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Christian Prigent / Revue Po&sie

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Christian Prigent : La Langue et ses monstres (P.O.L) / Revue Po&sie N°148 Dossier La tradition poétique de la Saint-Valentin (Belin)

Prigent
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Lire Prigent, le poète ou l’essayiste, est toujours une expérience forte. Dans ce volume il a rassemblé des textes consacrés à ces « voix excentriques » qui, comme la sienne – je cite « traversent les représentations couramment admises pour composer de nouveaux accords avec le désir des hommes, leur angoisse, leur sensation d’un monde vivant ». D’où ces « grandes irrégularités de langage », ces jeux « de la voix hors des mots », ces « dégagements violents » qui fomentent des monstres. Au fond de la « jouissance sidérée » que ceux-ci provoquent en nous, il y a cet effet de décalage par rapport à notre temps et la novlangue policée qui pense pour nous, un décalage pour recomposer un nouveau présent, et qui peut travailler des rêveries politiques. « Supernova contre Big Brother », le titre du texte sur Valère Novarina et sa langue inventée résume parfaitement cette ambition radicale de la poésie.

Parmi les « horribles travailleurs » présents, il y a les très proches, comme Jean-Pierre Verheggen, le carnavalesque auteur du Degré Zorro de l’écriture qui savait – je cite « passer l’idiolecte d’époque à la moulinette satirique », disposant « une scène sur laquelle défilaient, pulvérisés par la vitesse et les cahots de l’énonciation, les guignols publicitaires et les clichés grotesques de l’assentiment social ». Avec lui et Jean-Luc Steinmetz, Christian Prigent crée la revue TXT , fer de lance de l’aventure textuelle dans l’orbite de Tel Quel . Il revient ici sur ces hautes époques de l’avant-garde où il fallait « ces crispations polémiques pour circonscrire un espace net – où tenter de poser une voix singulière. » Tout en déplorant de ne pas avoir lu Jude Stéfan – « il parle des Muses, de Diane, de « joies ambrées » et de « dieux nuages » dans des sortes de strophes élégiaques, voyez le ringard » – il donne dans le chapitre qu’il a consacré à ce regret rétrospectif une savoureuse description de l’arène où se déroulaient ces combats dans les années 60 et 70, avec ses revues et ses éditeurs : Tel Quel avec Le Seuil contre Gallimard – même s’il publie « l’idole » Pierre Guyotat – avec Les Cahiers du Chemin où l’on trouve « le quasi-proche » dont il faut, comme toujours, se distinguer absolument et – Dieu reconnaîtra les siens – « le maniériste chafouin, le radical émoussé, le révisionniste mou ». Or Jude Stéfan appartient à ce groupe, tout comme le jeune Le Clézio ou Deguy – que Prigent confesse également avoir manqué – « et c’est une raison suffisante pour ne pas le lire ». Aujourd’hui, il reconnaît qu’il aurait pu lui ouvrir à l’époque quelques perspectives et évité « quelques mortifications disciplinaires » de ses « propres goûts poétiques spontanés ».

Comme tous les poètes, Christian Prigent lit ses textes en public, dans une espèce de transe sourde, scandée, où ce sont les mots qui font la performance. Certains y voient par moments des réminiscences de la rage d’Artaud lecteur et au passage il faut signaler dans ce volume le texte qui lui est consacré : « Artaud pète la forme ». C’est comme lecteur endiablé que le poète rend hommage dans ces pages à celui qui soufflait à pleine voix « l’organon de la révolution », l’auteur d’une poésie orale « au style de slogan et d’affiche », Maïakovski. Un poète, même sagement rangé entre les pages d’un livre, c’est d’abord une voix. Nul n’a sans doute été plus sensible au caractère à la fois incantatoire et performatif de la poésie que celui dont l’horizon de vastes auditoires et de meetings s’accordait à la « physique dynamique » qui tirait sa langue vers « la violence des souffles, des scansions, des mastications sonorisées ». Du coup celle de Prigent s’envole dans la « motilité » où vient « prendre le ciment du message ». Il cite Claude Frioux, son valeureux traducteur, qui parle de « l’étonnante virtuosité de Maïakovski dans le maniement plastique des composantes du langage, qui lui faisait en toute circonstance marmonner à part soi, comme on pétrit de la glaise, d’inattendus rapprochements entre les racines, des termes cocassement déformés ou d’infinies possibilités d’allitérations », et donner sans vergogne « la cavalerie des jeux de mots, son arme préférée ».

Parmi ces désormais classiques, que Prigent qualifiait il y a peu de modernes, il aligne également Khlebnikov, Cummings ou Burroughs. Chez ses contemporains, outre ceux déjà cités, il entreprend Ponge, Jouve, Pasolini, Lucot, Pleynet, Tarkos… Ma préférence va pour finir à Éric Clémens, « un poète qui pense », l’auteur des Brisures du réel . Car le titre de l’essai qui lui est consacré résonne comme une devise, voire un mot d’ordre : « Le réel nous les brise ».

Jacques Munier

Revue Po&sie N°148 Dossier La tradition poétique de la Saint-Valentin (Belin)

C’est une tradition nées en Angleterre (on découvrira dans cette livraison les poèmes valentins de Shakespeare ou Edgar Poe), émigrée en Amérique au XIXème siècle et cultivée sur notre sol par les poètes anglophiles comme Charles d’Orléans, Verlaine ou Germain Nouveau. Chez Emily Dickinson, Elizabeth Bishop ou Sylvia Plath, les premiers poèmes ont été des Valentines. Les femmes ont largement illustré la tradition, comme Christine de Pizan, dont on peut lire ici le beau Virelai : Très doux ami qu’il t’en souvienne

La tradition poétique de la Saint Valentin (xive-xxie siècles), textes recueillis, traduits et commentés par Nathalie Koble

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