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Crimes sexuels dans l'Église : ouvrir la voix

17 min
À retrouver dans l'émission

Le rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église catholique peut-il aider à réparer, réconcilier, et initier des changements dans le clergé ?

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. Crédits : Christof STACHE - AFP

La commission Sauvé rend aujourd’hui le rapport qui contient le fruit de près de trois ans de travail : 22 experts issus d’horizons très différents ont collaboré pour produire une synthèse à ce jour inédite sur la pédocriminalité dans l’Eglise catholique, qui a elle-même commandé ce rapport. Les chiffres que l’on commence à découvrir risquent de faire frémir l’institution et ses fidèles, car ils révèlent qu’il y a bel et bien plus de cas de pédocriminalité au sein de l’Eglise que dans les autres milieux, la famille mise à part.

Toutefois, cette initiative des pouvoirs ecclésiastiques français semble courageuse, et pourrait marquer un tournant dans la manière dont ils approchent ces problèmes. La publication du rapport Sauvé peut-elle donc être non pas un choc traumatique et paralysant, mais bien une chance de renouveau pour l’Eglise ?

Nous en parlons avec Isabelle de Gaulmyn, rédactrice en chef de La Croix, dont elle a été l’envoyée spéciale à Rome de 2005 à 2009, spécialiste du Vatican et autrice d’Histoire d’un silence, un témoignage portant sur les affaires de pédophilie à Lyon.

Les résultats du rapport Sauvé

Que contient ce rapport Sauvé ? 

La première chose à dire, c'est qu'il contient beaucoup de souffrance. Pendant trois ans, les membres de la commission ont écouté beaucoup de victimes, en les mettant au centre de la recherche. Ensuite, c'est un rapport qui peut-être le plus complet qu'on ait jamais fait sur l'Eglise catholique et la pédocriminalité : c'est une étude juridique, sociologique, psychologique... Les abus sexuels ont été examinés à la loupe pour comprendre d'où ils venaient.

Le rapport est glaçant, car d'une part, les abus sexuels sont massifs dans l'Eglise depuis 1950, et par rapport aux autres associations (Education nationale, associations sportives...), l'Eglise est plus criminogène. Seule la famille l'est plus.

On parle de plus de 3 000 prêtres ?

Ils ont regardé dans diverses archives, et c'est bien le chiffre : 3% des prêtres depuis 1950 seraient des pédocriminels. Sur les victimes, les chiffres vont être importants : sur 28 000 personnes majeures, de nombreuses personnes ont été abusées, et cela donne une projection selon laquelle 6, 5 millions de Français auraient subi des abus.

Un système d'abus

On pensait qu'il s'agissait de déviances, mais on aurait affaire à un système ?

Le rapport le dit très bien, oui. Pendant longtemps, on a pensé que ces prêtres étaient des moutons noirs à mettre de côté, et maintenant, on découvre que tout un système a favorisé cela : un système institutionnel, mais aussi un système de morale sexuelle. Cette dernière en est resté à beaucoup punir l'infidélité conjugale, alors que le viol d'un enfant n'est pas encore mis sur le même niveau... Après un divorce, on ne peut plus communier à l'Eglise. Mais un prêtre qui a violé des enfants peut toujours communier, car aucun sacrément n'a été rompu !

Omerta et pressions

Est-ce que cela veut dire que c'est l'omerta qui a prévalu, ou bien aussi d'autres choses ? Autant de criminels, cela conduit à se poser de nombreuses questions embarrassantes pour l'Eglise.

Ce que montre bien le rapport, c'est que les évêques ont préféré cacher les choses plutôt que de les dire. Dans les affaires anciennes, l'omerta a été imposée par l'Eglise à d'autres institutions : dans le rapport, il y a le cas d'un évêque qui demande à un tribunal de ne pas intervenir sur une affaire.

Vers une responsabilité collective

Quelles sont les directions vers lesquelles ce rapport invite à aller ?

Le rapport s'oriente vers une responsabilité collective, avec un système de réparations financières. Les évêques, pour l'instant, refusent une telle responsabilité : c'est tel prêtre qui a fauté, donc il faut payer ici ou là.

Il y a un problème d'autoprotection dans la hiérarchie de l'Eglise, qui empêche d'entendre les victimes à temps.

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