LE DIRECT
 LES NOSTALGIQUES DE L'ASSOCIATION DE DEFENSE DU MARECHAL PETAIN SE RETROUVENT

"Monsieur le Maréchal, je ne parviens pas à comprendre à quelles raisons je dois la perte de ma qualité de français."

3 min

Un billet d’humeur pour l’historien, équivaut à une plongée dans ses cartons d’archives. J’y ai trouvé une lettre, que j’ai choisi de livrer aux auditeurs telle qu’elle.

 LES NOSTALGIQUES DE L'ASSOCIATION DE DEFENSE DU MARECHAL PETAIN SE RETROUVENT
LES NOSTALGIQUES DE L'ASSOCIATION DE DEFENSE DU MARECHAL PETAIN SE RETROUVENT Crédits : BERTRAND BECHARD - Maxppp

Dans le cadre des « Matins des historiens », l'historienne Claire Zalc s'est prêtée à l'exercice du Billet d'humeur en lieu et place de Guillaume Erner.

« Cuges-les-Pins, le 17 juin 1942,

Monsieur le Maréchal,

Vous daignerez pardonner, j’en suis convaincu, à un père de famille, bon citoyen et bon soldat, de faire appel à votre générosité de cœur, à votre haut esprit de justice, afin d’empêcher que soit prise contre lui une mesure que rien ne justifie.

Né en Italie en 1899 ; installé en France depuis 1912, j’ai été naturalisé français à la date du treize novembre 1929. Or, je viens d’apprendre qu’une note parue au Journal Officiel du 11 avril 1942 me prive de la nationalité française. Pourquoi ? C’est ce que je me demande.

Pendant la grande guerre, j’ai été combattant d’infanterie, blessé deux fois, comme soldat des armées interalliées. À cette dernière guerre, j’ai été mobilisé dans l’armée française, puis affecté spécial à titre de mineur.

Je n’ai jamais été condamné. Je ne parviens pas à comprendre à quelles raisons je dois la perte de ma qualité de français, à laquelle je tiens au-dessus de tout. Je n’ai jamais fait de politique. Je n’en ai même jamais parlé ! Pourquoi alors m’infliger pareil déshonneur ?

Je me permets d’ajouter, Monsieur le Maréchal, que, non seulement ma femme et moi nous sommes atteints par cette mesure, mais encore sont atteints avec nous nos quatre enfants, deux garçons âgés de 16 et 9 ans, deux filles âgées de 18 et 12 ans. Ils sont assez grands pour se désoler de perdre la qualité de français dont, à juste titre, ils étaient si fiers.

Je me permets de vous demander très respectueusement, très humblement, Monsieur le Maréchal, de bien vouloir faire vérifier si j’ai un passé de travail et d’honneur ou non, si vraiment je mérite, ou non, d’être un citoyen de la grande et belle France. Je n’ai jamais rien fait pour démériter. Je trouve cruel que l’on me condamne sans motif, mais aussi que l’on condamne mes enfants et que l’on ruine leur avenir.

J’ose espérer, Monsieur le Maréchal, que, après qu’auront été contrôlées mes assertions, vous voudrez bien me faire bénéficier de votre souci d’équité en faisant rapporter la mesure prise contre moi.

C’est un père de famille, dont toute la vie fut de travail dans le calme et l’honnêteté qui vous supplie à genoux.

Je sais, Monsieur le Maréchal, que ma prière ne vous laissera pas indifférent. Mes enfants, ma femme et moi-même vous serons un gré infini de ce que vous voudrez bien faire pour nous.

Daignez espérer, Monsieur le Maréchal, les humbles hommages d’un modeste qui s’enorgueillissait et voudrait pouvoir s’enorgueillir encore d’être Français. »

Pour information, le chef de l’Etat ne donna pas suite à cette requête.

Claire Zalc, historienne

Chroniques

7H30
5 min

Journal de 7h30

Journal de 7h30 : Jeudi 10 mars 2016
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......