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Claude, Norah et le panier d'oronges, automne 2016.

Reprendre le maquis

57 min
À retrouver dans l'émission

Claude est corse ; de quoi est fait ce sentiment d'appartenance qu'il tente de transmettre à sa fille Norah Benarrosh-Orsoni ? Quelle connivence autour de l'espace des origines ? Norah B-Orsoni nous guide dans le maquis corse sur les traces de cette généalogie familiale et de l'identité apprivoisée.

Claude, Norah et le panier d'oronges, automne 2016.
Claude, Norah et le panier d'oronges, automne 2016. Crédits : Norah Benarrosh-Orsoni

Une Expérience signée Norah Benarrosh-Orsoni, réalisée par Gilles Mardirossian

C'est une minuscule maison de pierres, au bout d'une longue piste accidentée, à flanc de montagne, dans le maquis corse. C'est l'histoire de Claude, petit-fils du constructeur de la maison, et professeur d'université parisien, qui se met en tête, en la découvrant, de la réhabiliter et de renouer avec son héritage corse.

Claude est né en 1934, et il a toujours dit à ses filles qu'il était Corse. Chaque année, il les a emmenée au Chicciolo, le "petit lieu", du nom de la maison familiale à laquelle il a consacré toutes ses forces. Et puis un jour, il leur raconte que la première fois qu'il a mis les pieds en Corse, il avait déjà 30 ans :

Est-ce que tu sais comment je suis venu en Corse pour la première fois ? Tu sais pas ? Mon père me disait... Il avait des amis corses, des cousins, je lui demandais 'Quand est-ce que tu m'emmènes en Corse ?' et il me disait 'Quand tu auras passé le bac !'. Et c'est longtemps après que j'ai fait faire un tour en Corse à mon père. C'était un an avant qu'il meure, donc c'était en 1964. Claude

Claude au Chicciolo, automne 2016.
Claude au Chicciolo, automne 2016. Crédits : Norah Benarrosh-Orsoni

En renouant seul avec ce passé qui ne lui avait été transmis que partiellement, et en investissant les terres familiales, Claude est (re)devenu corse à l'âge adulte, entouré de ses cousins. Il a appris la langue, la mentalité et la géographie de l'île au fil des années et à force de persévérance.

En voyant cette maison telle qu'elle était, ça n'avait pas de prix pour moi, d'avoir une maison où je suis chez moi. On a beaucoup travaillé, hein ! On n'arrivait pas avec la voiture jusqu'ici, il fallait tout apporter à pieds. Claude

En se penchant sur cette démarche, sa fille, la documentariste Norah Benarrosh-Orsoni, veut comprendre de quoi est fait ce sentiment d'appartenance que son père tente à son tour de lui transmettre. Par quels efforts arrive-t-on parfois à se relier à une identité sans y avoir baigné ? Qu'est-ce qui fait l'attachement à un lieu et à des gens, et suffit-il d'être reliés par la parenté pour être proches ? Comment les corps et les langages s’ajustent-t-ils pour laisser émerger une identité commune, une connivence autour de l'espace des origines ?

Aujourd'hui, lorsqu'on quitte la route départementale pour plonger dans le maquis, il est difficile d’imaginer que ce versant de la vallée du Cruzzini, qu'on appelle l'Ombriccia, était autrefois un lieu de vie riche et balisé, que chaque roncier cache un ancien sentier muletier, un jardin cultivé, des parcelles nominatives dont les propriétaires connaissent parfaitement les limites. 

A l'endroit où il y a le radier maintenant, il y avait une porte. C'est complètement irréel, une porte en plein maquis ! Théodore avait ouvert la porte et s'était tourné vers mon père en lui disant 'Ici, tu es chez toi'. Parce qu'à partir du torrent, c'était presque tout à mon grand-père, Zimineccu, ou à mon père, ou des parcelles que l'oncle Marc avait achetées. Enfin, c'était toute la famille de ces Orsoni-là. Claude

La vie quotidienne sous la treille, mai 2019.
La vie quotidienne sous la treille, mai 2019. Crédits : Norah Benarrosh-Orsoni

Mais Claude n'est pas le seul à s’accrocher à ses origines. À leur échelle, ses cousins, qui ont toujours vécu sur l’île, réinvestissent eux aussi leur maquis et continuent de faire vivre leur mémoire familiale. 

Micro en main, Norah Benarrosh-Orsoni suit son père quand il grimpe à la source, appuyé sur un bâton, quand il répare l'électricité, quand il déchiffre les arbres généalogiques griffonnés sur un vieux carnet. A travers tous ses gestes, ses paroles, et leurs échanges quotidiens, c'est aussi la maison qui apparait comme un personnage à part entière de cette histoire de quête identitaire et de transmission familiale.

Cette maison exige d'être habitée, soignée, photographiée. Autrement dit, qu'elle soit pas morte et abandonnée. Qu'elle vive. La maison, elle ressent rien, elle. Mais si on s'en occupe pas, elle se venge. Claude

Le carnet bleu, mémento et carnet de bord de la maison, mai 2019.
Le carnet bleu, mémento et carnet de bord de la maison, mai 2019. Crédits : Norah Benarrosh-Orsoni

Pour aller plus loin

Bibliographie

  • Jérôme Ferrari, Sermon sur la chute de Rome, Actes Sud, 2012.
  • Laure Limongi, Ton cœur a la forme d'une île, Grasset, 2021.
  • Jacques Talbot, Bellacoscia, bandit d'honneur, Gallimard, 1959.

Film documentaire

  • Julie Allione, Viril·e·s, Andolfi production, 2018.
  • Thierry de Peretti, Lutte Jeunesse, Stanley White / Les Films Velvet, 2017.
  • Axel Salavatori-Sinz, Chjami è Rispondi, Macalube Films, 2017.

A découvrir 

La maison double par Norah Benarrosh-Orsoni, lieux, routes et objets d’une migration rom.

Souvenirs des maisons. Être habités par nos lieux, par Jean-Marie Clairambault, le podcast original, L'Expérience, 2021. 

La grande souffrance des jeunes chercheurs en sciences sociales, documentaire de Norah Benarrosh-Orsoni, Télérama, 13 juin 2021.

“Tout de suite les grands mots”, un récit brillant sur le consentement, documentaire de Norah Benarrosh-Orsoni, Télérama, 27 février 2020.

Générique

Avec : Claude, Fanfan, Jeannot, Jean-François, Franck et Anna

Réalisation : Gilles Mardirossian

Mixage : Bruno Mourlant

Une création sonore de Norah Benarrosh-Orsoni

Remerciements

Aux indispensables Ange Mathieu Stefanaggi et Yolande Benarrosh.

À Jean Christophe Paoli et Paul Santucci pour leurs talents de traduction, à Sebastien Ottavi pour les archives sur les déserteurs de la Grande Guerre.

À la mémoire de Paul Orsoni, gardien de la route.

Le jardin dans la lumière de l'aube, juin 2021.
Le jardin dans la lumière de l'aube, juin 2021. Crédits : Norah Benarrosh-Orsoni
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