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Saillies, dérapages : vit-on une crise du discours politique ? (deuxième partie)

14 min
À retrouver dans l'émission

Peut-on dire tout et n’importe quoi pour exister en politique ? ou plutôt : le débat public, à l’heure de l'info continue, et des 140 signes maximum, s’est-il à ce point atrophié qu’il en est réduit à l’invective ? la « petite phrase », volontaire ou non, est devenue plus importante que le débat d’idée ? Comment remédier à l’inflation de la harangue et au triomphe du temps court ?
Première partie - 7h32

Nadine Morano, 2012
Nadine Morano, 2012 Crédits : Benoît Tessier - Reuters

L'été se caractérise non pas seulement par le soleil, la chaleur et l'envie d'aller lézarder sur des plages de sable fin. L'été se caractérise également par un vide relatif en termes de politique intérieure.

Or, « natura abhorret a vacuo », la nature a horreur du vide, un aphorisme qui s'applique tout particulièrement à la sphère politique, et à certaines personnalités, habituées ou non à la controverse, qui profitent de cette accalmie estivale pour ponctuer leurs interventions d'invectives plus ou moins inspirées, qui seront reprises en boucle par les réseaux d'information continue, et leur permettront, ce faisant, de polariser le débat autour d'eux.

Certes, le culte de la « petite phrase » n'est pas neuf, certaines d'entre elles ont fait les beaux jours ou les sombres heures de personnalités politiques. Mais l'ère contemporaine a ceci de particulier qu'il ne semble plus y avoir aucune limite, aucune censure, aucune barrière dans l'invective. Tout peut être dit, de la pire des comparaisons au raccourci des plus grossiers, pour exister sur la scène médiatique, suivant ainsi l'adage « peu importe que l'on parle de moi en mal ou en bien, tant que l'on parle de moi ».

L'horizon du débat public est-il à ce point gangrené par la culture de l'instant qu'il ne peut plus dépasser le stade de l'invective ? Ou cette tentation de l'invective permanente est-elle la survivance d'une séquence passée ? En attesterait la montée dans l'opinion publique de la côte de popularité de personnalités, de droite comme de gauche, qui tentent de soustraire à la perpétuelle surenchère des dérapages verbaux...

Pour en parler, avec nous, Christian Salmon , écrivain, chroniqueur et chercheur au CNRS (Centre de recherches sur les arts et le langage), et Hubert Huertas, journaliste à Mediapart, ancien chef du service politique de France Culture.

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