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Et si les patrons, aussi, devenaient flexibles ?

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Pourquoi parler de flexibilité uniquement à propos des salariés? Et si l'embauche, elle aussi, devait devenir flexible?

D’abord, je vais vous dire ce que je ne sais pas : j’ignore si la Loi Travail va créer du travail. Mais, comme vous, j’ai compris une chose : le clivage porte sur la flexibilité du marché du travail. Pour les uns, c’est en facilitant les entrées et les sorties de l’entreprise que l’on va réduire le chômage, pour les autres c’est au contraire en freinant les sorties que l’on peut sauvegarder l’emploi. Je ne suis pas en mesure de trancher sur cette question, mais je me pose la question suivante : pourquoi seuls les salariés devraient être flexibles ? Pourquoi les employeurs ne deviendraient-ils pas eux aussi flexibles ?

Je m’explique : la flexibilité, elle, porte aujourd’hui sur la possibilité d’embaucher mais aussi et surtout de licencier. Mais il existe une autre rigidité sur le marché de l’emploi : celle des compétences, de l’âge, et du diplôme. Un constat simple, visible dans à peu près toutes les offres d’emploi : en France, quel que soit le poste, on recherche un individu diplômé avec précision, doté d’une longue expérience dans le domaine, réussie cela va sans dire, âgé de moins de 22 ans, faut il le préciser ? - parce que sinon, c’est un vieux. En somme, pour trouver du travail en France, il faut souffrir d’une triple maladie, une « diplomite », une « expériencite » et une « jeunite » aiguë. Sinon, vous chômez, et ces temps-ci vous pouvez chômer longtemps… Il ne s’agit pas de dire que les diplômes ne servent à rien, ni même de rappeler que l’expérience est une lanterne qui éclaire le passé, mais enfin cette configuration-là est diablement française.

Dans d’autres pays, on peut changer de métier, en essayer d’autres, donner sa chance et courir la sienne. Or cette rigidité-là, cette rigidité à l’embauche, est rarement dénoncée. Pourtant, comme l’a notamment montré le démographe Alfred Sauvy, les hommes se fournissent du travail les uns les autres. Si l’on ne parvient pas à embaucher un brancardier, c’est peut-être un médecin qui chôme. Alors il serait temps de le reconnaître. Aujourd’hui, en France, les rigidités à l’embauche créent autant et peut-être plus de chômage que les rigidités à la débauche.

Chroniques

7H30
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Journal de 7h30

Journal de 7h30 : Vendredi 11 mars 2016
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