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La revue du web 29/03/11

5 min
À retrouver dans l'émission

Par Thomas CLUZEL

Ce matin nouvelle image choc du tsunami … Une vidéo tourne en boucle sur Internet visible notamment ce matin sur le site du FIGARO ... Tournée juste après le séisme … elle montre l'inexorable avancée des eaux dans les terres... L'auteur de ce film … probablement un vidéaste amateur posté en haut d'un immeuble se trouve à quelques dizaines de mètres seulement de la mer ... Des sirènes résonnent … et une voix se fait entendre par haut-parleur. Les flots emportent d'abord les véhicules ... Au large un bateau dérive et fonce vers ce qu'il reste du rivage ... Des bâtiments entiers cèdent … En 6 minutes très exactement la localité est littéralement submergée … La ville n'est plus qu'une rivière.

Tepco la tête sous l’eau titre pour sa part le journal LIBERATION ce matin … Après la découverte d’eau extrêmement radioactive et de plutonium l’exploitant de la centrale de Fukushima Tepco appelle à l’aide. «Au secours.» Voilà qui résume sans doute le mieux l’évolution de la situation écrit Sylvestre Huet … Il faut dire que dans la centrale dévastée par le séisme et le tsunami, la lutte engagée pour stopper le développement de la catastrophe nucléaire va de «mauvaise surprise en mauvaise surprise» … Jeudi dernier c’était la découverte d’une inondation d’eau très fortement radioactive dans les salles des machines ... là précisément où se trouvent les turbines et où des ouvriers devaient installer des câbles électriques pour tenter de redémarrer les systèmes de refroidissement des réacteurs ... Or cette eau affiche un niveau de radiation mortel en quelques heures seulement d’exposition ... Impossible donc d’y travailler avant d’avoir trouvé un moyen pour pomper cette eau et la mettre ailleurs … Hier … nouvelle découverte … Tepco a reconnu pour la première fois que de l'eau fortement radioactive s'était échappée des bâtiments des réacteurs … et qu'elle pourrait déjà avoir ruisselé jusqu'à l'océan Pacifique tout proche … Enfin en début de soirée l’exploitant avertissait que du plutonium avait été découvert en cinq endroits du site de la centrale. Le cauchemar continue.

Fukushima, bombe en sursis peut-on lire encore ce matin sur le site du MIDI LIBRE.

Guillaume Malaurie dans LE NOUVEL OBS est guère plus rassurant ... Ce que l'on apprend au compte goutte sur l'état des réacteurs avant le tsunami est atterrant écrit-il et devrait amener à un examen de conscience approfondi de tous les partisans de bonne foi de l'atome civil écrit pour sa part … Alors que le risque sanitaire du nucléaire est infini, inchiffrable, impensable en douleurs et en tragédies pour les individus exposés par les poussières radioactives, mais aussi pour leurs enfants et les enfants de leurs enfants, on constate effaré que la banalisation de cette technique et la routine de la gestion et des contrôles, avait conduit au Japon à un invraisemblable laxisme … Manifestement, la sécurité était devenue une variable d'ajustement des business plan de l'industrie atomique. En tout cas, au Japon, c'est maintenant de notoriété publique. Un « détail » d'abord : Tepco n'assurait plus depuis sept mois les six réacteurs de la centrale. Raison invoquée : « les tarifs étaient trop élevés ». On se pince ou on hurle commente le journaliste … mais ce n'est là qu'une broutille. 10 jours avant la catastrophe, Tepco avait reconnu qu'il avait faussé les données transmises aux autorités de contrôle ! La vérification d'une trentaine de pièces supposées avoir été réalisée ne l'avait pas été. Pareil pour une valve de contrôle de température du réacteur qui n'avait pas été testée, tenez-vous bien, depuis onze ans. Alors saura-t-on jamais si ces négligences de routine ont été ou non pour partie responsable du blocage des systèmes de secours interroge le journaliste ... Au vu de l'état du matériel aujourd'hui on peut sérieusement en douter.

Et puis comme si la litanie des mauvaises nouvelles ce matin ne suffisait pas ... à la menace nucléaire s'ajoute encore pour les habitants du grand Tokyo la peur d'être plongé dans le noir. Déjà, la capitale vit au ralenti, les lumières en veilleuse pour atténuer les risques liés à la pénurie d'électricité. Mais le pire est sans doute à venir, avec l'été et le pic de consommation provoqué par les climatiseurs précise Arnaud de la Grange dans les colonnes du FIGARO. Toute la plaine du Kanto, la région de Tokyo, poumon économique du pays, est concernée. Un plan doit être annoncé courant avril. Tepco a déjà procédé à des coupures tournantes pour éviter que la capitale ne soit victime d'un black-out accidentel total. Mais cela ne suffira pas. Or certaines des solutions évoquées ne sont guère populaires. On parle d'heures de coupure durant la journée, ce qui rappelle fâcheusement les temps de l'après-guerre. Ou d'augmentation du coût de l'électricité. Et l’article de conclure, si les pluies sont abondantes pour gonfler la production hydroélectrique, et si les centrales thermiques sont réparées rapidement la situation sera acrobatique mais pas désespérée. Et sinon … et bien sinon le pire est à craindre.

Au fil des jours et des annonces, tantôt lénifiantes, tantôt alarmantes, les Japonais commencent à perdre confiance et patience écrit encore Christian Kessler ce matin sur le site de L'ALSACE. Mensonges, falsifications apparaissent au grand jour, avec des témoignages d’anciens de Tepco qui brisent la loi du silence. Malgré la propension des Japonais à ne pas se poser de questions, à accepter sans réfléchir et à faire confiance aux autorités, c’est cette collusion incroyable entre la haute administration, les agences de sécurité et les opérateurs, qui plonge aujourd’hui le pays dans la pire crise de confiance de l’après-guerre écrit le correspondant. Et les annonces de Tepco, les chiffres notamment balancés sans aucune prudence commencent à lasser, voire indigner de plus en plus une population pourtant très patiente. Le fait que le gouvernement avoue lui-même qu’il n’est guère optimiste, commence aussi à ouvrir les yeux des gens qui, petit à petit, comprennent enfin à quel désastre ils sont soumis. En attendant et bien en attendant on voit à la télévision, les cadavres, les premiers, car là aussi la censure avait été sévère, enroulés à terre dans des couvertures, avec les doigts de pied qui dépassent et, fichés dans la couverture, de simples lances de bois munies d’un petit fanion rouge, signe de la présence du mort qu’il faudra, quand on aura le temps, venir chercher et sans doute enterrer dans une fosse commune. Quand je regarde ces images dit-il j’ai parfois l’impression qu’elles viennent d’Haïti. Le Japon est pourtant la troisième puissance économique du monde.

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