LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

La revue du web 22/03/11

4 min
À retrouver dans l'émission

Par Thomas CLUZEL

Y a-t-il un pilote dans la coalition anti-Kadhafi en Libye ? Voilà la question que pose la plupart des journaux ce matin dont le site d’information en ligne RUE89. Quarante-huit heures en effet après le début des opérations militaires, déjà la photo de famille de la coalition s'écorne écrit Pierre Haski. Après les critiques émanant de certains pays arabes ou africains c'est au tour de la Norvège, membre de l'Otan, de couiner et de suspendre la participation de ses avions aux opérations. Voilà donc le premier craquement sérieux de la coalition mobilisée dans la hâte poursuit l’article … Premier craquement qui ne porte pas en réalité sur le fond des opérations mais sur cette étrange situation qui a vu une guerre démarrer sans que la question du commandement ait été résolue. Résultat : Français, Britanniques et Américains agissent indépendamment les uns des autres. Alors bien entendu dans les faits, l'ascendant traditionnel des Etats-Unis s'impose aux Européens, mais pour des raisons de susceptibilité politique précise toujours Pierre Haski cela n'a pas été formalisé et encore moins annoncé. Ce qui permet d’ailleurs aux Français de proclamer aujourd’hui leur leadership, alors que du côté américain, il suffit d'écouter les généraux à la retraite sur CNN pour comprendre où est le problème. Au cœur du débat, le rôle de l'Otan, l'Alliance atlantique, maître d'œuvre de l'intervention en Afghanistan et qui aurait pu jouer ce rôle dans le cas de la Libye. Seulement voilà, la France pourtant rentrée dans le rang du commandement militaire intégré après l'élection de Nicolas Sarkozy s'y est opposée, arguant non sans raison d’ailleurs que cette intrusion de l'Otan politiserait ce qui doit rester une action neutre de la communauté internationale sous drapeau onusien. Autrement-dit, au cœur de ce débat c’est bien l'angoisse désormais des Occidentaux de provoquer un retournement des opinions arabes qui transpire. Ils savent qu'il suffirait d'une bavure de trop, ou d'un fait inattendu sur le terrain, pour casser le fragile soutien à cette opération. Sans compter que ceux qui ont refusé de s'engager comme les Chinois ou les Russes, ne se priveront pas de tirer avantage d'une situation dans laquelle une nouvelle fois, ce sont les Occidentaux qui sont en première ligne d'une opération certes destinée à secourir les insurgés, mais dont les objectifs et les moyens sont loin d'être totalement clairs.

Les bombardements dépassent-ils le cadre fixé par l'ONU ? Traduction : visent-ils réellement à protéger la population civile ou bien à chasser Kadhafi ? Jusqu'où pousser le droit d'ingérence ? La coalition, dont les contours sont encore mal définis fait déjà face à de nombreuses interrogations renchérit pour sa part Marie Simon sur le site de L’EXPRESS.

LIBERATION également ne dit pas autre chose ce matin. La guerre de Libye a démarré dans un étrange brouillard de commandement. Ceux qui ont commencé ne sont pas ceux qui dirigent. Et ceux qui dirigent disent qu’ils ne veulent pas diriger expliquent ainsi Lorraine Millot et Thomas Hofnung dans les colonnes du quotidien. Depuis le début de l’opération, non seulement le commandement est assuré dans les faits par les Etats-Unis, mais ce sont eux aussi très largement qui mènent le gros des efforts pour détruire les défenses anti-aériennes de Kadhafi. Sauf qu’en public cette fois-ci, les Etats-Unis assurent ne vouloir jouer qu’un rôle limité dans cette guerre. Alors le problème et bien c’est que les participants ont du mal à s’entendre sur la relève. Plusieurs pays de l’Otan souhaiteraient un commandement atlantique plutôt que franco-britannique. Seulement voilà, Paris n’en veut pas. La Turquie n’est pas non plus enthousiaste à l’idée d’intervenir dans un pays musulman. Même les Etats-Unis reconnaissent en réalité que l’alliance est problématique. Seule certitude conclue l’article, on peut apparemment lancer une intervention militaire multinationale sans avoir défini au préalable les modalités de commandement. Reste à savoir jusqu’à quand ?

À peine commencée, l'opération Libye laisse donc déjà poindre chez ses propres participants la crainte d'un enlisement résume pour sa part Laurent Marchand ce matin dans les colonnes de OUEST FRANCE. Le temps diplomatique, vital pour la légitimité de l'opération a dit-il empêché de porter le coup qui aurait peut-être permis de tourner la page Kadhafi. A l'inverse, la volonté d'agir vite, elle, a provoqué la confusion, déjà attisée par l'instabilité galopante du monde arabe.

Ainsi et à l'exception notable des insurgés qui eux dansent de joie et de soulagement, voilà comment on assiste désormais à un très beau ballet de faux-semblants du côté de la coalition et à un magnifique bal de faux-culs au sein même du camp allié tranche de son côté Jacques Guyon dans LA CHARENTE LIBRE. Les critiques qui montent aussi bien la part de certains pays européens que de dirigeants arabes s'alimentent certes des ambiguïtés et des contours très flous de la résolution. Mais elles sont également l'expression de la façon dont certains jouent un double jeu, mêlant intérêts personnels ou nationaux et prétentions géopolitiques et humanitaires.

ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......