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La romancière Camille Laurens, jurée du prix Goncourt depuis 2020.

La critique (littéraire) existe-t-elle au sein du couple ?

2 min

Si cette question vous paraît curieuse, c’est que vous ignorez le conflit d’intérêt littéraire révélé par France Inter hier. L’affaire met en scène deux protagonistes, Camille Laurens et François Noudelmann.

La romancière Camille Laurens, jurée du prix Goncourt depuis 2020.
La romancière Camille Laurens, jurée du prix Goncourt depuis 2020. Crédits : Joël Saget - AFP

Camille Laurens est jurée du prix Goncourt, et François Noudelmann y est sélectionné pour son roman Les enfants de Cadillac, et l’un et l’autre sont, semble-t-il, très proches dans la vie. Qui plus est, Camille Laurens a étrillé dans le journal Le Monde, où elle est critique littéraire, le roman d’Anne Berest, La carte postale, également sélectionné pour le prix Goncourt et portant, comme celui de François Noudelmann sur la Shoah. 

Tout cela a jeté l'opprobre sur l’objectivité de ce prix : comment croire au Goncourt si les membres du jury disent tout le mal qu’ils pensent de certains livres, pour en protéger d’autres au nom de motifs non littéraires. 

Et c’est à cet endroit exactement que j’aimerais poser le débat. Peut-on conclure que le jugement de Camille Laurens est émoussé par le fait qu’elle partage la vie, tout ou partie, de François Noudelmann ? Plus généralement, le couple interdit-il une critique, voire une critique féroce ? 

Sans évoquer certaines extrémités, comme celles incarnées par Jean Gabin et Simone Signoret dans le film de Pierre Granier-Deferre, Le Chat, rien n’indique que le couple soit un sanctuaire pour la critique, et notamment les couples littéraires. Imagine-t-on par exemple que Rimbaud et Verlaine se soient épargnés pendant leur liaison ? Si d’aventure Rimbaud avait été juré du prix Goncourt, sûr qu’il ne l’aurait absolument pas décerné à Verlaine, il aurait même probablement fait un bel écrit pour expliquer pourquoi ce dernier ne le méritait absolument pas. Rimbaud lui-même a fort bien pu penser qu’écrire quelque chose comme "Il pleure dans mon cœur, comme il pleut sur la ville" témoigne d’une écriture convenue, quelque peu académique, l’auteur de cette strophe mérite finalement peu d’égards. 

Cela fait quand même des plombes que la sagesse populaire explique sur tous les tons que "qui aime bien châtie bien", et c’est pourquoi la critique en couple procède peut-être beaucoup plus du conflit que du conflit d’intérêt. 

Voilà une idée pour un nouveau prix littéraire : un prix littéraire où chaque œuvre serait jugée par la conjointe ou le conjoint. Après le prix Goncourt, le prix amour. 

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