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Bernard Tapie en 2018.

A-t-on le droit de ne pas être courageux face au cancer ?

1 min

Oui, je sais, prononcée de bon matin, cette question a de quoi faire frémir. Mais si je la pose, c’est précisément parce que j’ai l’impression que ce droit nous est dénié à nous autres humains.

Bernard Tapie en 2018.
Bernard Tapie en 2018. Crédits : Emmanuel DUNAND - AFP

Depuis la disparition de Bernard Tapie hier, il est question, de manière  lancinante de son courage face au cancer, comme si le « Pavillon des cancéreux » devait devenir « Gym Tonic ». J’ignore absolument ce que cet homme a vécu, je veux dire ce qu’il a enduré dans la solitude de son âme, lorsqu’il n’y avait plus que le crabe et lui dans la chambre, et à dire vrai cela ne regarde que lui et désormais sa famille. Mais ce que je crois, c’est qu’il n’y a aucun mal à avoir du mal lorsque l’on est malade, il n’existe pas de manière digne de mourir ou de manière indigne de succomber à une maladie. 

Il ne faudrait pas que le souvenir de Bernard Tapie, le battant comme l’appelle Le Parisien, éclipse le souvenir de tous ceux qui ne veulent pas se battre, des battus, de ceux qui estiment que la maladie est plus forte qu’eux, qu’ils n’ont plus la force ou la volonté de s’affronter à ce mal. C’est normal d’avoir peur, c’est cela être une personne. Jules César avait peur la nuit, et pourtant il était Jules César. Aucune règle morale ne devrait inciter quelqu’un à être plus fort que la maladie sauf à vouloir dire que l’on voudrait des malades qui se plaignent moins et métastasent en silence. Il est d’ailleurs assez curieux qu’une période qui se pense comme compatissante, ou le « care » est une vraie valeur, songe à n’être compatissant qu’avec ceux qui serrent les dents et souffrent en silence.

À quoi bon être courageux lorsque l’on est malade si ceux qui vous entourent, ceux qui sont censés vous aider et vous accompagner, deviennent lâches. Car c’est cela précisément que ce nouveau cliché raconte : nous voudrions des malades courageux parce que nous n’avons plus le courage, nous les bien portants, de regarder leur maladie en face.

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