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La société des interdits avec Gérald Bronner

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La société des interdits avec Gérald Bronner

Gérald Bronner, vous êtes sociologue, professeur à l’université Paris Diderot et codirecteur du Laboratoire interdisciplinaire des énergies de demain. Vous êtes membre de l’Institut universitaire de France. Vous avez reçu le prix de l’Académie des sciences morales et politiques en 2003 pour L’Empire des croyances , et le prix européen des sciences sociales d’Amalfi en 2009 pour La Pensée extrême . En mars 2014, vous avez publié aux Presses Universitaires de France La démocratie des crédules .

Avec vous, nous allons nous intéresser à la multiplication des interdits législatifs et à leurs effets sur les comportements individuels et collectifs.

Un projet de loi sur la « modernisation de notre système de santé » a été adopté en première lecture 14 avril dernier. Ce texte ajoute aux mesures destinées à organiser l’accès aux soins de nouvelles interdictions et obligations relatives à divers produits et comportements. Les paquets de cigarettes seront ainsi, et dès le mois de mai 2016, « neutres », sans typographie, forme ni couleur distinctive. Il sera aussi prohibé de vapoter dans « les lieux de travail fermés et couverts à usage collectif ». Les mesures hostiles au tabagisme ont atteint un point culminant avec la proposition, finalement retirée, du député du Rhône Jean-Louis Touraine visant à « protéger ceux qui n’ont jamais fumé »en interdisant la vente de tabac à tous les jeunes nés au XXIème siècle. D’autres interdits, présentés par deux amendements du député de l’Isère et neurologue Olivier Véran, ont également été actés. Les sites internet dits « pro-ana » faisant l’apologie de l’anorexie pourront ainsi être poursuivis pour « incitation à la maigreur extrême » . De même, le recours à des mannequins dont l’indice de masse corporel serait jugé trop faible sera également prohibé. Le député écologiste de l’Hérault Jean-Louis Roumegas a fait part de ses doutes liés à « une hypertrophie législative qui n’est pas forcément de bon aloi ».

Encadrés au même titre que le tabac par la loi Evin, les produits alcoolisés sont eux aussi frappés de nombreuses interdictions. Un collectif de 32 parlementaires de tous partis a récemment publié une tribune sur ce sujet, intitulée « Clarifier pour mieux protéger », invitant à faire la part des choses entre incitation à l’excès de consommation d’alcool et mise en valeur du patrimoine français. Une association, Fruits oubliés , lutte actuellement dans le Gard pour faire revenir les législateurs sur une interdiction qu’elle estime infondée frappant la culture d’anciens cépages, comme le clinton. Réintroduire ces espèces rares et adaptées à une culture biologique serait pour l’association un acte de défense du patrimoine national.

Un second projet de loi, présenté en première lecture à l’Assemblée le 19 mars, a également soulevé des doutes relatifs à une supposée surveillance de masse. Qualifié de « profondément liberticide » par la secrétaire générale du syndicat de la magistrature, ce texte prévoit d’accroître les moyens de contrôle des interdictions numériques actuelles et d’autoriser la collecte de données personnelles. Le premier ministre se félicitait quant à lui de présenter un « texte équilibré », efficace afin de lutter contre les activités terroristes. Paradoxalement, pour reprendre l’expression de Raymond Aron, c’est l’utilisation des peurs collectives qui confère aux organisations terroristes « un impact psychologique hors de proportion avec les effets physiques produits et les moyens utilisé s»

Gérald Bronner, vous êtes donc spécialiste des croyances collectives et des biais cognitifs. Selon vous, les interdictions permettent-elles de rassurer les populations, ou au contraire nourrissent-elles les craintes collectives ? Nous sentons nous aujourd’hui plus en sécurité qu’il y a vingt, cinquante ou cent ans ? Les théories complotistes en tout genre sont-elles renforcées ou contredites par les lois prohibitives ? Si l’on craint les interdictions liberticides, que répondre à la maxime d’Henri Lacordaire, selon laquelle « Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c'est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit » ?

Invités

Gérald BRONNER, sociologue, professeur à l’université Paris Diderot et codirecteur du Laboratoire interdisciplinaire des énergies de demain

Sylvie KAUFFMANN, directrice éditoriale au journal le Monde

Michaela WIEGEL, correspondante à Paris de la Frankfurter Allgemeine Zeitung

Jean-Louis BOURLANGES, professeur à l’Institut d’études politiques de Paris

Intervenants
  • Professeur de sociologie à l'université de Paris, membre de l'Académie des technologies et membre de l'Académie nationale de médecine
L'équipe
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