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Les migrants face à l'Europe, le Pen club face à Charlie Hebdo

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Javier Solana, l’ancien Haut représentant à la Politique étrangère et de Défense de l’Union européenne, critique l’égoïsme national des chefs de gouvernement européens.
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Embarcation de migrants arraisonnée en Méditérranée Crédits : Flickr

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Comment peuvent-ils refuser un système de répartition par quotas des personnes recueillies par la marine italienne en Méditerranée ? Ils ont été 38 000, au cours des premiers mois de cette année à braver la mer au péril de leur vie – 1 800 se sont noyés. Ils viennent, pour la majorité d’entre eux, de pays en guerre, comme la Syrie ou l’Erythrée. Ce ne sont pas des migrants : ce sont des réfugiés. L’Europe risque de donner une bien piètre image d’elle-même en refusant de partager équitablement le fardeau de leur entretien alors que le petit Liban, pays de 4 million et demi d’habitants, en accueille 1 116 000.

En l’état actuel, quatre pays, en Europe, se partagent les ¾ des réfugiés – le nôtre, la France, l’Allemagne, l’Italie et la Suède. Les autres se ferment, sous la pression des partis populistes. Les dirigeants européens doivent assumer leurs responsabilités morales et se souvenir de l’époque où, à cause des guerres, c’étaient des Européens qui cherchaient asile.

C’est exactement l’argumentation que défend Zeid Ra’ad Hussein, Haut commissaire aux droits de l’homme des Nations-Unies. Les Européens, écrit-il, devraient se souvenir de la Conférence d’Evian, en juillet 1938. Il s’agissait de résoudre le problème posé par la politique antisémite d’Hitler, qui avait chassé de chez eux des centaines de milliers de Juifs allemands et autrichiens. Hitler avait mis au défi les démocraties « de se montrer assez généreuses pour transformer leur pitié en aide pratique ». Partout, cependant, les réfugiés trouvèrent porte close. Les chefs de gouvernement invoquèrent la « saturation ». Certes, ils ne pouvaient pas prévoir la Shoah. Mais ils auraient dû réaliser que si l’expulsion avait été effectuée à une pareille échelle, l’extermination devenait aussi une possibilité. Les Européens devraient méditer ce précédent.

Charlie Hebdo et la polémique du Pen club

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Mahomet en une du «Charlie Hebdo» du mercredi 14 janvier Crédits : Radio France

Sur le site américain Tablet, l’essayiste Paul Berman revient sur le boycott, par certains adhérents américains, du Prix du Pen Club à Charlie Hebdo. Il conteste en particulier la version de la romancière Francine Prose, qui a écrit : « Le récit construit à partir des meurtres de Charlie – des Européens blancs, tués dans leurs bureaux par des Musulmans extrémistes – est de ceux qui alimentent trop parfaitement les préjugés culturels qui ont permis à notre gouvernement de commettre tant d’erreurs désastreuses au Moyen Orient ». En réalité, écrit Berman, sur les 17 victimes, il y avait une policière originaire de la Martinique, un de ses collègues, originaire, lui, d’Algérie, comme l’était aussi le correcteur de Charlie, et 5 Juifs dont plusieurs étaient nés en Tunisie. Il faut incriminer, selon Berman, la prodigieuse ignorance des Américains pour la vie intellectuelle française, leur totale inaccessibilité au second degré. Elle seule permet de comprendre comment des gens intelligents ont pu croire que Charlie, rejeton de la contre-culture des années 60, était un journal raciste et anti-immigrés. Et Berman de se réjouir du soutien apporté, sur place, à New York, par SOS Racisme. « Ne tuez pas une second fois les victimes », a exhorté Dominique Sopo au Pen Club. Et Gérard Biard a eu ce mot mémorable : « Being shocked is part of democratic debate. Being shot is not.” Etre choqué, cela fait partie du débat démocratique. Etre tué ne l’est pas »…. Les opposants américains à Charlie font le jeu des islamistes. Ceux-ci avancent sans cesse leurs pions par la terreur. Ils se servent de leurs victoires pour s’auto-proclamer porte-voix de communautés qui ne leur ont rien demandé puis dénoncent ceux qui refusent de se soumettre comme des traîtres à l’islam, ou des racistes. Mais depuis quand, demande Berman, des intellectuels de gauche américains devraient-ils s’aligner sur les islamistes ? Et de citer Kamel Daoud, qui vient d’obtenir, en France, le Goncourt du premier roman : « Je préfère un homme qui dessine à un homme qui tue. Partout. Il n’y a pas de discussion, pas d’avis nuancé, pas d’autre choix. J’aime trop la liberté et je préfère défendre une liberté que de discuter sur une nuance je n’ai pas le temps. »

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