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La revue du web 25/03/11

5 min
À retrouver dans l'émission

Par Thomas CLUZEL

Connaissez vous la dernière de Claude Guéant interroge ce matin le journal LIBERATION. Trois jours avant le premier tour, il brossait déjà dans le sens du poil ces Français qui ont «parfois le sentiment de ne plus être chez eux». Et bien trois jours avant le second tour cette fois-ci, le même Claude Guéant fait mine de vouloir serrer un peu plus la vis sur la laïcité en affirmant que les usagers de certains services publics «ne doivent pas porter de signes religieux» . Claude Guéant le ministre qui murmurait à l’oreille du FN.

La métamorphose de Monsieur Claude, peut-on lire encore ce matin sur le site de l’hebdomadaire en ligne LE NOUVEL OBS. Jusque-là, l'ex-secrétaire général de l'Elysée n'avait montré qu'un seul visage : celui d'un homme affable, calme, posé, courtois et toujours mystérieux. Au début du quinquennat, il dirigeait dans l'ombre d'une main de fer. Certains regrettaient son manque de sens politique ? Aucune importance. Il était l'exécuteur zélé de la volonté du président écrit Carole Barjon. Appliquant minutieusement sa règle favorite, "déléguer beaucoup à condition de tout savoir", le préfet Guéant était l'un des hommes les plus puissants de France, au confluent de toutes les informations. Mais un homme protégé des attaques de l'extérieur grâce à ce pouvoir médiatiquement invisible.

Secrétaire général de la présidence de la république, le "Cardinal" s'exprimait peu en public et passait pour l'un des hommes les plus pondérés et avisés de l'Elysée renchérit Claude Weill toujours sur le site du NOUVEL OBS.A présent Ministre de l'Intérieur, il parle beaucoup, souvent à tort et à travers, et multiplie les dérapages et les provocations. En admettant que l'emploi du mot "croisade" relève de la simple gaffe, de la "maladresse" comme l'a dit Alain Juppé avec un sens consommé de la litote sa dernière sortie en revanche est beaucoup plus troublante. Faut-il entendre par là que désormais, les bonnes sœurs et les prêtres ne pourront plus prendre le métro revêtus de la tenue qui atteste de leur condition ? Que les Sikhs devront ôter leur turban pour pénétrer dans un bureau de poste ? Que le port d'une croix au cou sera prohibé à l'hôpital ? Que les rabbins, ou tout simplement les juifs pieux, devront se découvrir, quitter leur chapeau ou leur kipa, avant de monter dans un train, et pourquoi pas se raser la barbe et couper les papillotes ? Quelque chose nous dit que ce n'était pas ce que voulait dire le ministre de l'Intérieur et des cultes et que ses mots une fois de plus ont gravement dépassé sa pensée ce qui est pour le moins ennuyeux, sur un sujet aussi sensible. A moins, à moins que les propos de Claude Guéant ne trahissent quelque arrière-pensée cachée, un retour du refoulé diraient les psychanalystes, et que l'interdiction, dans son esprit, ne vise une religion en particulier, est-il seulement besoin de préciser laquelle ? A quelques jours du débat sur la laïcité, dont l'UMP aimerait tellement faire croire que ce n'est pas un débat contre l'Islam, ce serait plus inquiétant encore, de la part de celui qui est chargé de veiller au respect de la laïcité, qui est aussi le respect de toutes les croyances, sans discrimination.

Et si lui qui était resté dans l'ombre du maître pendant neuf ans, avait été pris et surpris dans la lumière de sa nouvelle exposition interroge ce matin Jacques Guyon dans LA CHARENTE LIBRE ? Le problème, c'est que le nouveau ministre de l'Intérieur est un récidiviste. Maladresse ? Défaut de maîtrise dans l'expression ? Imprécision ? Lapsus ? On aimerait y croire. Malheureusement écrit l’éditorialiste, pas besoin de fréquenter les divans pour savoir ce que la psychanalyse nous enseigne sur la signification des lapsus et autres actes manqués... Reste une autre hypothèse. Bien plus inquiétante. Claude Guéant est en service commandé.

En fidèle exécutant des consignes présidentielles, Claude Guéant assume en réalité ce discours qui s'adresse non pas aux électeurs du FN, qui préféreront toujours l'original à la copie, mais à tous ces électeurs que Nicolas Sarkozy a perdus en route depuis 2007 peut-on lire encore ce matin dans LA VOIX DU NORD sous la plume d’Hervé Favre .

Son confrère de L’HUMANITE Jean-Paul Piérot ne dit pas autre chose ce matin. Dans l'esprit des stratèges qui hantent l'Élysée, le scrutin de dimanche sera une sorte de champ de manœuvre pour tester une arme de destruction massive : la confluence entre les voix et de l'UMP et du FN. De la banalisation à la respectabilité, il n'y a qu'un pas que Nicolas Sarkozy a franchi en mettant officiellement fin à la pratique républicaine selon laquelle tous les partis républicains doivent faire barrage au Front national. La consigne du « ni ni » martelée introduit une rupture avec quelques principes démocratiques qui faisaient consensus depuis que la France s'était libérée du nazisme et de ses vassaux de l'extrême droite française.

De son côté, Marine Le Pen justement, toujours soucieuse de dé diaboliser son parti ne boude pas son plaisir. "Si Claude Guéant veut partir en croisade, c'est sans nous !" confie-t-elle ce matin sur le site du POINT. Un comble écrit Saïd Marhane. Les récentes sorties du ministre de l'Intérieur provoquent la moquerie et l'indignation de Marine Le Pen, qui évoque une succession de "propos critiquables". Devenue un vrai casse-tête électoral pour la majorité UMP, celle-ci se dit "amusée" par les appels au vote contradictoires du président de la République et de certains de ses ministres dans la perspective du deuxième tour des cantonales. Et la présidente de l’extrême droite de conclure, "la firme UMPS étouffe le pluralisme. Le seul front républicain aujourd'hui est le Front national ».

Contre Marine Le Pen, la République, la vraie, titre pour sa part ce matin le site de l’hebdomadaire MARIANNE qui a laissé carte blanche cette semaine à Jean-Pierre Chevènement. La France n’a jamais, dans son histoire, donné de majorité à l’extrême droite écrit le Président d’honneur du Mouvement républicain et citoyen. Les républicains ont triomphé des antidreyfusards. De même le régime de Vichy a été balayé par de Gaulle et la Résistance. Alors cette « loi historique » pourrait-elle être mise en défaut par un Front national « relooké » par Marine Le Pen ? Si elle est en mesure de faire battre le candidat de la droite au premier tour de 2012, elle n’a pas par elle-même la crédibilité qui lui permettrait de l’emporter. Et Jean Pierre Chevènement de conclure, à vrai dire, ce n’est pas 2012 qui m’inquiète, c’est la suite.

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