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Éloge du bistrot parisien / Revue Le Rouge & le Blanc

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À retrouver dans l'émission

Marc Augé : Éloge du bistrot parisien (Payot) / Revue Le Rouge & le Blanc N°116

augé
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Je me souviens qu’il y avait près de chez nous dans le quartier de mon enfance un petit bistrot dont l’enseigne affichait modestement « Comme chez soi ». Mon père, amateur de whisky à siroter au salon après le travail lâchait immanquablement lorsque nous passions devant l’établissement : « si c’est comme chez soi, alors autant rester chez soi ». C’est qu’il n’était pas sensible à la sociabilité particulière des lieux, faite de relations superficielles et juste esquissées que Marc Augé appelle des « relations de surface », esquivant la profondeur ou l’attachement. Trouver un peu de compagnie, même anonyme, tout en conservant son quant-à-soi. Ou s’isoler à une table au milieu des gens. Le dispositif spatial du bistrot est parfaitement adapté à ce type de liens souples, avec son comptoir comme un havre et un pôle, l’agencement des salles et la disposition des tables qui forment « un espace – je cite – tout en seuils et en transitions, qui n’accapare ni n’exclut personne ». Qu’on cherche un coin pour travailler ou réfléchir, ou bien un contact humain, ou encore l’anonymat d’un lieu public pour une première rencontre amoureuse, le bistrot se prête à toutes les combinaisons, et déclinaisons d’une « présence-absence modulable » pour ceux qui souhaitent « se sentir chez eux et ailleurs, accueillis et ignorés ».

Marc Augé, l’inventeur de l’anthropologie du proche et du contemporain, après avoir arpenté le métro en ethnologue ou entamé La Traversée du Luxembourg a trouvé là son « fait social total ». Peu de villes comptent autant de bistrots, de brasseries et de cafés que Paris. Le réseau serré des établissements dessine une géographie idéale favorable à toutes les équipées, et à bien des dérives, comme celles – psychogéographiques – des situationnistes. Bien plus qu’un élément du paysage parisien, ils en sont l’expression la plus caractéristique. Le cinéma leur a constamment rendu cet hommage, d’Hôtel du Nord à Amélie Poulain et de Verneuil à Truffaut, Robert Altman, Quentin Tarantino ou Woody Allen. Notre langue dans son versant populaire et fleuri porte la trace de cette omniprésence urbaine. Troquet, bistroquet, mastroquet, caboulot, rade… Du glauque au lumineux la métonymie du désir et de l’ivresse se décline dans toutes les couleurs de l’alphabet. Et au mot bistrot on connaît au moins deux origines exotiques : celle qui l’apparente à l’expression favorite des exilés russes reconvertis en chauffeurs de taxi – bistro signifie vite dans leur langue, comme une halte désaltérante et rapide entre deux courses – ou celle plus vernaculaire qui l’assimile à la bistouille de nos campagnes du Nord, le café mélangé à l’eau-de-vie et que l’on touille .

J’ai évoqué le cinéma mais la littérature n’est pas en reste pour la célébration des débits de boissons. Combien de mouvements littéraires, de cénacles poétiques, de groupes d’avant-garde ne se sont-ils formés, réunis, déchirés dans les troquets ? Certains, plus illustres que d’autres, ont même conservé, gravé sur plaque, le nom de leurs plus célèbres habitués. À La Closerie des lilas on peut prendre un verre en compagnie des fantômes de Verlaine, d’Apollinaire ou d’Hemingway. Et sur le site internet des Deux Magots on rappelle que Mallarmé ou Rimbaud fréquentaient l’endroit. Les surréalistes ont été d’impénitents piliers de comptoir, insérant à chaque coin de rue de leur géographie légendaire des noms de bistrots. Outre la sociabilité décontractée qui peut s’y déployer, Aragon donne la clé de cet engouement tenace dans Le Mauvais Plaisant . « Il passe plus de femmes dans les cafés que n’importe où, et j’ai besoin de ces allées et venues de femmes. J’ai besoin de l’éventail des robes dans le long chemin de mes yeux. Et d’une pleine communication avec les rues. »

Jacques Munier

Revue Le Rouge & le Blanc N°116

« Une fois n'est pas coutume, le n° 116 de la revue trimestrielle indépendante et sans publicité Le Rouge & le Blanc , qui vient d'entrer dans sa 32e année, est entièrement consacré aux vignobles français.

Il comporte trois grands dossiers traités comme chaque fois avec précision et en profondeur avec bien sûr à l'appui une synthèse des dégustations correspondantes. A noter que les vins sont toujours goûtés en collégialité et que, le cas échéant, les désaccords sont toujours soulignés.

C'est la Loire qui ouvre ce numéro avec l'appellation Bourgueil, à 30 km à l'ouest de Tours, un vignoble de 1400 hectares, consacré à 98 % aux vins rouges (2 % de rosés), en plein renouveau, avec de jeunes vignerons qui ont pris la sage décision de cultiver leurs vignes et de vinifier leurs vins proprement sans pesticide, ni insecticide, ni fongicide dans leurs parcelles, et sans chimie, ni technologie dans leur chai.

Vient ensuite un vignoble moins connu peut-être, celui de l'AOC Villages Massif d'Uchaux, situé sur la rive gauche du Rhône entre Bollène et Orange. 5 domaines longuement décrits reflètent le caractère sérieux et qualitatif des vins rouges, seule couleur autorisée pour cette appellation créee voici une dizaine d'années.

Les blancs ne sont pas en reste avec une sélection drastique de vignerons du nord de l'Alsace, plus précisément de Mittelbergheim et des alentours de Barr et d'Andlau. Là, encore, de jeunes vignerons produisent des blancs d'une pureté et d'une fraîcheur exceptionnelles.

Dernière région explorée, le Mâconnais avec un zoom sur un domaine splendide situé à Cruzille : le Clos des Vignes du Mayne. La famille Guillot exploite depuis 3 générations 7 hectares de vignes. Les vins sont de toute beauté et vieillissent admirablement bien en témoigne la dégustation de certaines cuvées des années 60 et 70 qui ont parfois révélé une jeunesse étonnante.

Enfin, on lira avec intérêt l'éditorial de François Morel qui s'en prend avec vigueur aux décisions complétement arbitraires et dénuées d'un quelconque bon sens de l'ANPAA, l'Association nationale pour la prévention en alcoologie et addictologie, laquelle, faut-il le rappeler, dit-il, emploie 1000 salariés et fonctionne avec un budget de 80 millions d'euros, principalement en provenance des fonds publics. »

Jean-Marc Gatteron

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