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La revue du web 23/03/11

7 min
À retrouver dans l'émission

Par Thomas CLUZEL

Elle arrive, vêtue de noir et de blanc, sur une chaise roulante poussée par sa mère. A Reims hier, Corinne Pichelin, 44 ans était jugée pour avoir menacé l’agent d’EDF venu lui couper le courant peut-on lire ce matin dans les colonnes de LIBERATION. Corinne devait environ 300 euros à EDF et Corinne a donc disjoncté écrit Didier Arnaud. Elle est allée chercher un couteau. « J’aurais pu aussi bien tomber sur une louche » dit-elle. On pourrait presque en rire commente le journaliste. D’autant qu’elle se trompe et répète, sous le coup de l’émotion : «Je suis allée chercher le courrier à la place de couteau» ou bien encore «je suis restée sur mon palmier au lieu de palier». Elle précise : «C’était pour lui faire peur, qu’il me laisse mon téléphone. Dans le noir, sans musique, sans télé, je mettais fin à mes jours. C’était pas une parole en l’air, je vous jure.» Corinne vit aujourd'hui avec 660 euros par mois, une pension d’invalidité poursuit l’article. En janvier, on lui avait déjà prélevé 53 euros pour son électricité. Elle avait prévenu l’assistante pour demander une prise en charge sociale. Elle a appelé EDF. Elle agite des documents : «J’ai les preuves.» Et assène : «Ils racontent que je n’ai pas pris contact avec eux.» Selon elle, à la mairie on lui répondait : «C’est payé, c’est payé.» Sauf que cela ne l’était pas. Le défenseur d’Hervé, l’agent menacé rappelle pour sa part que son client n’est pas un mauvais bougre et qu’il n’est pas là pour «tirer sur une ambulance. C’est pas avec ses 1 350 euros mensuels qu’il a décidé d’aller pourrir la vie des autres.» Sous la menace de Corinne, il a dévalé les escaliers, s’est mis dans sa voiture, choqué. Il y repense encore. Mais, grand seigneur, son avocat ne réclame qu’un euro symbolique. Finalement c’est du procureur que viendra l’étincelle inattendue de cette heure et demie de procès. Le parquet ne réclamera pour seule peine que la confiscation du couteau. «On n’est pas là pour faire un débat de société» ironise le procureur. Alors même sans débat, les faits parlent d’eux même. Le cas de Corinne n’est pas isolé précise l'article. Selon EDF, près de 100 000 coupures ont été effectuées en 2010. «Couper l’électricité à ces personnes en difficulté, c’est le principal moyen de faire entrer de l’argent depuis qu’il y a des opérateurs privés» explique notamment un agent EDF syndicaliste.

Alors même si tout a fini par s'arranger hier pour Corinne, on imagine toutefois sa désillusion ce matin devant la une des ECHOS. EDF propose en effet à l’Etat d’augmenter les tarifs d’environ 30% en 5 ans, inflation comprise. Alors la balle est désormais dans le camp du gouvernement précise le quotidien économique, le gouvernement qui voulait initialement trancher sur les modalités de la réforme la semaine prochaine, comprenez après le deuxième tour des élections cantonales. Or aux dernières nouvelles il tablerait plutôt sur un nouveau délai de deux semaines. De quoi susciter quoi qu’il en soit une polémique dans un contexte social déjà chargé par les hausses des prix du carburant et du gaz et surtout à 14 mois maintenant de la présidentielle.

Alors certes la facture d'électricité des Français reste encore aujourd’hui l’une des plus basses d'Europe précise pour sa part le journal LE MONDE, toujours est-il qu’elle a déjà augmenté de 3 % le 15 août de l’année dernière et à nouveau de 3 % au 1er janvier 2011. Il faut dire qu’EDF, contrôlé rappelons le à près de 85% par l’Etat est notamment confrontée au vieillissement de son parc de centrales, âgées de 25 ans en moyenne, alors que la durée d'exploitation des réacteurs doit être prolongée au-delà de quarante ans. Or le coût de cette modernisation est chiffré à plus de 30 milliards d'euros pour dix ans d'exploitation supplémentaires.

En clair reprend David Barroux dans les colonnes des ECHOS … le renforcement des critères de sécurité dans les centrales et la modernisation du parc auront un coût élevé et donc un lourd impact sur le prix de l’électricité. Et après tout nul ne contestera que la sécurité en effet n’a pas de prix.

Sauf, sauf qu’en terme de sécurité justement deux articles ce matin ont encore de quoi nous laisser plutôt perplexe. MEDIAPART tout d’abord nous apprend comment le gouvernement rogne aujourd’hui sur les crédits de la sûreté nucléaire. A l’automne dernier précise le site d’information en ligne, l'IRSN, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire a été convié à faire des efforts au nom de la rigueur et des économies budgétaires. Le ministère de l'écologie a ainsi décidé de diminuer les subventions de l'établissement public de 30 millions d'euros, soit une baisse de 12%. Ces économies doivent être réalisées en priorité sur les missions de sûreté nucléaire. Des coupes sombres d'autant plus inattendues écrit Martine Orange que les missions de l'IRSN n'ont jamais été aussi nombreuses notamment pour les prolongations de durée d'exploitation des centrales existantes.

Sans compter qu'utour de nos centrales, tout est prévu sauf le pire titre pour sa part LE CANARD ENCHAINE ... Le journal satirique qui se demande cette semaine quels sont les différents plans des pouvoirs publics pour faire face à un accident grave dans une centrale nucléaire française. Dans celle de Nogent sur Seine par exemple très proche de la région parisienne et de ses 12 millions d'habitants. Réponse : aucun. La direction de la sécurité civile n'a rien prévu. Et la mairie de Paris a vainement cherché dans ses placards avant de se rendre à l'évidence : il n'existe rien. Quant à la préfecture de police elle explique au journal : nous n'avons aucune centrale en Ile de France donc cela ne nous concerne pas. Bien vu écrit Hervé Liffran. 7 sites nucléaires d'EDF regroupant 18 réacteurs ont été construits dans un rayon de 225 km autour de la capitale soit la distance entre Fukushima et Tokyo qui n'a pas échappé aux retombées radioactives. Et le journaliste d'ajouter, la centrale la plus proche de Paris celle de Nogent sur Seine a été installée à moins de 95 km de Notre Dame. Autrement dit et en cas de gros pépin le gouvernement en serait réduit à prier la Madone pour que le vent respecte les prévisions officielles.

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