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Une membre de la tribu des Jawara

Faut-il protéger le droit à la xénophobie ?

2 min

La justice indienne se trouve face à un dilemme, entre relativisme et universalisme. Les sociétés dites primitives doivent-elles être jugées par un droit dont elles ignorent les lois?

Une membre de la tribu des Jawara
Une membre de la tribu des Jawara Crédits : Newscom/ - Maxppp

Voici un conte amoral, un conte amoral repéré dans le New York Times. Cette histoire met en scène une tribu de 400 membres environ, vivant en Inde à la manière des hommes du paléolithique, une tribu qui porte le nom de Jarawa. Les Jarawas vivent sur une île, à l’écart de toute civilisation, suivant un mode de vie de chasseur cueilleur, identique à celui de leurs ancêtres il y a 50 000 ans. Le gouvernement indien s’est engagé à protéger cette tribu, à la protéger de nous pour qu’elle puisse continuer à suivre son mode de vie. Oui mais voilà, un drame est survenu. Ce drame est la conséquence de la mixophobie, du refus du mélange qui sert de philosophie à cette tribu.

Dotés d’une peau très noire, les Jarawas considèrent qu’il est de leur devoir de ne pas se mélanger. Et cette conviction a conduit les Jarawas à pratiquer un meurtre rituel sur un bébé dotée d’une peau plus claire que les autres. Soupçonnant une mésalliance, certains des membres de cette tribu ont décidé de tuer le nouveau né, forçant la police indienne à intervenir, mais plaçant du même coup le gouvernement indien dans un dilemme qui semble inspiré par Claude Lévi-Strauss. Ou bien laisser cette tribu vivre comme elle a toujours vécu, adopter une position relativiste, et ne pas tenter de retrouver les assassins de cet enfant. Ou bien au contraire choisir un point de vue universaliste et punir ceux qui ont commis ce crime.

Une question qui vient directement contrarier la politique suivie à l’égard de cette tribu, qui a vécu jusqu’en 1998, à l’abri de toute forme de modernité. Un dilemme d’autant plus compliqué que les Jarawas interrogés sur la mort de cet enfant considèrent qu’il était de leur devoir collectif de le tuer, afin de protéger le monde d’une apocalypse, considérée comme certaine. Alors comment trancher ce dilemme ? Faut-il appliquer une justice moderne, laquelle viendrait frapper une société évidemment ignorante des lois indiennes, rompre en quelque sorte l’obligation lévi-straussienne de protéger les dernières sociétés originelles ? Ou bien invoquer un autre propos de Claude Lévi-Strauss lequel estimait que, je le cite, « L'exclusive fatalité, l'unique tare qui puissent affliger un groupe humain et l'empêcher de réaliser pleinement sa nature, c'est d'être seul. ».

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Journal de 7h30 : Mardi 22 mars 2016
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