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Le leadership allemand en manque d'imagination

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Ianis Varoufakis, l’impétueux ministre grec des Finances, a étonné son monde, en déclarant au plus fort des négociations de son pays avec la troïka, qu’il voulait « un leadership en provenance d’Allemagne ».

Wolfgang Schauble et Yanis Varoufakis
Wolfgang Schauble et Yanis Varoufakis Crédits : Fabrizio Bensch - Reuters

Sans doute voulait-il signifier ainsi qu’il est plus facile de parler à Dieu qu’à ses saints… Mais derrière la boutade, on trouve une idée qui court Bruxelles : l’Union européenne a besoin que l’Allemagne, son élément le plus stable et le plus puissant assume mieux ses responsabilités de leader. Ainsi, dans le New York Times, Jochen Bittner écrit que l’Europe, en plein doute sur ce qu’elle représente et ce qu’elle défend, est actuellement menacée de désintégration. Car la réponse traditionnelle : la paix et la prospérité appartient au passé.

Les jeunes générations des pays du Sud de l’Europe, frappées par le chômage de masse et le déclassement, constatent qu’ils vivent plus mal que leurs parents. La nostalgie de l’ancienne Europe , où les nations décidaient souverainement de leur politique économique et monétaire alimente une attente dangereuse, dit Bittner. Car elle précipite les électeurs des nouvelles générations vers des offres politiques telles que celle de Marine Le Pen en France, ou du néo-conservateur eurosceptique Andrzej Duda, en Pologne, qui promettent un impossible retour en arrière.

Aujourd’hui, Bruxelles apparaît comme le « gestionnaire du déclin européen » . Un déclin qui pourrait bien se précipiter si la Grande-Bretagne, le pays le plus puissant des 28, quittait l’Union européenne, suite au référendum concédé par Cameron à ses eurosceptiques. Si les réponses ne sont pas apportées par Bruxelles, elles devraient l’être par Berlin, estime Bittner. L’Allemagne a habilement géré la crise de l’euro elle est devenue le soft power du continent. Mais elle est dirigée par des personnalités qui sont des analystes froids et adeptes des méthodes gradualistes. Le leadership manque d’imagination.

Un manque de conviction et de fermeté

Même son de cloche chez Giles Merritt, sur Project Syndicate. L’approche allemande est, dit-il, schizophrénique : d’un côté, fermeté sur la dette grecque, refus de la moindre concession aux demandes des Britanniques de renégocier les conditions de leur adhésion, de l’autre, manque de conviction et de fermeté, lorsqu’il d’exercer le fameux leadership, voire même d’occuper le centre de l’échiquier européen.

Pourtant, l’Allemagne domine à Bruxelles, et plus encore au Parlement européen. En outre, les think tanks et les ONG européennes, où l’on parle anglais ( !) sont de plus en plus dominés par des Allemands et ce sont les idées et les méthodes allemandes qui ont le vent en poupe. Face aux risques de désintégration qui menacent l’Europe, face aux menaces extérieures, l’Allemagne va devoir faire preuve de sens de responsabilité, mais surtout d’imagination.  L’Europe a également besoin que la France retrouve la position naturelle de co-leader dont l’ont privée ses échecs économiques. Et que le Royaume Uni et la Pologne ne quittent pas le navire. Car la mer s’annonce houleuse dans les toutes prochaines années.

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