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Le 7, Quai Arthur Rimbaud, Charleville Mézières, maison où il vécut de 1869 to 1875

Dans les Ardennes d'Arthur Rimbaud, territoire de fugues

3 min
À retrouver dans l'émission

A la fin de l'année 1870, le jeune Arthur Rimbaud fugue par deux fois de Charleville-Mézières, dans les Ardennes. Un territoire magique où expérimenter la "bohémiennerie".

Le 7, Quai Arthur Rimbaud, Charleville Mézières, maison où il vécut de 1869 to 1875
Le 7, Quai Arthur Rimbaud, Charleville Mézières, maison où il vécut de 1869 to 1875 Crédits : Franck CRUSIAUX - Getty

On part à Charleville-Mézières, chef-lieu et préfecture des Ardennes, à une époque où la ville était coupée en deux, Charleville d’un côté, et Mézières de l’autre. C'est à Charleville qu'emménage une certaine Vitalie Cuif en 1852. L’année suivante, elle rencontre un capitaine de division venu de Mézières, avec qui elle se marie dans la foulée, il s'appelle Frédéric Rimbaud. Vite accaparé par la carrière militaire, le mari abandonne le ménage, en laissant derrière lui cinq enfants. Parmi eux, il y a Arthur, né en 1854, qui révèle une certaine prédilection pour les lettres et notamment la poésie latine. Seulement à Charleville, il s'ennuie, et s'en plaint largement dans des lettres, avec des mots très durs pour sa ville. Il écrit ainsi à son professeur, Georges Izambard :

Vous êtes heureux, vous, de ne plus habiter Charleville ! — Ma ville natale est supérieurement idiote entre les petites villes de province. Sur cela, voyez-vous, je n’ai plus d’illusions. Parce qu’elle est à côté de Mézières — une ville qu’on ne trouve pas [...] Je suis dépaysé, malade, furieux, bête, renversé ; j’espérais des bains de soleil, des promenades infinies, du repos, des voyages, des aventures, des bohémienneries. Arthur Rimbaud 

Arthur Rimbaud suffoque donc dans cette ville natale coupée en deux. Le monde presse et gronde autour de la région, la guerre franco-prussienne et ce qu'il appelle le "patrouillotisme" menace et font rage. Donc, Arthur fugue. Une première fois en septembre 1870. Il n'a pas encore 16 ans. Il part pour Charleroi en Belgique, d'où il prend un train pour la Gare du Nord à Paris. Intercepté par les forces de l'ordre, on l'enferme dans la prison Mazas, en face de la gare de Lyon. Là, il écrit au bon professeur Izambard le 5 septembre : 

je l'ai fait : je suis allé à Paris, quittant la maison natale ! Arthur Rimbaud 

Sa mère s'inquiète, le 24 septembre, elle écrit, toujours au même Izambard : 

Est-il possible de comprendre la sottise de cet enfant, lui si sage et si tranquille ordinairement ?

Valise ayant appartenu à Arthur Rimbaud
Valise ayant appartenu à Arthur Rimbaud Crédits : Frédéric Reglain - Getty

Mais la bohémiennerie n'est jamais finie. Arthur récidive, à peine un mois plus tard. En octobre 1870, il n’a toujours pas encore 16 ans, il fugue à nouveau, toujours en direction de la Belgique, vers Charleroi, puis Bruxelles, puis Douai, non loin de Lens. Il écrit des poèmes sur la route, le "cahier de Douai", une espèce de journal de fugue en poésie qui garde la trace des lieux qu’il traverse tout en les laissant dans le mystère : le wagon d’un train dans le poème "La Maline", ou une taverne de Charleroi dans "Au Cabaret Vert".
 

Les fugues de Rimbaud ont formé la matière de bien des fantasmes et transformé les Ardennes en territoire magique, en lieu de pèlerinages, d'enquêtes et de tourisme, sur les traces du jeune poète. Les poèmes de cette époque portent la marque de ce sentiment d'être "exilé dans sa patrie". Avec lui, la bohémiennerie n'est jamais finie, car c'est aussi à cette période qu'il écrit une merveille sonore et canaille, "Ma Bohème" :
 

Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ;
Oh ! là là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !
 

Mon unique culotte avait un large trou.
— Petit Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse ;
— Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou.
 

Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;
 

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon cœur !

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