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PHILIPPE JUVIN, MICHEL BARNIER, LAURENT WAUQUIEZ, VALERIE PECRESSE ET BRUNO RETAILLEAU, À PARIS LE 20 JUILLET 2021.

Campagne à droite : en quête de terrains. Avec Arnaud Teyssier et Sarah Belouezzane

44 min
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Alors que le débat se concentre autour de l’organisation - ou non - de primaires pour départager les candidats en vue de l'élection présidentielle, la droite semble peiner à s’affirmer sur le terrain des idées.

PHILIPPE JUVIN, MICHEL BARNIER, LAURENT WAUQUIEZ, VALERIE PECRESSE ET BRUNO RETAILLEAU, À PARIS LE 20 JUILLET 2021.
PHILIPPE JUVIN, MICHEL BARNIER, LAURENT WAUQUIEZ, VALERIE PECRESSE ET BRUNO RETAILLEAU, À PARIS LE 20 JUILLET 2021. Crédits : LUDOVIC MARIN - AFP

Marquée par l’échec de François Fillon, éliminée au premier tour de la présidentielle avec 20% des voix, puis des européennes n’ayant rassemblé que 8,14% des suffrages autour de François-Xavier Bellamy, la droite française paraît aujourd’hui manquer d’un leader capable de rassembler autour d’idées clairement définies.

L’un des grands enjeux de la droite pour la présidentielle de 2022 sera alors de réussir à se démarquer des thématiques sécuritaires du Rassemblement national et du programme économique de la République en marche. 

Que représente aujourd’hui la droite française ? Comment a-t-elle évolué depuis De Gaulle ? Sur quel terrain politique peut-elle gagner les prochaines présidentielles ?

Pour en parler nous recevons Arnaud Teyssier, historien, essayiste spécialiste d’histoire politique de la Ve République et haut-fonctionnaire. Son dernier livre “L'énigme Pompidou / de Gaulle” est paru chez Perrin (mars 2021). Il est rejoint par Sarah Belouezzane, journaliste au service politique du Monde.

La "dégaullisation" de la droite

Alors que la droite semble majoritaire au sein de l'électorat, elle est en ordre dispersé. Quel est votre diagnostic sur l'état de la droite ?

Elle est déboussolée, à la fois sur le contenu de son discours et sa perception des institutions, selon un développement historique que Philippe Séguin avait qualifié de "dégaullisation". Cela ne veut pas dire qu'on cesse de se référer au Général de Gaulle, car tout le monde le fait, mais qu'on a perdu le sens de la Ve République, régime d'équilibre. Il y a eu une tentation terrible : identifier la droite gaulliste et la droite libérale, de telle sorte que cela produit une nouvelle famille unique qui n'a pas beaucoup de sens. Arnaud Teyssier

La référence à De Gaulle serait donc devenue purement incantatoire ?

Oui, car on manque de figures emblématiques. De Gaulle, cela évoque des choses : une France souveraine, une France importante... Mais on ne s'interroge pas vraiment sur ce que De Gaulle a laissé, sur la façon dont il a structuré notre démocratie. Par exemple, il y a des choses qui sont complètement tombées en désuétude : pour De Gaulle, la France devait avoir un Etat fort, alors que la droite d'aujourd'hui n'a pas de discours construit sur le rôle de l'Etat, à cause d'un néo-libéralisme mal digéré. Arnaud Teyssier

Il y a un grand désordre idéologique, et un perte de sens des institutions dans le rapport au peuple : chez De Gaulle, il y a l'importance du référendum, qui n'est pas un plébiscite et qui est au même plan que la souveraineté représentative. Arnaud Teyssier

LREM, le RN et la droite

Est-ce qu'aujourd'hui, c'est le Rassemblement national qui reprend l'héritage de De Gaulle ?

Ils reprennent des thèmes gaullistes abandonnés, comme la nation ou la souveraineté. En réalité, l'héritage lui-même, personne ne s'en soucie, donc ils prennent ce qu'on a abandonné au sol. Arnaud Teyssier

Du côté de LREM, on a une droite centriste et libérale rappelant Valéry Giscard d'Estaing :

C'est une synthèse habile qui a repris des thèmes de la centre et du droit, en reprenant le seul trésor qui reste à la droite : un libéralisme un peu mou et parfois contradictoire. Il a voulu reprendre certaines questions sociétales prisées à gauche. Cela a marché en 2017, mais est-ce que cela va de nouveau marcher en 2022 ? Certains électeurs rejoignent les extrêmes, non pas parce qu'ils pensent comme eux, mais parce qu'ils ne se reconnaissent plus dans leurs familles politiques. Arnaud Teyssier

Les primaires de la droite

Il y a une défiance envers les primaires à droite, alors que cela avait plutôt bien marché pour Fillon in fine en dépit des affaires. Comment l'expliquer ? 

La primaire est vue comme le ferment des divisions. On dit que le parti ne s'est jamais remis des débats télévisés de 2016, et qu'il ne pouvait plus faire d'union après ça. Sarah Belouezzane

Mais il faut bien trancher des aspirations inconciliables ?

Oui, et en même temps, un système qui doit choisir entre des égos est toujours, par définition, ferment de divisions. En plus, la primaire organise de façon structurée ces divisions : il faut se démarquer les uns des autres le plus possible. Sarah Belouezzane

Est-ce qu'il y aura des primaires à droite ?

A ce stade, tout est possible : l'organisation des primaires est pour l'instant dans les statuts du parti, mais ces statuts peuvent changer à la rentrée. Sarah Belouezzane

Les ambitions de Zemmour

Faut-il considérer qu'Eric Zemmour va bel et bien finir par se présenter ?

C'est très dur à dire, on entend tout. Mais il décrédibilise Marine Le Pen : il dit qu'elle ne peut pas gagner, et qu'il se présente quasiment contre elle. C'est cette partie idéologique là qu'il vise. Sur l'électorat, c'est plus compliqué, car il prend un peu de l'électorat filloniste de 2017. On dit que ses électeurs potentiels sont moins populaires que ceux de Marine Le Pen. L'équation est un peu tordue. Sarah Belouezzane

Eric Zemmour réhabilite dans une certaine mesure le régime de Vichy, mais il se revendique en même temps d'un certain gaullisme. Comment interpréter son positionnement par rapport à la "dégaullisation" de la droite ?

Autrefois, c'était un journaliste proche du RPR qui suivait bien l'actualité politique. Maintenant, c'est un nouveau personnage. Il connaît assez bien l'histoire de la Ve République et voit que c'est le grand désordre partout. Il sait appuyer où ça fait mal : il intervient dans un univers où tout le monde a perdu la boussole, ce qui est un jeu très amusant pour un journaliste doué comme lui. Arnaud Teyssier

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