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Les forçats du quart d’heure obligés de courir, ou plus précisément de pédaler, pour être dans les délais.

Que peut on faire en un quart d’heure ?

2 min

Le “quick commerce” : une nouvelle illustration de cette loi d’airain de la modernité : augmenter la qualité de vie des uns en dégradant la qualité du travail des autres

Les forçats du quart d’heure obligés de courir, ou plus précisément de pédaler, pour être dans les délais.
Les forçats du quart d’heure obligés de courir, ou plus précisément de pédaler, pour être dans les délais. Crédits : Picture alliance - Getty

Le quart d’heure occupe une place importante dans l’imaginaire français, le quart d’heure douche comprise. La ville du quart d’heure c’est la nouvelle utopie : comprenez une ville où vous avez tout sous la main à un quart d’heure, la possibilité de faire ses courses, ses procédures administratives et ainsi de suite dans ce périmètre-là. J’imagine qu’il y a de longues explications psychosociales pour comprendre pourquoi le quart d’heure est devenue le laps de temps supportable dans cet océan d’impatience qu’est notre civilisation, le “tout, tout de suite” n’acceptant donc d’être modulé que par le quart d’heure. 

Et ce quart d’heure essaime puisqu’il donne naissance ce que l’on appelle maintenant le “quick commerce”, c’est la une des Échos aujourd’hui, le quick commerce étant donc la promesse de faire ses courses sur son smartphone et d’être livré en un quart d’heure. 

Cette idée du “quick commerce” devrait être observée avec beaucoup de prudence, nous savons bien que tout ce qui est rapide est dangereux, du fast-food au fast-book, et, là, avec ce quart d’heure de courses, on voit que l’on affaire à quelque chose qui risque de tuer les derniers petits mais aussi les grands commerces qui sont autour de nous. Car cette idée repose en effet sur des “dark commerces”, autrement dit des entrepôts situés par exemple en sous-sol, situés là où nous habitons, mais proposés à des loyers bien inférieurs que les commerces, tout simplement parce qu’ils sont moins accessibles et ils ne serviraient qu’à ces plateformes de livraison. Mais aussi et surtout, cette ville du quart d’heure ne peut exister que grâce à des forçats du quart d’heure. 

Si vous avez aimé l’uberisation du travail, vous allez adorer la ville du quart d’heure, avec d’un côté des habitants impatients d’avoir leurs courses en un quart d’heure, de l’autre des forçats du quart d’heure obligés de courir, ou plus précisément de pédaler, pour être dans les délais. Et alors, on ne pourra pas dire que l’on ne savait pas, c’est une nouvelle illustration de cette loi d’airain de la modernité : augmenter la qualité de vie des uns en dégradant la qualité du travail des autres ꟷ l’individu contemporain étant la première catégorie de personne à déplorer les effets des phénomènes dont il chérit les causes.  

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