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Personnes célébrant dans les rues, avec des membres des forces armées guinéennes, l'arrestation d'Alpha Condé, le président guinéen, à Conakry (05/09/2021).

Guinée : les racines d'un coup d'État

16 min
À retrouver dans l'émission

Un an après avoir mené un “coup d’État constitutionnel” pour s’offrir un troisième mandat, le dirigeant guinéen Alpha Condé est victime d’un putsch militaire. Deux maux qui continuent de marquer la vie politique en Afrique de l’Ouest.

Personnes célébrant dans les rues, avec des membres des forces armées guinéennes, l'arrestation d'Alpha Condé, le président guinéen, à Conakry (05/09/2021).
Personnes célébrant dans les rues, avec des membres des forces armées guinéennes, l'arrestation d'Alpha Condé, le président guinéen, à Conakry (05/09/2021). Crédits : Cellou Binani - AFP

Le président Alpha Condé, arrêté ce 5 septembre par une junte qui jure agir pour la sauvegarde du pays et s’arroge déjà les institutions, était au pouvoir depuis 2010. Comment l’opposant qui incarnait l’espoir s’est-il mué en autocrate répressif ? 

C’est le troisième coup d'État en quelques mois en Afrique francophone. Après le Tchad et le Mali, la Guinée est le théâtre d’une prise de pouvoir par des putschistes issus des rangs de l’armée. La situation sur place reste largement confuse. Les auteurs du coup restent vagues sur leurs intentions. 

Ce n’est pas une démocratie qui a été renversée. Alpha Condé, avait été réélu en 2020, à 82 ans, suite à une révision constitutionnelle controversée lui permettant de briguer un troisième mandat, qualifiée par l’opposition de « coup d’Etat constitutionnel ». Les manifestations étaient régulières et le pays, malgré une croissance forte, ne sortait pas d’une longue crise politique et sociale. 

De nombreux opposants croupissaient en prison. Alpha Condé, pourtant, a longtemps été connu comme un opposant courageux aux régimes de Sékou Touré et Lansana Conté, forcé à l’exil et envoyé en prison. D’où viennent ces syndromes “du troisième mandat” et du coup d’état militaire ? 

Le président Alpha Condé aurait-il facilité l’irruption d’une nouvelle junte en abandonnant ses promesses de réforme des institutions, préférant les tordre pour se maintenir au pouvoir ? 

Nous en parlons avec Amzat Boukari-Yabara, historien, auteur notamment de Africa Unite. Une histoire du panafricanisme aux éditions de La Découverte.

Le parcours d'Alpha Condé

Qui était Alpha Condé, et de quelle dérive a-t-il été victime ?

Il a étudié en France, il y a une cinquantaine d'années, notamment à Sciences Po. Il a été militant parmi les mouvements indépendantistes de l'époque. Il s'inscrivait vraiment dans une ligne progressiste, et a été condamné à mort par coutumace par le régime de Sékou Touré. Il revient en Guinée au début des années 1990, vu comme un opposant historique. A la fin de cette décennie, où il se présente aux élections, il est emprisonné, et une campagne nationale réclame sa libération, de telle sorte qu'il sort auréolé d'un certain prestige.

En 2008, une junte militaire prend le pouvoir et débouche sur des élections. En 2010, il est le premier président démocratiquement élu de la Guinée, sur la base d'une constitution qui ne lui permet de faire que deux mandats. A l'approche de la fin du second mandat, il met en place un référendum pour réaliser un troisième mandat. 

C'est une fin qui ne surprend pas au vu de la fin autoritaire de son mandat, mais c'est aussi une déception pour ceux qui ont cru à sa capacité d'incarner une pratique plus démocratique du pouvoir.

L'armée, rempart paradoxal de la démocratie ?

Cela peut rappeler la situation qu'on a vu au Mali ou au Tchad. On a affaire à des armées présentées comme des recours pour la démocratie, situation paradoxale.

Oui, car dans ces pays, il y a des sociétés civiles qui se battent pour la démocratie, souvent vue comme une alternance. Le recours à l'armée est souvent la dernière carte possible. C'est de l'intérieur du système qu'émergent des ruptures, des coups d'Etat, alors que dans d'autres cas, comme au Burkina Faso, on a vu une vraie intervention populaire.

Ce qui est intéressant, c'est l'attitude de l'armée : est-ce qu'elle soutient le peuple ou pas, de façon démocratique et légitime ou pas...

La réaction française

On a beaucoup dit, depuis hier, que la France avait protesté de manière plus vive à ce coup d'Etat plutôt qu'au "coup d'Etat" institutionnel que constituait le référendum d'Alpha Condé. Là, notre pays n'a pas vraiment protesté ?

Disons que la France se positionne en fonction de ses intérêts, de ce qui les sert ou les dessert. Il y a un an, il y avait la comparaison avec la Côte d'Ivoire : Alassane Ouattara a pu faire son troisième mandat, validé par Paris, alors que c'était moins le cas en Guinée.

La tolérance de Paris vis-à-vis de ces régimes est vraiment un élément qui montre la permanence de la Françafrique.

L'avenir, entre confiance et prudence

Peut-on se fier à Mamady Doumbouya quand il dit qu'il veut restituer le pouvoir au peuple, ou faut-il faire preuve de prudence ?

Il s'est déjà engagé à remplir les contrats avec les investisseurs étrangers. Ce qui est attendu, c'est vraiment un retour à l'ordre constitutionnel, donc il devrait bientôt y avoir des élections. La Guinée a déjà connu des élections de ce genre. Il existe en Guinée une société civile qui a montré, en 2019 et en 2020, qu'elle pouvait gérer ce pays d'une façon sûrement plus progressiste que la junte militaire.

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Intervenants
  • historien, secrétaire général de la Ligue panafricaine-UNOJA, auteur de « Africa Unite ! » (La Découverte, 2014).
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