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Revue du web: Les silences du nucléaire

5 min
À retrouver dans l'émission

Dans les dernières nouvelles d'Alsace, Olivier Picard évoque un curieux tryptique... Fukushima... Tchernobyl... Fessenheim... trois villes que l'on n'aurait sans doute jamais pensé à associer il y a encore deux mois, mais qui dessinent un même axe, pour l'éditorialiste alsacien... En ce jour anniversaire, il rappelle: "Il y a vingt-cinq ans, la catastrophe de Tchernobyl avait frappé le monde de stupeur mais n’avait pas remis en question le nucléaire. Si elle avait joué le rôle d’un test d’effroi – grandeur nature, hélas – son souffle n’était pas parvenu à enrayer la progression irrésistible d’une source énergétique dont les promoteurs parvinrent à imposer l’idée qu’elle était finalement bien plus propre que la plupart des autres. ""Le désastre de Fukushima, lui" poursuit Olivier Picard, "va frapper l’imaginaire du monde bien plus profondément, instillant le doute jusque parmi les peuples dont les dirigeants rêvaient de posséder la précieuse technologie atomique. Un peu partout, la côte de popularité du nucléaire a perdu des points. Et de conclure: "Même la France, qui l’a toujours approuvée, est en proie au doute". Quelque chose s’est bel et bien cassé dans la confiance que le lobby mondial du nucléaire avait patiemment réussi à imposer dans les esprits. Promettre de «dire la vérité» – comme le réclame en guise d’acte de contrition le président russe Medvedev – ne suffira même plus, maintenant qu’un pays aussi développé que le Japon était incapable de maîtriser un incident.Et Fessenheim, me direz-vous? Pour Olivier Picard, " l’arrogance avec laquelle EDF continue de prétendre qu’une vieille centrale comme Fessenheim est «aussi sûre qu’une neuve», insulte non seulement les promesses faites à plusieurs reprises par l’État, mais aussi le discernement de l’opinion".Les silences, les mensonges ne convainquent plus grand-monde, semble donc nous dire l'éditorialiste... Oui, et c'est ce que confirme la prolifération des grands rassemblements anti-nucléaire... dont se font l'écho presque tous les quotidiens en ligne ce matin...Sur le site du monde.fr, on lira cette tribune, signé à trois mains par Yuriy Bandajevsky, professeur à l"'Univesité de Gomel en Biélorussie, avec Michelle Rivasi, députée européenne, fondatrice de la Criirad, et Daniel Cohn Bendit, que l'on ne présente plus... "Les leçons de Tchernobyl n'ont pas été tirées", nous disent-ils. En guise de préambule, ils rappellent les faits: "pour la communauté scientifique, aucun doute ne subsiste quant au lien entre la catastrophe nucléaire et l'inversion des courbes de croissance démographique dans les régions directement exposées à la radioactivité." Natalité en berne, mortalité en hausse inquiétante... En cause, des "pathologies cardiovasculaires et de cancers dont le nombre croît chaque année", en Ukraine et en Biélorussie, martèle l'article.Comment en est-on arrivé là? Selon Rivasi, Cohn Bendit et Bandajevsky, l'une des explications réside dans "l'absence d'informations objectives concernant l'impact des agents radioactifs sur la santé humaine. La censure de l'information s'explique en grande partie par la collusion entre le lobby nucléaire et le régime autoritaire... de Biélorussie"... entre autres, a-t'on envie d'ajouter... "L'accès à une information impartiale ne va pas de soi" quand il est question du nucléaire, constatent les auteurs, "ce que l'on a vu une fois de plus au moment de l'accident de Fukushima". Et pourtant, "si l'on arrête de se voiler la face, on comprend vite combien la course à l'armement nucléaire et le développement du nucléaire civil sont insensés"... La tribune se conclut, rappelant que "les alternatives au nucléaire existent, que nous disposons des technologies nous permettant de sortir du nucléaire tout en respectant nos engagements climatiques d'ici à 2050...Le futur énergétique de l'Europe dépendra des investissements que nous ferons dans les 10 ans à venir!" Silences du nucléaires, en France aussi... Oui c'est Médiapart qui nou raconte l'histoire de non plus 25 ans de silence, mais bien 50...L'histoire, c'est celle de Gérard Dellac... plombier à la retraite de 73 ans... il y a 50 ans, il était dans le désert algérien, appelé dans les rangs du 620e GAS (Groupe des armes spéciales) de l'armée française... Dans Médiapart, la journaliste Elodie Berthaud raconte: "Ce 13 février 1960, la curiosité avait poussé Gérard Dellac à se retourner pour regarder la colonne de fumée s'élever dans le ciel. Elle enfla et pris la forme d'un champignon auréolé de couleurs rouge orangé." Au moment où est effectué le premier essai nucléaire français, dans le désert algérien, Gérard Dellac et les hommes du 620e GAS se trouvent "à une trentaine de kilomètres de l’emplacement de la bombe au plutonium. Ils portaient une combinaison de toile blanche, et pour les plus chanceux une paire de lunettes."A l'explosion de la première bombe atomique française", rapporte Elodie Berthaud, "le jeune homme de 22 ans avait ressenti une grande fierté". Depuis, "La douleur a pris le pas sur la fierté. Depuis 20 ans, Gérard Dellac souffre d’un cancer de la peau. Les quinze opérations qu'il a subies ont laissé sur son visage des marques indélébiles. Une peau qui démange, plusieurs crèmes à appliquer tous les jours, un chapeau pour se protéger du soleil." Puis c'est Arlette, la femme de Gérard qui parle "Il a été difficile pour nous d’envisager que les autorités aient pu nous cacher des choses"... là encore, les silences assourdissants du nucléaire... Mais depuis, nous explique la journaliste de Médiapart, "la France a mis fin à son mutisme sur la nocivité de ces expérimentations". La loi Morin du 6 janvier 2010 a créé un fonds pour indemniser les travailleurs, civils et militaires, irradiés lors des essais nucléaires effectués au Sahara et en Polynésie française entre 1960 et 1996.Gérard et Arlette, eux, se battent depuis 15 ans pour qu'enfin cesse le silence et l'irresponsabilité...

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