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L'immigration et l'identité dans la pré-campagne présidentielle française

L'immigration et l'identité dans la pré-campagne présidentielle française

25 min
À retrouver dans l'émission

Emmanuel Macron qui dévoile une batterie de mesures pour mieux maîtriser les flux migratoires, Eric Zemmour et Marine Le Pen qui envisagent un référendum pour stopper net l'immigration et un débat pour l'investiture LR marqué par le thème de l'immigration...

L'immigration et l'identité dans la pré-campagne présidentielle française
L'immigration et l'identité dans la pré-campagne présidentielle française Crédits : SIPA/REA/AFP - AFP

Dans l'enquête IFOP-Sopra Steria du 27 août pour le Monde la Fondation Jean-Jaurès, l'Institut Montaigne et le CEVIPOF, le sujet de l'immigration arrive à la cinquième place avec 30 % des Français le jugeant comme étant une priorité. Pourtant, lors du second débat des républicains, un peu plus d’1 heure a été consacrée à l’immigration. Pendant 101 minutes sur 173, les candidats à l’investiture LR ont parlé immigration et sécurité.  

Les républicains : l'immigration et l'identité

Du côté des républicains, on affiche sa fermeté en matière d'immigration quitte à aller sur les terres de l'extrême droite. 

Michel Barnier souhaite un moratoire sur l'immigration. 

Pour Valérie Pécresse, il faut cesser le droit du sol automatique y compris en métropole, pour que les enfants nés de parents étrangers "fassent un vrai choix" à leur majorité et qu'"on vérifie leur assimilation" à l'aune de leur "respect des valeurs de la République" et de leur "casier judiciaire vierge". 

Xavier Bertrand souhaite mettre en place des quotas. Il promet de diviser par trois le regroupement familial, de baisser de 50% les entrées d'étudiants et de 30% l'immigration économique.

Eric Ciotti a promis d'"arrêter le regroupement familial" et d'instaurer un "long parcours d'intégration" d'"au moins dix ans" avant toute naturalisation. Il n’hésite pas à reprendre telles quelles certaines propositions du Rassemblement national : droit du sang plutôt que droit du sol pour obtenir la nationalité française, fin du regroupement familial ou encore priorité nationale pour les emplois, le logement et les aides sociales. Il reprend également à son compte la théorie du "grand remplacement", mais va plus loin que Marine Le Pen sur le terrorisme en plaidant pour la création d’un "Guantanamo à la française" pour les personnes fichées S jugées les plus dangereuses et affirme même qu’il votera Éric Zemmour plutôt qu’Emmanuel Macron en cas de face-à-face entre les deux hommes au second tour en avril 2022.

Eric Zemmour et Marine Le Pen

Eric Zemmour a reconnu avoir « une préférence nationale », avant de détailler sa pensée en ces termes : « Je veux que la France reste la France ». Pour illustrer au mieux ses propos, l’essayiste a ensuite fait allusion au « nombre inouï d’étrangers » présents dans l’Hexagone depuis quatre décennies, et qui, selon lui, « mettent en danger l’existence, l’identité et la survie » du pays.

Marine Le Pen a présenté, le 28 septembre, un projet de loi « tout ficelé » pour instaurer la
« préférence nationale », la priorité donnée aux Français sur les étrangers. Comme elle, Eric Zemmour veut supprimer une série de droits : le droit du sol, le droit d’asile, le regroupement familial, le « renouvellement automatique » des titres de séjour. Mme Le Pen projette de renvoyer les étudiants étrangers dans leur pays d’origine après leurs études ; M. Zemmour ne les admettrait en France qu’au « cas par cas ». Alors que la candidate veut limiter le solde migratoire à dix mille personnes par an – pour des étrangers qui prouvent qu’ils peuvent subvenir à leurs besoins et avoir leur propre assurance- maladie –, Eric Zemmour promet de stopper toutes les entrées et d’expulser deux millions d’étrangers en cinq ans. Quand elle compte éloigner les étrangers délinquants, son rival y ajoute l’expulsion de « ceux qui sont au chômage depuis trop longtemps ». Tous deux veulent supprimer ou restreindre les allocations aux non-nationaux. Marine Le Pen propose de réserver les aides sociales aux étrangers justifiant de cinq ans de travail à temps plein en France, tandis qu’Eric Zemmour veut supprimer toutes les aides aux étrangers extra-européens, quand bien même ils cotisent et s’acquittent de l’impôt, afin d’économiser, prétend-il, 20 milliards d’euros. La « priorité nationale », pour le Rassemblement national (RN), s’étend enfin en matière de logement social, mais aussi « d’emploi privé ou public ».

Emmanuel Macron s'empare de la question

Fin septembre Emmanuel Macron a décidé de réduire de 50% les visas accordés à l’Algérie et au Maroc et de 30% pour la Tunisie. 

Lors de son allocution début novembre, le président de la république a dessiné un projet sur "l'identité de la France et ce que c'est que d'être Français" avec ces mots « Mais regardez ce que nous avons réussi en agissant ensemble. Unis, nous avons réussi l'impensable. Alors je vous le dis avec beaucoup de conviction : n'ayons pas peur, croyons en nous, croyons en la France, en une France qui reste elle-même, forte de son histoire, de sa culture, de sa langue, de sa laïcité, de ce qui l'unit, forte de son esprit de résistance ».

A l'issue d'un séminaire gouvernemental, le gouvernement a dévoilé, mercredi 6 novembre, une batterie de mesures pour mieux maîtriser les flux migratoires. Parmi elles figure notamment un volet sur l'immigration économique. Le gouvernement souhaite établir chaque année des « quotas ». Ces quotas concerneraient uniquement l'immigration professionnelle, qui a concerné seulement 33 502 personnes en 2018, une proportion faible en comparaison avec les 255 000 titres de séjour accordés l'année dernière (13 %). Les étrangers sans papiers ainsi que les personnes déboutées de leur demande d'asile ne pourront prochainement bénéficier d'un maintien de leur protection maladie que pendant six mois au lieu de douze auparavant, a également annoncé mercredi le gouvernement.

Déjà en 2018, Emmanuel Macron s'emparait de la question avec la loi asile et immigration du 10 septembre. Les 3 objectifs de cette loi sont la réduction des délais d’instruction de la demande d’asile, le renforcement de la lutte contre l’immigration irrégulière et l’amélioration      de l’accueil des étrangers admis au séjour pour leurs compétences et leurs talents.

Des thèmes que l'on retrouvait déjà dans les campagnes précédentes

En 2012, Nicolas Sarkozy affirmait « Je suis pour la préférence communautaire, mais je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas être pour la préférence nationale », tout en affirmant que "cela ne peut plus durer" au sujet de l’immigration. Et en 2017, Nicolas Sarkozy revendiquait à nouveau l’identité de la France comme l'un de ses principaux thèmes de campagne. Il écrivait : « Tout doit commencer par un principe simple, c’est le dernier arrivé qui doit s’adapter à ceux qui sont déjà là, pas le contraire », défendant l’« assimilation et non pas seulement l’intégration ».

Mais dans cette campagne de 2017, tous les candidats surfent sur le même thème. Entre François Fillon, qui veut remettre le « récit national » au cœur des livres scolaires, Marine Le Pen, qui a hérité la préférence nationale de son père, ou encore Manuel Valls, qui porte en bandoulière le patriotisme des naturalisés, les principaux candidats s’affirment sur le créneau de l’identité nationale. Tandis qu’une partie de la gauche vantait une France toujours plus multiculturelle, la droite s’emparait de l’étendard de l’identité « française » (« de souche », a rajouté l’extrême droite) pour s’y opposer. Et réclamer, à rebours de la culture de la diversité prônée par cette gauche, une « assimilation » des immigrés à la culture nationale.

Intervenants
  • Directrice éditoriale au journal Le Monde. Spécialiste notamment des questions internationales.
  • Politologue. Professeur des Universités à Sciences Po.
  • Historien des relations internationales, directeur de l’Institut français des relations internationales (IFRI).
  • Politiste, spécialiste des relations internationales, professeur émérite des universités à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et enseignant-chercheur associé au Centre d’études et de recherches internationales (CERI)
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