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Tous républicains ? La droite et l'idée républicaine

55 min
À retrouver dans l'émission

Rediffusion du 24/05/2015
Alors que l'UMP s'apprête à changer de nom pour Les Républicains, l'Atelier du pouvoir s'intéresse cette semaine à l'histoire complexe de la droite et de l’idée républicaine. L'un des mythes politiques français veut que la droite se soit construite contre la République et la Gauche contre la Nation. Qu'en est-il vraiment ?

La liberté guidant le peuple, 1830
La liberté guidant le peuple, 1830 Crédits : Eugène Delacroix

Appropriation d’une « marque » ? Définition d’un projet politique singulier ? Ce n’est pas la première fois en tous cas que la droite française s’approprie la République : de l’Alliance républicaine démocratique (ARD) de Waldeck-Rousseau et Poincaré sous la IIIe République au Parti républicain (PR)de l’UDF (Union pour la démocratie française ) en passant par Rassemblement pour la République (RPR), ce mouvement créé par Jacques Chirac en 1976.

On se souvient même que l’UDR s’était rebaptisé Union pour la Défense de la République en mai 68 pour faire face à la chienlit, dixit le Général de Gaulle.

Rien de nouveau sous le soleil donc, même si certains esprits malins diront qu’il y a une ironie historique à voir la droite, dont les premiers fondements mythologiques tiennent à l’opposition à la République, se poser en parangon de cette dernière. Et qui se souviennent que l’introduction du suffrage universel direct pour l’élection du Président de la République en 1962 avait soulevé des oppositions à gauche au nom de la défense de la République – parlementaire s’entend, soi-disant menacée par le système présidentiel.

Alors que tous les acteurs politiques se réapproprient la République, le contenu intellectuel et politique donné à cette valeur consensuelle fait donc débat. On pressent qu’elle ne signifie pas la même chose pour François Hollande , Nicolas Sarkozy ou Marine le Pen , et que cela est source de confusion dans le débat politique français.

Comment se mêlent l’histoire de la République et celle de la droite française ? Quel type de République est défendue par la droite et en quoi se différentie-t-elle de la Gauche sur ce thème ? Quel enjeu pose la généralisation à tous les partis, FN inclus, de la référence à la République ?

P. Raynaud, J.-C. Lagarde, P. Nora, F. Atttal
P. Raynaud, J.-C. Lagarde, P. Nora, F. Atttal Crédits : L'Atelier du Pouvoir - Radio France

Invités : Jean-Christophe Lagarde, président de l'Union des Démocrates et Indépendants (UDI), Maire de Drancy depuis 2001 et député de Seine Saint-Denis depuis 2002.

Pierre Nora, historien, éditeur et écrivain. Membre de l'Académie française depuis 2001, directeur de la collection « Les Lieux de la Mémoire» paru aux éditions Gallimard donc le premier tome publié en 1984 s'intitule : "La République".

Philippe Raynaud, professeur de philosophie politique à l'Université Paris 2 et à l'EHESS, spécialiste de libéralisme et de la pensée républicain.

La séquence Internationale : La relation entre la droite italienne et l'idée républicaine en Italie

Frédéric Attal, professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Valenciennes auteur notamment d’un ouvrage sur l'Histoire des intellectuels italiens au XXe siècle (Les Belles Lettres, 2013). Il prépare une traduction de l’ouvrage de Giovanni Orsina sur le Berlusconisme dans l’histoire de l’Italie, à paraître chez Les Belles Lettres .

Il y a-t-il une culture républicaine de droite ? Pierre Nora vous répond...

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Il y a-t-il une culture républicaine de droite ? Pierre Nora vous répond...

Le conseil de lecture de la semaine Le mauvais génie d'Ariane Chemin Vanessa Schneider [2015, Fayard] Journalistes politiques au Monde, les deux auteures nous livrent une enquête détaillée, forte de mille anecdotes, sur l’itinéraire de Patrick Buisson, conseiller et donc « mauvais génie » de Nicolas Sarkozy pendant la campagne de 2007 puis à l’Elysée, à qui l’on doit la droitisation qui a fait la marque politique de l’ancien président.

Patrick Buisson, polémiste, ancien directeur de la rédaction de l’hebdomadaire Minute, expert en sondages, conseiller du prince, patron de la Chaîne Histoire, est un condensé de ce que l’extrême droite fait de plus représentatif. Fils d’un camelot du roi, obsédé par l’Histoire en général et la collaboration en particulier, il est depuis trente ans un véritable pont entre les droites qu’il n’aura de cesse de réconcilier. Ce que le livre transcrit bien, c’est sa dimension d’idéologue, mais aussi de grand paranoïaque et de voyeur – on se souvient de ses enregistrements de conversations privées avec Nicolas Sarkozy qui avait tant défrayé la chronique.

Ce que j’ai trouvé passionnant dans ce livre, c’est le sens du portrait des deux auteures, qui décrivent très justement les obsessions de Patrick Buisson – l’érotisme malsain, les perdants de l’histoire, et le pouvoir bien-sûr. C’est surtout la galerie des seconds rôles qui disent par effet de miroir quelque chose de Patrick Buisson : son fils Georges, écrasé par son père, ou Pauline de Préval, sa jeune protégée qu’il voyait comme la fille qu’il n’avait jamais eu. Ces deux-là se rebelleront contre le mauvais génie et ont rompu avec lui. Mais il y a aussi toute la galaxie de ses amis, de Philippe de Villiers au journaliste d’extrême droite Alain Renault, en passant par le plus surprenant Jean-Luc Mélenchon.

On est surtout ébahi à la lecture de ce mauvais génie par l’influence écrasante que Patrick Buisson a eu sur Nicolas Sarkozy pendant près d’une décennie, lui que l’ancien président avait coutume d’appeler dix fois par jour pour lui demander un avis, et qui suivit aveuglément son conseiller dans une ligne ultra-droitière, parfois contre une partie de son propre camp.Si la rupture personnelle est consommée entre les deux hommes, on mesure le poids toujours fort de celui que les conseillers de l’Elysée avaient surnommé Dark Vador sur la ligne politique de Nicolas Sarkozy : obsession identitaire, thèmes sécuritaires et rhétoriques musclées sur l’immigration, entre autres.

Reste à savoir si cette ligne permettra à l’UMP de concurrencer le FN ou au contraire tendra à l’encourager sur le long terme. Cela, le livre d’Ariane Chemin et Vanesse Schneider ne le dit pas, mais pour tout le reste, je vous conseille chaudement ce livre, une plongée haletante dans la lanterne de ce mauvais génie qu’est Patrick Buisson. *Vincent Martigny

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Intervenants
  • Politologue.
  • Président de l'Union des Démocrates et Indépendants (UDI), Maire de Drancy depuis 2001 et député de Seine Saint-Denis depuis 2002
  • Professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Valenciennes
  • historien, éditeur, membre de l'Académie française
L'équipe
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