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Journalisme et politique dans l’Europe de Louis XIV / Revue Communications

5 min
À retrouver dans l'émission

Marion Brétéché : Les Compagnons de Mercure. Journalisme et politique dans l’Europe de Louis XIV (Champ Vallon) / Revue Communications N° 96 Dossier Vivre la catastrophe (Seuil)

brétéché
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Au tournant du Grand Siècle et du Siècle Lumières, des exilés huguenots, contraints de quitter la France après la Révocation de l’édit de Nantes, vont inventer en Hollande la presse politique et d’opinion ainsi que le métier et le terme de « journaliste », dessinant les contours de ce qui allait devenir l’espace public . Jusqu’alors le mot « journaliste » désignait les rédacteurs des « journaux », des mensuels destinés à rendre compte de « ce qui se passe de nouveau dans la République des lettres », mais pas dans le gouvernement des États. Rédigés dans la langue internationale des élites de l’époque – le français – porteurs d’une large dimension européenne, les Mercures de Hollande , comme on les appelait par opposition à la publication parisienne de référence, frivole et mondaine – le Mercure galant – ces journaux sont diffusés dans toute l’Europe auprès d’un public divers de citoyens éclairés et de responsables politiques, par abonnement ou sous le manteau dans les pays où ils sont interdits, en particulier en France. Les gazettes hollandaises sont la première presse politique transnationale et la seule à l’époque.

En bonne historienne, Marion Brétéché a travaillé sur les sources, archives et documents d’époque, en dépouillant un important corpus de publications car leur succès les a rapidement multipliées, ce qui lui permet de préciser la différence entre ces mercures et ce qui existait déjà sous le nom de gazette , le bulletin laconique des nouvelles politiques créé en 1631 par Théophraste Renaudot. Sur des sujets aussi divers que la Révolution anglaise de 1688, et à côté d’autres pays européens, dans la rubrique France, la santé du roi – déjà une question politique – l’entretien des troupes, deux interventions aux Amériques ou, dans la partie « affaires de Religion », les suites de la Révocation de l’édit de Nantes, les rédacteurs ajoutent à la relation des faits des commentaires personnels, des analyses argumentées. On entre vite dans le champ de la géopolitique. La France est perçue à l’époque comme une nation agressive gouvernée par un monarque tyrannique. Pour étayer leurs commentaires les journalistes entretiennent des réseaux de correspondances politiques, ils informent ministres et diplomates en échange de quelques renseignements, secrets ou confidences. Certains basculent même dans l’espionnage. Dans bien des cas les analyses sont contemporaines d’événements en train de se produire.

L’historienne a aussi étudié la manière dont les articles étaient conçus, travaillés et composés. Dans son portrait de Jean Rousset de Missy, exilé catholique – de parents protestants – et issu d’une seconde vague d’émigration, François Bruys décrit ainsi la manière de procéder du rédacteur du Mercure historique et politique : « il prend de diverses gazettes françaises les articles qui lui conviennent : il les coupe et les colle ensuite sur une feuille de mauvais papier et il les envoie à l’imprimeur. » Visiblement on pratiquait aussi, avant la lettre et la technique, le « copier-coller ». Mais ces compilations, assorties de mises en perspectives, s’apparenteraient finalement davantage à un travail de recoupement des informations, par la mise en relation d’éléments provenant de sources diverses. L’éditeur fait même explicitement appel aux lecteurs qui d’aventure auraient des renseignements fiables, réitérant – je cite « la prière qu’on a déjà faite, à ceux entre les mains de qui il tombe quelques mémoires qui intéressent les affaires publiques, de nous les communiquer pour en faire part au public. » La mise en contexte et en relation des pièces est la règle, les sources identifiées, tel consul hollandais ou tel lieutenant placés devant leurs contradictions, certains passages du récit français des faits supprimés car – je cite « ils ressentaient un peu l’entêtement de parti », le tout couronné – ou plutôt chapeauté – par un « Avertissement » au lecteur où est réaffirmée la bonne foi de la rédaction, son impartialité et son souci de la vérité. La compilation, relève l’auteure « s’insère dans une pratique plus large de partage des connaissances », elle produit en soi un « discours d’actualité ».

Au XVIIIème siècle, informer est devenu un métier. Le journaliste veille à préserver son indépendance car il n’est pas l’obligé de ses informateurs politiques hauts placés auxquels il communique en retour des informations qui viennent pallier les carences des systèmes de communication des gouvernements. Mais déjà des doutes s’élèvent sur l’interpénétration des milieux journalistiques et politiques.

Jacques Munier

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Revue Communications N° 96 Dossier Vivre la catastrophe (Seuil)

http://www.iiac.cnrs.fr/CentreEdgarMorin/spip.php?article694

Dossier coordonné par Yoann Moreau

"Comment vivre avec les catastrophes ? Toutes les sociétés font l’expérience de situations de grande fragilité consécutives à de graves bouleversements. Elles en gardent des traces (monuments, documents, mythes, etc.), des dispositifs d’analyse et des modalités dramaturgiques qui permettent de les raconter et de les traiter. Mais certains aléas échappent à ces prises en charge. Invisibles, furtifs, lents, systémiques, rampants… les mots, les catégories, les cadres de pensée font défaut pour appréhender les menaces nucléaires, climatiques et anthropiques liées à l’ère de la mondialisation. Ce numéro de Communications s’attache à les décrire, à les problématiser et à produire un nouvel éclairage sur les désordres qui affectent les milieux humains". Présentation de l’éditeur

Sommaire

Yoann Moreau

Des catastrophes «hors sujet»

François Laplantine

La dimension subie

Masahiro Ogino

Catastrophe et temps

Barbara Glowczewski

Au cœur du soleil ardent

Frédéric Neyrat

Le cinéma éco-apocalyptique

Sandrine Revet

Compter et raconter les catastrophes

Gaëlle Clavandier

Un retour de la catastrophe sur la scène scientifique?

Nicolas Bouleau

Sur la place du singulier dans la connaissance

Michaël Ferrier

De la Catastrophe considérée comme un des Beaux-Arts

Dominique Bourg

Les mots et les maux de l'environnement

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