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Plusieurs centaines de personnes attendent de pouvoir rentrer au musée du Louvres, le 02 mai 2004 à Paris.

Art et culture : entre internationalisation et uniformisation Avec Bruno Nassim Aboudrar et Jennifer Flay

44 min
À retrouver dans l'émission

La culture est-elle la nouvelle arme de guerre massive ? Nous en parlons ce matin avec Bruno Nasism Aboudrar, professeur d’histoire et théorie de l’art à l’université Sorbonne Nouvelle-Paris 3.

Plusieurs centaines de personnes attendent de pouvoir rentrer au musée du Louvres, le 02 mai 2004 à Paris.
Plusieurs centaines de personnes attendent de pouvoir rentrer au musée du Louvres, le 02 mai 2004 à Paris. Crédits : Jean Ayissi - AFP

La nouvelle série sud-coréenne diffusée sur Netflix, Squid Game, a battu ces dernières semaines des records de visionnages, profitant au modèle économique de la plateforme états-unienne mais aussi au rayonnement culturel de la Corée du Sud dont le soft power est désormais bel et bien installé en Occident. 

L’exemple de Squid Game permet ainsi d’illustrer ce nouveau paradoxe de la culture internationalisée, à la fois porteuse d’enjeux économiques mondiaux et d’une représentation culturelle nationale. 

Comment la culture est-elle modelée par les échanges internationaux ? Et comment celle-ci permet-elle aux pays de s’imposer à travers le monde ? Nous en parlons ce matin avec Bruno Nassim Aboudrar, professeur d’histoire et théorie de l’art à l’université Sorbonne Nouvelle-Paris 3, et co-auteur de Géopolitiques de la Culture publié chez Armand Colin. Il est rejoint en deuxième partie d'émission par Jennifer Flay, directrice de la Fiac.

L'art, entre nationalité et universalité

L'art, ou bien les artistes, ont-ils une nationalité ?

Cette question recouvre plusieurs paradoxes. Le premier, c'est qu'on tend d'abord à définir les artistes à partir d'une nationalité. Dans un cartel, la première chose qu'on met sur un artiste encore aujourd'hui, c'est l'endroit où il est né, souvent où il travaille. On considère que les artistes représentent, en quelque sorte, leur pays. Mais cela se heurte à une autre idée : l'art serait supranational, universel, et donc l'ancrage de l'artiste aurait peu d'importance. Bruno Nassim Aboudrar

L'artiste peut ainsi être utilisé pour écrire le roman national. C'est patent aujourd'hui, mais cela l'était également auparavant.

Oui, et d'une façon là aussi complexe et intéressante. Par exemple, dès le XVIIe siècle, Nicolas Poussin est construit comme le peintre français par excellence ; ce qu'il est peut-être par son souci d'exactitude historique. Et en même temps, Poussin a vécu toute sa vie d'adulte à Rome, et il a écrit une partie de sa correspondance en italien. Bruno Nassim Aboudrar

Cela veut dire que parfois, on a nationalisé un certain nombre d'artistes qui auraient préféré se rattacher à d'autres pays que leurs pays de naissance ?

Cela se fait par strates. On se rend compte qu'à partir de la fin du XVIIIe siècle, et à plus forte raison à partir du XIXe siècle, les nations en devenir s'appuient sur des artistes nationaux, alors qu'à proprement parler, ils n'étaient pas au moment de leur travail des artistes nationaux. Dürer en est un exemple : c'est l'artiste allemand par excellence, mais il vient de Nuremberg, qui n'appartenait pas alors à un pays comme l'Allemagne. Bruno Nassim Aboudrar

L'art et l'argent

Quand on voit l'art s'internationaliser aujourd'hui, si l'on prend l'exemple du Louvre Abou Dabi, qu'est-ce qu'il nous enseigne ?

D'abord, il raconte le processus de transformation en marque d'un certain nombre de noms propres comme "Louvre". "Guggenheim" avait initié ce processus. D'autre part, il y a la volonté des Emirats arabes unis d'aller au-delà de leur manne pétrolière pour se transformer en hub touristique et mondial, avec une grande marchandisation, que la culture vient appuyer. Le Louvre Abou Dabi fait partie de ces objets de luxe offerts aux acheteurs de sacs à main, chaussures... Bruno Nassim Aboudrar 

Cela a un côté ironique. Cela pourrait nous renvoyer à Van Eyck, qui avait l'habitude de peindre des marchands...

Ce n'est pas seulement ironique : l'art a toujours été lié à l'argent, il a été produit par lui, il a fallu des mécènes et des acheteurs. S'il y a tant d'arts en Europe, ce n'est pas seulement parce qu'elle a forgé ce concept, mais aussi parce qu'elle a été une des zones les plus riches du monde. On peut aussi parfaitement comprendre que les Emirats aient envie d'avoir des musées. Bruno Nassim Aboudrar

De l'internationalisation de l'art à la FIAC

Jennifer Flay, vous qui êtes présidente de la FIAC, présentez-la nous.

C'est une des foires les plus anciennes du monde, puisqu'elle a été créée en 1974. C'est la seule des foires créées entre 1968 et 1974 à porter dès sa création le mot "international" dans son nom. Jennifer Flay

Quels sont les artistes que vous présentez en général ?

La FIAC regroupe des galeries d'art moderne, du début du XXe siècle, jusqu'à nos jours, avec des artistes jeunes qui émergent et qui ne sont même pas encore trentenaires. Pour nous, c'est important d'avoir ce portail historique. Il y a entre 25 et 30 pays qui sont présents cette année : Brésil, Turquie, Iran... Jennifer Flay

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