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Un colporteur ambulant porte des drapeaux talibans à Kaboul, le 5 septembre 2021.

Afghanistan : les nouveaux risques terroristes. Avec Anne-Clémentine Larroque et Jean-Yves Berthault

46 min
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L’arrivée rapide au pouvoir des talibans semble avoir pris aux dépourvus les talibans eux-mêmes qui retardent l’annonce de leur nouveau gouvernement depuis quelques jours.

Un colporteur ambulant porte des drapeaux talibans à Kaboul, le 5 septembre 2021.
Un colporteur ambulant porte des drapeaux talibans à Kaboul, le 5 septembre 2021. Crédits : Un colporteur ambulant porte des drapeaux talibans à Kaboul, le 5 septembre 2021. - AFP

Sur la table des négociations, de Doha à Kaboul, les talibans cherchent à rassurer la communauté internationale, laissant entendre qu’ils ont pris en compte les revendications progressistes de la population et de la jeunesse afghane, élevée dans une démocratie et le respect des droits de l’homme et de la femme. 

Pour autant, les talibans se sont construits dès leurs origines sur le respect des préceptes de la charia et la défense des valeurs coraniques vis-à-vis d’une culture occidentale imposant sa modernité. Aujourd’hui plus nationaliste que religieux, le combat des talibans vise avant tout à obtenir la reconnaissance internationale en tant que pays musulman. 

Comment les talibans se sont-ils construit en force politique depuis 1994 ? Sont-ils prêts à s’ouvrir à la modernité des populations citadines afghanes ? L’imposition de la charia dans le pays par le nouveau gouvernement taliban est-elle négociable ?

Nous aborderons ces questions avec : 

Anne-Clémentine Larroque : Analyste-historienne pour la justice, spécialiste de l’idéologie islamiste, chargée de cours à Sciences Po en Questions Internationales.  Elle publie Le trou identitaire. Sur la mémoire refoulée des mercenaires de l'Islam (PUF, 2021) et Géopolitique des islamismes (PUF, 3e édition, 2021).

Jean-Yves Berthault : ancien diplomate, auteur de “Déjeuners avec les talibans” (éditions Saint-Simon). En poste à l’ambassade de France à Kaboul entre 1979 et 1981. Conseiller politique de la mission spéciale de l’ONU en Afghanistan en 1997. Chef de la mission diplomatique française à Kaboul de 1998 à 2001.

Négocier avec les talibans

La situation aujourd'hui en Afghanistan avec les talibans au pouvoir est trouble. Les déclarations  se veulent rassurantes, mais peut-on les croire ? Anne-Clémentine Larroque explique que les talibans ont une histoire qui s’est inscrite dans l’histoire de l’Afghanistan depuis de nombreuses années. Ils sont devenus un acteur incontournable puisque les Américains ont conclu avec eux un accord au Qatar en février 2021, et les Français leur ont parlé à Doha la semaine dernière.

C’est un acteur qu’il ne faut pas mépriser dans le sens où il y a une légitimité historique à leur existence actuellement. Les talibans font peur par la représentation qu’ils ont et la méconnaissance des gens vis-à-vis de leur mouvement par rapport aux autres groupes jihadistes.  Anne-Clémentine Larroque

Les talibans sont un mouvement mal compris parce qu’ils ont une étiquette faite de confusions idéologiques. Dans l’esprit de beaucoup de gens, ils sont confondus à Al Quaida. Sur le plan idéologique, ces mouvements ont pour dénominateur commun l’islam fondamentaliste, mais les uns sont jihadistes, et les autres ne le sont pas. Les talibans sont un mouvement afghan nationaliste, ils ont toujours contemplé la situation de l’Afghanistan, sans se préoccuper d’exporter le modèle. Jean-Yves Berthault

La situation au Panchir

Le Panchir, dernier bastion - qui était autrefois celui du commandant Massoud et qui est aujourd'hui celui de son fils - semble être tombé aux mains des talibans ce week-end. Jean-Yves Berthault insiste  sur le rôle considérable du Panchir dans l'histoire des guerres de ces 40 dernières années. C’est une vallée très encaissée au milieu de montagnes immenses, dans un des contreforts de l’Himalaya. Ce bastion était donc inexpugnable pour des raisons géographiques. 

Le commandant Massoud, à l’époque qui dirigeait le mouvement dans le Panchir, a étendu son influence dans les régions limitrophes avec des alliances de commandants locaux. Massoud s’est affirmé comme un héros de l’époque soviétique et à l’époque où l’alliance du nord luttait contre les talibans. Mais aujourd’hui, on assiste au développement d’une résurgence romantique d’une situation différente mais avec le même nom, le fils Massoud. Jean-Yves Berthault

Cette cause, pour utile qu’elle ait pu être entre 1996 et 2001, aujourd’hui s’avère être a priori une cause perdue. Les talibans ont eu l’ingéniosité de commencer par supprimer toutes les zones du nord, si bien que le Panchir était déjà coupé de leur base arrière, coupé de ravitaillement, de renfort en homme, etc. Aujourd’hui on peut dire qu’une page se tourne dans l’histoire de l’Afghanistan, parce que cela faisait 43 ans que l’Afghanistan était pris dans une guerre civile, et aujourd’hui elle est terminée. Jean-Yves Berthault 

Talibans et jihadisme

L’islamisme comme idéologie totalitaire a notamment été forgé en Afghanistan entre 1979 et 1999 ; pourquoi ce pays a-t-il servi de laboratoire et quelles sont les bases qui ont été jetées à l’époque en matière d’idéologie totalitaire ? Les Afghans entrent en guerre soutenus par les Américains dans le cadre de la guerre froide contre les soviétiques. S’intriquent la résistance, les enjeux de la guerre froide, mais aussi cette identité afghane qui resurgit avec les Moudjahidines qui ont résisté. Selon Anne-Clémentine Larroque, c’est pour cela qu’on associe aujourd’hui le jihad à l’Afghanistan.

Il faut comprendre que l’idée de jihad actif, qui pense à l’excommunication de l’autre, existe en amont de l’Afghanistan. L’Afghanistan matérialise la mondialisation du jihad puisqu’une fois que les Moudjahidines repartent, parce qu’ils sont venus du monde entier en 1989, il va y avoir une volonté de continuer le combat. La décennie sanglante en Algérie est issue de cette idée des vétérans d’Afghanistan. Donc l’Afghanistan est un point nodal pour comprendre le jihadisme international mais c’est aussi une histoire nationale, ce qu’on a tendance à oublier. Anne-Clémentine Larroque

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Intervenants
  • Analyste-historienne pour la justice, spécialiste de l’idéologie islamiste, chargée de cours à Sciences Po en Questions Internationales
  • En poste à l’ambassade de France à Kaboul entre 1979 et 1981. Conseiller politique de la mission spéciale de l’ONU en Afghanistan en 1997. Chef de la mission diplomatique française à Kaboul de 1998 à 2001.
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