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Joséphine Baker et Jo Bouillon le 3 juin 1947, jour de leur mariage, au château des Milandes

"Le village du monde" de Joséphine Baker en Dordogne

3 min
À retrouver dans l'émission

Pendant plus de trente ans, Joséphine Baker a vécu dans le château des Milandes en Dordogne. Elle y a créé une utopie familiale : une "capitale de la fraternité".

Joséphine Baker et Jo Bouillon le 3 juin 1947, jour de leur mariage, au château des Milandes
Joséphine Baker et Jo Bouillon le 3 juin 1947, jour de leur mariage, au château des Milandes Crédits : AFP

Aujourd'hui, nous partons pour les bords de la Dordogne, entre Sarlat et Bergerac. Non loin de la commune de Castelnaud-la-Chapelle, s'élève un château construit au XVème siècle, avec des tours et un parc. Le mythe raconte que Joséphine Baker en serait tombée littéralement amoureuse.  C'est dans ce château qu'elle célèbre son mariage avec le musicien Jo Bouillon, son accompagnateur. Ensemble, "Jo et Jo" achètent le château des Milandes en 1947. De ce lieu, elle a fait un projet, ou plutôt une utopie : le "village du monde".

Le  château des Milandes a été pour Joséphine Baker un endroit pour  accueillir et élever une famille d'enfants qu'elle adopte dans le monde entier à partir de 1954. Les conditions et la régulation de l'adoption  internationale dans les années 1950 sont presque inexistantes et la  notoriété mondiale de la star lui permettra de rentrer en contact avec des orphelins aux quatre coins de la planète.  Ce qui fait de Joséphine Baker une des pionnières et ambassadrices de l'adoption internationale.

Sa troupe d'enfant s’élèvera au nombre de  douze, presque comme les disciples du Christ. Ils s'appellent : Teruya  et Akio (du Japon), Jari (Finlande), Luis (Colombie), Jean-Claude, Moïse  et Noël (de France), Brahim et Marianne (d'Algérie), Koffi (de Côte  d'Ivoire), Mara (du Venezuela), et Stellina (du Maroc). L'idée était de  constituer une "tribu arc-en-ciel", au sens strict : de rassembler en  une même cellule familiale des enfants de toutes les races et de toutes  les couleurs.

La "tribu arc-en-ciel" en 1956
La "tribu arc-en-ciel" en 1956 Crédits : AFP

Ce que veut créer Baker avec sa famille en  Dordogne, c'est rien moins qu'une expérience in vivo pour défaire les  préjugés du racisme, montrer l'arbitraire des frontières humaines, et appliquer selon ses propres termes un "idéal d'une fraternité  universelle". Il faut rappeler ici que la chanteuse s'engage en parallèle dans les années 1960 pour le mouvement des droits civiques aux États-Unis, son pays  natal. Chaque enfant est élevé dans la connaissance de ses origines, de  sa culture et de sa religion, mais tout le monde vit ensemble. Le parc autour du château est transformé en zone ouverte au public : Baker y fait construire toutes sortes d'infrastructures pour accueillir des touristes. Des centaines milliers de personnes se pressent donc dans ce  coin paisible de la Dordogne pour y admirer la "capitale de la fraternité". Baker y donne des concerts, des spectacles, Duke Ellington et Jacques Brel viennent à Castelnaud-la-Chapelle.

Phalanstère de star, le parc à thème périgourdin, l'utopie réalisée d'un espace défait du préjugé  des races et une maison du bonheur, le domaine des Milandes tient un peu de tout ceci à la fois.

Néanmoins  l'aventure périclite : Joséphine Baker doit beaucoup tourner pour subvenir aux coûts astronomiques de sa famille et de son domaine. Elle se sépare de Jo Bouillon en 1961. De nombreux appels aux dons sont lancés, notamment par Brigitte Bardot, ainsi que des recherches  de financements auprès de personnes aussi hétéroclites que Fidel Castro ou Hassan II, roi du Maroc. Elle est contrainte de céder le domaine dans les larmes en 1969. Malgré la disparition de l'espace des Milandes, la  cellule de la famille "_arc-en-cie_l" de Joséphine Baker se maintient, les  frères et sœurs grandissent ensemble comme une vraie fratrie. Aujourd'hui dans le parc des Milandes, on  peut voir une statue qui représente Joséphine Baker embrassant un  enfant, et autour, douze empreintes de petits pieds.

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