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Les écrans plats de la discorde

Allocation de rentrée : racisme de classe et écrans plats

2 min

C’est la polémique habituelle de la rentrée : l’idée selon laquelle « avec l’allocation de rentrée les pauvres s’achèteraient des écrans plats ».

Les écrans plats de la discorde
Les écrans plats de la discorde Crédits : Richard Levine/Corbis - Getty

Chaque année c’est le même marronnier pour ces vrais-faux débats, d’où de longues palabres pour savoir si oui ou non on assiste à une explosion des ventes d’écrans plats en septembre, un peu comme les dindes à Noël – ou bien, corollaire, les enfants de prolétaires arrivent-ils sans crayon ou sans taille-crayon le jour de la rentrée ?

Pourquoi la conversation nationale, a-t-elle choisi comme objet symbolisant la dépense superfétatoire l’écran plat ?

Derrière ces débats sur l’inconséquence des basses classes, le fait que celles-ci seraient responsables de leur sort puisqu’elles ne parviendraient pas à prioriser leurs dépenses, il y a quelque chose de troublant que je ne comprends pas vraiment : c’est le choix de l’objet. Pourquoi la conversation nationale, a-t-elle choisi comme objet symbolisant la dépense superfétatoire l’écran plat. Il y a quelque chose d’étonnant dans le choix de cet objet puisque les écrans sont désormais désespérément plats. Ce n’est pas un jugement de valeur sur les programmes de la télé, c’est un jugement de fait sur l’impossibilité d’acheter un écran dodu – l’écran dodu, je crois bien que je l’ai vu disparaître chez mes parents il y a une dizaine d’années. 

En somme, l’écran plat est désormais une innovation aussi peu innovante que le four à micro-ondes ou le téléphone sans fil. Pire encore : la télévision étant ce qu’elle est, les usages de la télévision étant ce qu’ils sont, l’écran plat est de plus en plus semblable à l’éléphant d’Afrique, c’est devenu une espèce menacée, à la manière de Telefunken ou de Pathé Marconi, des noms chers à notre enfance, l’époque où la télévision dodue fermait à clé, le paternel menaçant de jeter la clé si vous passiez trop de temps devant l’écran dodu. 

L’existence d’un totem télévisuel trônant dans le salon pour réunir la famille est de plus en plus discutable, remis en cause par une multitude de petits écrans, tout aussi plats mais parfaitement individuels. Comme si le racisme de classe reprochait de surcroît aux pauvres d’acheter un objet à peine plus utile qu’un magnétoscope – une manière de dire que décidément les pauvres méritent leur sort, puisque même munis d’argent ils demeurent incompétents sur les manières de le dépenser.   

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