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La revue du web de Thomas Cluzel 29/06/11

5 min
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Par Thomas CLUZEL

Une légende raconte que lorsqu’il était patron du FMI, DSK aurait facétieusement murmuré à celle qui était alors la locataire de Bercy, qu’il la garderait comme ministre des finances s’il était élu président de la république. Alors c’est peu de dire que les choses ne se sont pas tout à fait passées comme il le pensait, écrit ce matin Marie Visot dans les colonnes du FIGARO. Et pourtant précise encore l’article, rien ne prédestinait Christine Lagarde élevée avec la rigueur de la bourgeoisie provinciale à finir à la même table que les grands de ce monde, pour preuve les dîners où ses parents universitaires de centre gauche recevaient à la maison Pierre Mendès France ou Jacques Delors.

Alors depuis, et bien depuis les choses ont passablement changé à en croire ce matin le journal L’HUMANITE. A l’aise dans le club des riches, Lagarde sait où est son camp et elle le défend écrit Maurice Ulrich. Pire, selon lui l'élection de la ministre à ce poste n'est en aucune manière une bonne nouvelle pour les peuples dit-il. Christine Lagarde bénéficie certes d'un réel crédit dans les milieux des grandes affaires mais c'est précisément parce qu'elle est une libérale pur jus, déterminée donc à mettre en œuvre sans aucun état d'âme les recettes voulues par les marchés financiers comme autant de potions amères.

Et son confrère de LA MARSEILLAISE même d’ajouter : voilà pourquoi le duel Lagarde-Carstens n’était rien d’autre au fond qu’une partie dont les dés étaient pipés. Car les plus grandes puissances économiques et financières se sont tout simplement afférées à assurer un choix partisan à la tête du FMI écrit Pierre Bastien et ce afin de garantir leurs intérêts particuliers.

Alors au chapitre justement des intérêts bien compris, la nomination de Christine Lagarde à la direction du FMI serait avant tout un double succès pour Nicolas Sarkozy estime de son côté le journal L’ALSACE ce matin. Succès international d’abord puisque le chef de l’État place pour la deuxième fois consécutive son poulain, à la tête de l’une des principales institutions mondiales. Personne n’a oublié qu’en 2007 c’était déjà lui qui avait mis Dominique Strauss-Kahn en orbite. Et puis succès franco-français ensuite, puisque le plébiscite en faveur de Christine Lagarde occulte en partie la déclaration de candidature de Martine Aubry. Celle-ci avait pourtant soigneusement organisé son entrée dans l’arène présidentielle. Sauf qu’hier elle s’est fait voler la vedette peu avant les journaux de 20 heures, ce qui est la pire des humiliations médiatiques commente le journal. Bonne journée donc a priori pour le président de la République mais attention, prévient aussitôt le quotidien : rien n’est définitivement acquis. DSK est tombé après une première alerte en 2008, selon un scénario appréhendé dès 2007 et qui pointait son comportement envers les femmes. Et bien Christine Lagarde, elle aussi a son épée de Damoclès : et cette épée c’est bien entendu l’affaire Tapie. Or s’agissant de la morale, qu’elle soit sexuelle ou financière et bien les Anglo-Saxons rappelle le journaliste pratiquent eux la tolérance zéro.

Alors reste toutefois un symbole c'est vrai dans cette succession estime de son côté L’ECLAIR DES PYRENNES. Au-delà des questionnements, l'histoire retiendra peut-être l'ironie de ce moment où ce sont deux femmes qui ont pris la place d'un homme accusé de viol. En l'espace de 24 heures, deux femmes ont pris tout l'espace qu'occupait Dominique Strauss-Kahn il y a quelques semaines encore renchérit Vincent Giret ce matin dans LIBERATION.

D’où cette conclusion elle est signée Francis Brochet dans LE PROGRES de Lyon. La femme dit-il est le présent de l'homme. C'est l'actualité qui nous le dit, de Washington à Paris. Christine Lagarde devient la première femme directrice générale du FMI. Martine Aubry, qui fut la première femme à diriger le Parti socialiste est maintenant sa favorite pour la candidature présidentielle. Jusqu'à Eva Joly, dont tant se moquèrent et qui pourrait bien supplanter Nicolas Hulot chez les Verts. Oui, la femme est bien le présent de l'homme mais pas encore son égale prévient aussitôt l'éditorialiste. Dans la réalité quotidienne, c'est toujours papa lit et maman coud a constaté hier une conférence d'experts. Et sous le sapin de Noël, c'est voiture de course pour les garçons et chariot de ménage pour les filles. Autrement dit ne nous y trompons pas : l'émancipation de quelques-unes ne fait pas encore l'égalité de toutes.

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