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Des migrants à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne

L'agression biélorusse et les relations entre l'Union-Européenne et la Russie

32 min
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Depuis l'été, la Pologne fait face à l'afflux de migrants à sa frontière avec la Biélorussie. Le président Loukachenko est accusé d'organiser des filières aériennes pour attirer les migrants en leur faisant miroiter un passage vers l’UE. Quel rôle tient la Russie dans la crise migratoire ?

Des migrants à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne
Des migrants à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne Crédits : MAXIM GUCHEK / BELTA / AFP - AFP

Le dirigeant biélorusse Alexandre Loukachenko a organisé depuis l’été des filières aériennes pour attirer les migrants et demandeurs d’asile du Moyen-Orient vers son pays en leur faisant miroiter un passage vers l’Union européenne (UE). Une fois en Biélorussie, ils sont activement poussés à franchir illégalement la frontière avec la Lituanie et la Pologne. Beaucoup sont alors repoussés et quelque 2 000 d’entre eux sont actuellement bloqués entre les deux frontières. Sur le terrain, la situation humanitaire est dramatique : au moins huit personnes sont déjà mortes. Il s’agit, clairement, d’une agression contre les pays frontaliers qui abritent l’opposition biélorusse en exil et, au-delà, contre l’UE. 

La Pologne va construire un mur 

Pour contenir l'afflux de migrants, la Pologne a annoncé pour début 2022 la construction d’un mur avec la Biélorussie. Il s’agit d’un « investissement pour la sécurité de la nation ». L’ouvrage, qui devrait être livré au premier semestre 2022, coûtera environ 353 millions d’euros et devrait s’étendre sur 180 kilomètres. Le Parlement avait donné son aval à cette construction au cours du mois dernier. Pour l’instant, la Pologne comme la Lituanie jugent que la réaction des Européens n’est pas suffisante. Mais le sujet du mur hérisse à Bruxelles. La présidente de la Commission européenne, Ursula Von Der Leyen, l’a dit clairement lors du dernier sommet en octobre. C’est non. « J’ai été très claire : il y a une position commune de longue date de la Commission et du Parlement européen, il n’y aura pas de financement de barbelés et de murs. » 

La Biélorussie ne veut pas de conflit à sa frontière 

Lundi déjà, Alexandre Loukachenko avait assuré que la Biélorussie travaillait « activement » à faire rentrer dans leurs pays les migrants coincés à la frontière avec l’UE, tout en relevant qu’ils étaient « têtus » et ne souhaitaient pas partir. Il a en parallèle accusé la Pologne « d’avoir besoin » de cette crise à cause de ses « problèmes internes » et de tensions avec ses partenaires de l’Union européenne.  Le gouvernement irakien a annoncé l’organisation jeudi d’un premier vol de rapatriement de migrants irakiens coincés à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne « sur la base du volontariat ». L’Irak « a recensé 571 Irakiens » bloqués à la frontière polono-biélorusse qui se sont dits prêts à regagner « volontairement » l’Irak.

Une crise internationale ? 

Les dirigeants européens ont finalement pris la mesure de cette opération qu’ils qualifient à présent d’« attaque hybride », une expression utilisée par les Baltes depuis le début mais que Bruxelles jugeait excessive. En visite à Washington, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, s’en est entretenue avec le président Joe Biden. « Il ne s’agit pas d’une crise migratoire, a-t-elle dit. Il s’agit d’une tentative de déstabilisation menée par un régime autoritaire contre ses voisins démocratiques. C’est l’ensemble de l’UE qui est défiée. »

À l’issue de la réunion des 27 ministres des Affaires étrangères de l’UE à Bruxelles de lundi 15 novembre, le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a annoncé qu’ils s’étaient « mis d’accord sur l’adoption d’un nouveau train de sanctions (…) finalisé dans les prochains jours ». Ces sanctions toucheront « un nombre important de personnes et d’entités ».

Le rôle de la Russie 

Selon le premier ministre Polonais, le vrai cerveau se trouve à Moscou. Au début de la crise, le Kremlin oscillait entre soutien à Minsk et distanciation avec la crise. Ainsi mercredi 10 novembre, le Kremlin s'inquiétait de la "catastrophe humanitaire qui se prépare" à la frontière, tout en envoyant une patrouille de bombardiers sillonner l'espace aérien biélorusse. Deux jours plus tard, les troupes russes et biélorusses menaient conjointement des exercices près de la frontière avec la Pologne, alors que Moscou invitait l'UE à "rétablir le contact" avec Minsk.

La chancelière Angela Merkel a appelé deux fois en deux jours le président Vladimir Poutine, qui a commencé par lui répondre de s’adresser directement à Loukachenko (dont l’UE ne reconnaît pas la légitimité). L'objectif de la Russie est clairement de montrer qu'elle peut influencer Minsk et qu'elle est un pays central dans la région.

Emmanuel Macron et Vladimir Poutine se sont parlés lundi et ont visiblement trouvé un front commun pour faire retomber la tension. Les deux chefs d’État se sont mis d’accord sur une nécessaire « désescalade ».

Des tensions entre la Russie et l'UE qui ne datent pas d'hier 

Le 2 mars, l’UE a annoncé sa décision d’imposer des mesures restrictives à l’encontre de quatre Russes responsables de graves violations des droits de l’homme, notamment des procédures judiciaires contre l’opposant russe Alexeï Navalny, ainsi que de la répression massive et systématique de la liberté de réunion pacifique en Russie.

La Russie a annoncé vendredi 30 avril des sanctions contre de hauts responsables de l’Union européenne, dont le président du Parlement européen, en représailles à celles mises en place par Bruxelles en mars dans un regain de tensions entre Moscou et l’Occident. Ces mesures comprenaient notamment l’interdiction d’entrée sur le territoire de l’UE et le gel des avoirs de ces hauts responsables, parmi lesquels le chef du Comité d’enquête russe Alexandre Bastrykine et le procureur général Igor Krasnov.

La Russie a expulsé des employés de l'ambassade tchèque à Moscou après que la République tchèque a accusé les services secrets russes d'être impliqués dans l'explosion d'un dépôt de munitions en 2014 et a expulsé 18 diplomates russes.

La Russie aura regroupé en avril plus de 120 000 soldats aux frontières de l'Ukraine. De son côté, la Russie a accusé les États-Unis et l'Otan de se livrer à des "activités provocatrices" dans l'espace maritime et aérien de la mer Noire. Selon des observateurs occidentaux, la concentration actuelle des forces russes dans la région est supérieure à ce qu'elle était lors de l'annexion de la péninsule ukrainienne de Crimée par Moscou en mars 2014.

Bête noire du Kremlin, Alexeï Navalny, 44 ans, est en prison depuis mi-janvier. Il avait été arrêté à son retour d’Allemagne où il avait passé près de cinq mois en convalescence pour se remettre d’un empoisonnement à un agent neurotoxique dont il accuse le Kremlin en août 2020.  Alexeï Navalny se bat contre la corruption en Russie. 

Chroniques
11H29
25 min
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Intervenants
  • Directrice éditoriale au journal Le Monde. Spécialiste notamment des questions internationales.
  • Politologue. Professeur des Universités à Sciences Po.
  • Historien des relations internationales, directeur de l’Institut français des relations internationales (IFRI).
  • Politiste, spécialiste des relations internationales, professeur émérite des universités à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et enseignant-chercheur associé au Centre d’études et de recherches internationales (CERI)
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