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Un couple d'Iraniens devant la ville de Téhéran. 2006

Les défis de l’Iran, avec Bernard Hourcade

59 min
À retrouver dans l'émission

Selon Bernard Hourcade, la maxime « Hâte-toi lentement » caractériserait la situation actuelle de l’Iran, et cet oxymore marquerait utilement la dichotomie entre plusieurs tendances à l’œuvre dans ce pays après l’accord sur le programme nucléaire iranien et la levée des sanctions prises en 1979.

Un couple d'Iraniens devant la ville de Téhéran. 2006
Un couple d'Iraniens devant la ville de Téhéran. 2006 Crédits : Morteza Nikoubazl - Reuters

D’un point de vue interne, les élections législatives de 2016 ont témoigné du soutien de la population au gouvernement du président Hassan Rohani. Ses opposants ultraconservateurs, qui critiquaient l’accord sur le nucléaire et l’ouverture du pays, ont été défaits et la coalition pro-Rohani formée par les réformateurs et les conservateurs modérés a obtenu 133 sièges sur 290. Bien que cette coalition n’obtienne pas la majorité, c’est la première fois depuis 2004 que le parlement n’est pas dominé par les forces conservatrices. Dans ce contexte nouveau, après l’accord sur le nucléaire la population attend du gouvernement la relance de l’économie et de meilleures relations avec l’extérieur.

Or, des limites à l’ouverture nécessaire à la poursuite de ces deux objectifs se sont déjà manifestées. Ainsi le Guide suprême Ali Khamenei s’est-il prononcé pour une « économie de résistance » plutôt que « d’ouverture ». Ainsi encore des essais de missiles balistiques considérés comme incompatibles avec les accords ont eu lieu en avril dernier, provoquant une controverse avec les Nations Unies. Ainsi enfin, 50% de l’économie iranienne est toujours aux mains des Pasdaran, organisation paramilitaire dépendant directement du Guide Suprême et considérée comme une entité terroriste par les Etats-Unis qui interdit de leur fournir des services financiers. De telles données fragilisent la confiance des investisseurs étrangers qui peuvent craindre les conséquences de l’abandon de certaines réformes, Hassan Rohani ayant reporté ses promesses de campagne sur les libertés civiles, les droits de l’homme et l’émancipation des femmes à un éventuel second mandat en 2017.

Le retour de la République islamique d’Iran dans le concert des nations ne signifie pas qu’elle sera à même de jouer un rôle dans la stabilisation de la région. En témoignent les tensions avec l’Arabie Saoudite, qui se sont cristallisées avec la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays en janvier, après le sac de l’ambassade d’Arabie saoudite à Téhéran en réaction à l’exécution d’un dignitaire chiite dans le Royaume. Les rivalités entre les deux pays sont dues à la division confessionnelle entre chiites et sunnites, mais aussi à la mise en place d’une course aux armements et à une politique économique agressive de surproduction de pétrole par l’Arabie Saoudite pour gêner l’Iran. L’échec du sommet de Doha, qui réunissait les dix-huit pays producteurs de pétrole dans le but d’arriver à un accord pour geler la production, résulte de la « politique de la chaise vide » de l’Iran. Ces tensions entre les deux pays s’inscrivent dans un climat régional tourmenté, à l’image de la montée des mouvements terroristes, de la multiplication des conflits et de l’instabilité politique des pays voisins. A cela s’ajoute l’incertitude des relations futures de l’Iran avec les Etats-Unis et l’Europe.

Bernard Hourcade, vous êtes géographe spécialiste de l’Iran, ancien Directeur de l’institut français de recherche en Iran, Directeur de recherche émérite au CNRS, auteur de Géopolitique de l’Iran réédité en mai dernier et, pour revenir à votre « hâte-toi lentement », je souhaiterais que vous nous disiez d’abord quels réajustements et quelles révisions ont dû opérer les partisans du Guide Suprême comme les soutiens d’Hassan Rohani, après les élections d’avril dernier.

Intervenants
  • diplomate
  • Député Modem des Hauts de Seine, vice-président de la commission des affaires européennes et ancien député européen, essayiste
  • Directeur des études de la fondation Terra Nova
  • directeur de recherche émérite au CNRS et au centre de recherche monde iranien et indien, membre du comité de soutien à Fariba Adelkhah et Roland Marchal.
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