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Voyage au Journalistan: faut-il encore parler de Daech ?

2 min

Les attentats à répétition perpétrés par Daech et leur omniprésence médiatique réussissent un terrible exploit: ils banalisent une nouvelle fois le mal.

Parmi les journalistes, il y a les partisans de Daech et les autres. Les partisans de Daech, je veux dire, les partisans d’une information réservant une large place à Daech, une information qui depuis maintenant de longs mois est dominée par cette engeance matin, midi et soir. Il y a le Journalistan qui considère qu’il faut évoquer les filières, les réseaux, le jihad, les victimes, un Journalistan qui place Raqqa au centre du monde, et puis les opposants au Journalistan, pour qui il faut aussi parler d’autre chose, parce que la principale victoire des terroristes est médiatique.

Le terrorisme, c’est l’arme de ceux qui savent utiliser les médias avant d’utiliser des explosifs ; les djihadistes utilisent des agences de presse et des réseaux sociaux. Eh bien entre le Journalistan et les autres journalistes, j’ai bien peur que le débat finisse par s’évaporer de lui-même. Pourquoi un tel scénario est-il probable ?

Pour le comprendre, il faut remonter au 12 septembre 2001. A l’époque, souvenez-vous, le jour d’après, les attentats terroristes étaient perçus selon l’expression du philosophe Nassim Nicholas Taleb comme des cygnes noirs, cygne comme un oiseau, cygne noir pour qualifier un évènement rare, un évènement qui obligeait à revoir notre vision du monde. En substance, Taleb expliquait que les ornithologistes avaient tout prévu, sauf la probabilité de rencontrer un cygne de couleur noire. Croiser un cygne qui n’était pas blanc les a obligés à revoir leur conception de ce volatile.

Il en va de même pour le 11 septembre… L’humanité toute entière se souviendra de cette date, il en ira de même peut-être du 7 janvier, du 13 novembre à la limite, mais on ne se souvient déjà plus du 19 mars où des petits enfants juifs ont été tués en France parce qu’ils étaient juifs. Demain se souviendra-t-on du 22 mars ? Avec Daech, nous sommes entrés dans l’ère non pas de la banalité du mal, mais de la banalisation du mal. Entre Paris, Bruxelles, Ankara, Bamako, les morts sont devenus quotidiens. Et à chaque fois, les conséquences sont moindres. Il est là le terrible signe, la multiplication des attentats a fini par tuer le cygne noir.

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