LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

La revue du web 28/03/11

5 min
À retrouver dans l'émission

Par Thomas CLUZEL

Vous aviez aimé l’abstention au premier tour. Vous aimerez l’abstention au second. Kif-kif bourricot avec un peu de 55%. Réclamé sur tous les bords de l’échiquier politique, le sursaut républicain a donc fait pschiiitttt écrit ce matin Régis Soubrouillard sur le site de l’hebdomadaire en ligne MARIANNE. C’est comme si rien ne s’était passé la semaine dernière. Les appels à la mobilisation ne mobilisent pas. Et si la « peur » du FN fait encore de l’effet chez quelques rockers exilés, si elle vire à l’obsession dans les états-majors des grands partis politiques, et bien elle ne suffit pas à rappeler le citoyen à son « devoir civique ».

Gueule de bois assurée. Ces élections cantonales resteront dans les annales, mais d'abord pour de mauvaises raisons renchérit pour sa part Pierre Haski sur le site d’information en ligne RUE 89 : l'abstention d'une part mais aussi la place occupée dans le débat politique et dans certaines circonscriptions par le Front national. Sans compter le plus spectaculaire sans doute : l'effondrement du camp présidentiel tiré vers le bas par Nicolas Sarkozy. Mais c’est bien l'abstention donc qui reste encore le signe le plus sûr de la crise de la démocratie représentative française poursuit l'éditorialiste. L'élection présidentielle de 2007 avait refait le plein d'électeurs à un niveau historiquement élevé, mais la désillusion a détourné les électeurs des bureaux de vote. Et après tout, si les vainqueurs déçoivent et leurs opposants ne s'opposent pas, à quoi bon ?

Alors certes, le conseiller général est souvent quasi inconnu, notamment dans les villes, et ces élections ne concernaient que la moitié des citoyens du fait de son mode de scrutin nuance aussitôt Lilian Alemagna dans les colonnes du journal LIBERATION ce matin. Ajoutons à cela que les conseillers généraux élus hier ne siégeront que trois ans au lieu des six traditionnels pour cause de réforme territoriale en 2014. On comprend alors le peu d’intérêt suscité par ce scrutin. Mais, avec la montée du Front national et une semaine d’entre-deux tours agitée, à droite comme à gauche, on aurait pu s’attendre à un traditionnel «sursaut républicain». Rien. Indifférence. Désillusion. Une banalisation de la désertion des urnes qui confirme la défiance des citoyens vis-à-vis de ses responsables politiques : depuis la parenthèse de la présidentielle de 2007, un Français sur deux ne va plus voter. Et ils sont, à chaque fois, un peu plus nombreux à déserter l’isoloir. Décidément, à moins d'un an de la présidentielle, la démocratie française va mal.

Dans ces conditions et en dépit de la victoire hier du Parti Socialiste et bien on est en droit de s'interroger : vainqueur, où est ta victoire interroge Jean Levallois dans La Presse de la Manche ? Ce n'est pas un camp battu par un autre camp. C'est, pour l'heure, un verdict mis en délibéré par le peuple mécontent de la situation actuelle, mais qui s'interroge de plus en plus sur la pertinence d'accorder sa confiance à l'ensemble des formations politiques. Il s'agit en somme d'une débâcle généralisée, d'une fracture du peuple vis-à-vis de la classe politique, plus préoccupée par sa propre démolition que par l'urgence de solutions nouvelles pour répondre aux attentes du plus grand nombre.

Alors au-delà de la nouvelle "grève des urnes" donc qui constitue un désaveu pour toute la classe politique, l'autre question bien entendu ce matin est de savoir si Nicolas Sarkozy aurait d'ores et déjà perdu la présidentielle interroge Jacques Camus dans LA REPUBLIQUE DU CENTRE ?

Car présentées à l'origine comme un scrutin local, ces cantonales sonnent bien le premier acte de la campagne. D'autant plus qu'un nouveau sondage opportunément publié hier soir donne Marine Le Pen au second tour de la présidentielle dans tous les cas de figure, précise pour sa part Dominique Garraud dans LA CHARENTE LIBRE, Nicolas Sarkozy étant éliminé dans trois scénarios sur quatre : DSK, Aubry et Hollande.

Autrement dit et même si Paul-Henri du Limbert dans LE FIGARO est là pour relativiser, il existe au moins un homme en France qui juge possible une réélection de Nicolas Sarkozy. C'est le président lui-même écrit-il, et bien nombreux sont ceux à estimer que le chef de l'Etat ne va pas seulement devoir convaincre les Français qu'il est un bon Président, mais aussi son propre camp qu'il reste un bon candidat écrit notamment Jean-Michel Helvig LA REPUBLIQUE DES PYRENNES.

Car Nicolas Sarkozy porte en réalité une lourde responsabilité dans cette déprime nationale écrit encore Pierre Haski sur RUE 89. Alors non pas parce qu'il serait responsable de tous les maux de la France, beaucoup sont antérieurs à son émergence politique, et la crise financière n'était pas au programme en 2007, mais pour ce qui relève de sa responsabilité directe : son style personnel, si peu présidentiel, si clivant son absence de résultats à la hauteur de son volontarisme son incapacité à faire naître l'espoir ne serait-ce que dans son propre camp son choix de venir chasser sur les terres du FN, de l'identité nationale au débat sur l'islam, pardon sur la laïcité, prévu dans quelques jours.

Le problème et bien c'est qu'en d’autres temps, une telle contre-performance pourrait être surmontée à droite, par exemple en changeant de gouvernement précisent Philippe Cohen et Gérald Andrieu dans les colonnes de MARIANNE. Malheureusement pour Sarkozy, la cartouche du remaniement a déjà été tirée. La droite pourrait aussi changer de candidat pour le prochain scrutin. Ce serait sans doute le plus raisonnable et une année suffit largement pour crédibiliser une nouvelle personnalité. Qui, dans le camp de la droite aura donc le culot de prendre le petit Nicolas par les épaules en lui disant : « Mon ami il faut rentrer chez vous et laisser la place à quelqu’un d’autre moins usé par le pouvoir.» Personne. Nobody. Et pour une raison simple : en prenant la tête de l'UMP que Jacques Chirac a dû lui céder durant son deuxième septennat, Nicolas Sarkozy a mis en place une machine univoque, une véritable cour. Aujourd'hui, c'est même l'ex-chiraquien François Baroin, à qui personne n'avait rien demandé, qui déclare que ce serait « folie » pour la majorité de changer de cheval si prêt du poteau d'arrivée de 2012. Ah bon ? Ce serait folie de réfléchir à changer un candidat-président passé sous la barre des 20% dans les sondages ? Pourtant, à partir d'aujourd'hui chaque député UMP va se lever le matin en se demandant par quel miracle il peut être réélu dans une circonscription où le Front national menace de faire plus de 20%. Faisons confiance aux députés UMP : leur obsession à eux n'est pas la réélection de Nicolas Sarkozy mais la leur propre. Et ils savent bien que le rebond de leur champion devient chaque jour plus difficile à imaginer. Alors ce n'est pas sa faute, nous dit Jean-François Copé, mais celle de la crise. Mais on croyait que cette crise, justement le Président avait su l'affronter mieux que tous ses collègues des autres pays ? On croyait que super Sarko avait permis à la France de s'épargner une récession ? Apparemment, les électeurs n'ont rien compris.

Alors qu'avons-nous dit, en ces deux dimanches de printemps résume pour sa part Francis Brochet dans LE PROGRES de Lyon ? Que nous sommes victimes d'une grosse, d'une très grosse fatigue. Le médiateur de la République, Jean-Paul Delevoye, l'avait d'ailleurs diagnostiquée dès la semaine dernière. Les Français, disait-il, sont en "burn out". Sans envie ni désir, sinon la rage de crier "merde", ou de gueuler "non". On l'avait fait lors de l'élection présidentielle de 2002. On avait recommencé en 2005, contre le projet de Constitution européenne. La présidentielle avait en 2007 recréé l'espoir dans la politique, mais c'est fini, l'élan est retombé. Alors est-ce perdu pour 2012 ? Il faudra, expliquait Jean-Paul Delevoye, des réponses politiques, pas des postures, une vision, une morale. On ne saurait mieux dire.

ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......