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En France, environ 150 000 personnes sont atteintes d’AVC chaque année. 40 000 en meurent.

L'AVC de Sandro : "Les mots étaient bien là dans mon cerveau mais aucun son ne voulait sortir. C’était étrange"

1h

Sandro a 49 ans, père de 4 enfants, est marchand d’Art international. Fatigué, il part se reposer au Mexique. Sa vie bascule. Après une visite, il s'écroule victime d'un AVC. Après l'accident, il a fallu retrouver les mots. Ils sont bien là, mais rien ne veut sortir. Récit d'un retour à la vie.

En France, environ 150 000 personnes sont atteintes d’AVC chaque année. 40 000 en meurent.
En France, environ 150 000 personnes sont atteintes d’AVC chaque année. 40 000 en meurent. Crédits : Kieran Stone - Getty

Aphasie, alexie, agnosie, apraxie, agraphie, aphémie, anarthrie, amnésie, anasognosie…tous ces mots et traumatismes liés à un accident cérébral évoquent la perte, l’absence à soi et aux autres et leurs caractéristiques ont été décrites dans d’imposants traités, en revanche la rééducation est encore peu abordée, celle qui donne espoir de sortir de ce silence qui gagne, qui rétrécit la vie autour de la personne aphasique.

Le 4 mars 2006 : 20 ° 12'53''N 87 ° 25’44’'W.

Ce sont les coordonnées de Tulum, au Mexique, . C’est un site Maya Précolombien dans la péninsule du Yucatan, avec vue sur la mer des Caraïbes et célèbre pour ses trois bâtiments principaux: La pyramide El Castillo, le temple des Descendants de Dieux et le Temple des Fresques

Sandro a 49 ans, père de 4 enfants, il est marchand d’Art international, il avait eu besoin d’une pause parce qu’il ne se sentait pas bien depuis quelques jours.

Il souffrait de maux de tête, et ressentait des picotements dans le bras gauche ainsi qu’à la jambe, il a donc pris des vacances pensant se reposer et soulager le stress qui l’étouffait.

Puis tout à basculé, lorsque, se dépêchant de finir la visite de ce site magique et retournant vers le parking, il s’écroula, inconscient, victime d’un Accident Vasculaire Cérébral.

Quand je revins à moi, j’étais lucide mais je sentais que le côté droit de mon corps était complètement engourdi. Je pouvais seulement sentir le gravier sur ma joue gauche posée sur le sol, tandis que toute ma partie droite semblait perdue dans le vide. Ma bouche refusait de coopérer, et pourtant les mots étaient bien là dans mon cerveau mais aucun son ne voulait sortir. C’était étrange. Je suis alors devenu silencieux malgré moi pendant plusieurs mois jusqu’à ma rencontre avec le Docteur Philippe Van Eeckhout  orthophoniste à l’Hôpital de la Salpêtrière. Sandro

Sandro dans son salon
Sandro dans son salon Crédits : G.Mardirossian - Radio France

Pour Philippe Van Eeckhout , tout ce qui réamorce la communication avec le monde extérieur est bon à prendre.

Massant les gencives, pressant les thorax pour réguler la respiration, entrant dans la vie de ses patients pour retrouver les mots coincés, les voix brisées, il part du principe que, derrière la paralysie du langage, la personnalité du malade demeure intacte et qu’il ne faut jamais accepter que les mots "n'y soient plus", qu'il y a toujours moyen de restaurer un langage.

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Aphasie, alexie, agnosie, apraxie, agraphie, aphémie, anarthrie, amnésie, anasognosie…tous ces mots et traumatismes liés à un accident cérébral évoquent la perte, l’absence à soi et aux autres et leurs caractéristiques ont été décrites dans d’imposants traités, en revanche la rééducation est encore peu abordée, celle qui donne espoir de sortir de ce silence qui gagne, qui rétrécit la vie autour de la personne aphasique.

Or dans cette entreprise de rééducation il faut considérer comme essentiel la conviction que la personne de l’aphasique, toujours présente à petit bruit, est moins atteinte que son langage, elle veille derrière la syntaxe en charpie, le vocabulaire en déroute, les mots coincés, étouffés, éraillés, mâchurés.

Philippe Van Eeckhout, l'orthophoniste chez Sandro
Philippe Van Eeckhout, l'orthophoniste chez Sandro Crédits : G.Mardirossian - Radio France

Lorsque nous nous somme rencontrés en 2007, il me confia que toute énergie était bonne à prendre et j’ai imaginé aussi que le micro « témoin /stylo » parmi tous les dispositifs de soins et de rééducation pouvait lui aussi participer à devenir un élément énergétique et bénéfique pour Sandro. Ce qui à été commencé dès Juin 2008 lors de séances de rééducation chez Sandro.

Selon Philippe Van Eeckhout  aucun petit pas n’est à dédaigner, même pas le plus dérisoire. Il manipule avec délicatesse et subtilité les liens affectifs qui se nouent entre le malade, l’orthophoniste et les proches qu’il faut associer chaque fois qu’on le peut au travail…et veille sur les dangers que ces rapports peuvent déceler, en sachant au bon moment rompre ce lien pour le bien du patient, et lui permettre de se libérer.

Pour Gilles Mardirossian, aborder ce documentaire inclus dans une démarche thérapeutique, a nécessité une approche graduelle, longue et prudente, dont l’écoute et les enregistrements n’ont pas uniquement tenté d’y capter l’énergie apportée par chacun pour lutter contre se silence imposé, mais aussi tout simplement d’y participer.

Sandro
Sandro

Voici le portrait d’un homme singulier Sandro  Rumney (petit fils de la célèbre collectionneuse d'art Peggy Guggenheim) avec Philippe Van Eeckhout  son orthophoniste et un micro tantôt témoin, tantôt intime révélant les doutes, les espoirs, les échecs, les réussites et progrès toujours trop lents pour « le patient » mais qui sont à chaque fois de grandes victoires.

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