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La revue du web 18/03/11

5 min
À retrouver dans l'émission

Par Thomas CLUZEL

Changement complet d'atmosphère hier soir à Benghazi. Après 48 heures d'angoisse raconte ce matin l’envoyé spécial de LIBERATION Christophe Ayad, la foule a donc laissé éclater sa joie, avant même l'adoption attendue d'une résolution du Conseil de sécurité autorisant le recours à la force pour protéger les civils. Une marée humaine s'est massée devant le tribunal de la capitale de la révolution, siège du Conseil national de transition, agitant des drapeaux verts noir et rouge, symbole de l'insurrection. Toute la journée d'hier écrit-il, Bengazi était gagné par la panique: les commerces ont fermé et la zone de l'aéroport a été bombardée par l'aviation. « Jetez vos armes, rentrez chez vous ou fuyez et vous serez saufs » a notamment déclaré le colonel, s'adressant aux rebelles qu'il a traité à plusieurs reprises de « drogués », « d'infidèles » et de « traîtres » . Conscient que le temps presse désormais, Kadhafi a également incité les habitants de Benghazi à pourchasser les rebelles eux-mêmes. « Vous serez pardonnés a-t-il juré avant d’ajouter « Ceux qui ont été forcés de me critiquer restent mes fils. » Enfin, s’adressant à la principale tribu locale il est allé jusqu'à se comparer à Franco lequel avait pris Madrid « grâce à une cinquième colonne » . Ces imprécations aussi menaçantes et étayées soient-elles, ressemblent aujourd'hui à celles d'un homme aux abois conclue Christophe Ayad.

Quoi qu'il en soit, c'est peu dire que le colonel Kadhafi aura soumis son peuple à la terreur et la communauté internationale à la torture commente pour sa part Jacques Camus ce matin dans LA REPUBLIQUE DU CENTRE. Car c'est bien dans la douleur, en effet, que le Conseil de sécurité devait enfin se résoudre tard hier à adopter une résolution prévoyant des mesures militaires larges pour protéger les civils libyens. Alors pourquoi si tard, sinon trop tard interroge l'éditorialiste ? Et bien parce que les mauvaises raisons de ne pas intervenir ont trop longtemps occulté les bonnes raisons de le faire. Il est bien difficile écrit-il de mettre les actes en accord avec les grands principes quand s'entremêlent trop d'intérêts disparates ou de préoccupations cyniques. Au fond le colonel Kadhafi a placé la communauté internationale devant ses vilaines contradictions. En clair, il n'y a pas de despotes fréquentables même pour faire du "business".

Il était temps. Plus que temps même poursuit de son côté Hervé Cannet dans LA NOUVELLE REPUBLIQUE DU CENTRE OUEST. Il s'agit de manière claire de sauver ce qui peut encore l'être d'un peuple. Car que se passe-t-il dans les villes " reconquises " ? Un génocide, répond un ancien ambassadeur de Libye qui a rejoint les rangs de l'opposition. Et c'est d'ailleurs cette hypothèse qui a probablement changé la donne aux Nations unies. Le monde ne laissera pas Kadhafi détruire son peuple. Et il sera temps, plus tard, d'analyser la posture militariste de la France et ses conséquences. Alain Juppé plaidant la guerre là où Dominique de Villepin se faisait le héraut vibrant de la paix.

On se souvient en effet de l'ancien chef de la diplomatie française venu à l'ONU en 2003 pour tenter d'empêcher une intervention militaire en Irak renchérit Fabrice Rousselot le correspondant de LIBE aux Etats-Unis sur son blog GREAT AMERICA. Villepin dit-il avait raté son coup, Juppé au contraire peut crier victoire. Alain Juppé, plutôt serein, qui a notamment confié à la presse qu'il était venu pour « jouer humblement son rôle ». « Ce n'est pas une guerre », a-t-il souligné, « mais une opération de protection des civils ».

La question qui se pose désormais est donc de savoir si cette résolution tardive permettra réellement de sauver l'opposition d'une défaite qui semblait de plus en plus inscrite dans les faits écrit de son côté Pierre Haski sur le site d'information en ligne RUE89. Hier soir, le rapport de force sur le terrain restait largement favorable aux forces fidèles à Kadhafi précise-t-il ... et il en sera ainsi tant que la résolution de l'ONU n'entrera pas en vigueur.

Alors précisément quels sont à présent les différents scenarii possibles ? ... Isabelle Lasserre dans les colonnes du FIGARO ce matin estime que la «zone d'exclusion aérienne» brandie hier à la tribune de l'ONU semblait en réalité davantage destinée à éviter un veto russe ou chinois tout en dissimulant sous un vocable acceptable par tous, la réalité d'une intervention militaire. Et la journaliste de rappeler qu'en Bosnie où elle cette "no fly zone" fut imposée au pour empêcher les Serbes de bombarder les populations civiles, elle n'a pas empêché le massacre de Srebrenica. En Irak, elle fut maintenue pendant douze ans sans infléchir d'un pouce la politique de Saddam Hussein. Et de toute façon, le temps d'imposer cette zone d'exclusion au-dessus de la Libye dit-elle et bien les troupes de Kadhafi auront probablement déjà repris le contrôle des dernières zones rebelles. Les alliés pourraient donc décider de lancer dans les prochaines heures des frappes ciblées contre des intérêts stratégiques libyens, notamment la défense antiaérienne, les centres de commandement et les aéroports afin de clouer les avions au sol. Les alliés pourraient également décider de s'attaquer aux chars et à l'infanterie. Un acte particulièrement intense politiquement et militairement et qui risque en outre de ne pas suffire. S'il s'attend à des frappes le colonel Kadhafi ne manquera pas de disperser ses forces au sol, comme le fit Saddam Hussein en mars 2003. Et il sera difficile alors d'éviter des dégâts collatéraux sur les populations. Comme le rappelle un officier général, «on ne gagne jamais une guerre uniquement avec l'aviation. Pour détruire une armée de terre, il faut aller au carton» dit-il. Or, le projet de résolution exclut une force d'occupation terrestre. Enfin dernière option, attaquer directement le centre de gravité du régime, comprenez Kadhafi lui-même, en bombardant son bunker ou les abris dans lesquels il est susceptible de se cacher. Et la journaliste de conclure en 2003, les premiers bombardements aériens lancés contre Bagdad avaient eu pour but de liquider Saddam Hussein. Ce fut un échec.

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