfugiés de Futabamachi eux envahissent les centres d’accueil raconte toujours l'envoyé spécial, centres desquels ils sont repoussés par les sans-abri locaux, terrorisés à l’idée que des personnes contaminées puissent rendre tout le monde radioactif. Les deux tiers de la ville sont recouverts d’une dense crème marron. On rame entre les toits. Hirumi Memoto a pris place sur l’une de ces barques. Elle est née à Hiroshima et lorsqu'en août 1945 la ville fut frappée par la bombe atomique, elle avait 19 ans. Elle s’est installée ici et en a aujourd’hui 85. Elle maudit le monstre qui insiste à la condamner à survivre et qui, cette fois-ci a tout de même été clément dit-elle avec son mari, noyé dans son lit.

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