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Parade militaire à Doha lors de la fête nationale du Qatar (18 décembre 2018)

Diplomatie au Moyen-Orient : le Qatar au centre du jeu. Avec Jean-Pierre Filiu

43 min
À retrouver dans l'émission

Après la victoire des talibans en Afghanistan, ce matin nous parlerons d’une autre victoire : celle du Qatar dans la diplomatie au Moyen-Orient.

Parade militaire à Doha lors de la fête nationale du Qatar (18 décembre 2018)
Parade militaire à Doha lors de la fête nationale du Qatar (18 décembre 2018) Crédits : Karim Jaafar - AFP

Pour avoir été la scène principale des négociations entre les États-Unis et les talibans, le Qatar est aujourd’hui le grand diplomate de la région du Moyen-Orient. C’est en effet à Doha qu’ont commencé les négociations entre les Américains et les talibans en 2020 et c’est toujours dans la capitale que les diplomates du monde entier, dont Jean-Yves Le Drian lundi 13 septembre, se rendent pour féliciter l’action les Qataris. Ces derniers ont notamment participer à l’évacuation de milliers d'Afghans ces derniers semaines et ont su déployer les moyens nécessaires face aux nouveaux enjeux humanitaires dans le pays aux mains des talibans. 

Des événements qui n’ont fait que confirmer le nouveau rôle du Qatar dans la scène internationale après une dizaine d’années à déployer ses stratégies du soft power à travers le monde, et plus particulièrement en France. De l’achat du PSG en 2011 au succès de Qatar Airways, une des rares compagnies aériennes à poursuivre son activité pendant la crise sanitaire, le Qatar est devenu un modèle d’influence. 

Comment en moins de vingt ans le Qatar est-il devenu un acteur incontournable de la diplomatie au Moyen-Orient ? Comment son Soft-Power s’impose-t-il à travers le monde et notamment la France ? Quel rôle le Qatar peut-il encore jouer auprès des talibans ? Nous en parlons avec Jean-Pierre Filiu, professeur des universités en histoire à Sciences Po (Paris). Auteur de Le Milieu des mondes. Une histoire laïque du Moyen-Orient depuis 395 (Seuil, 2021). 

Une histoire laïque du Moyen-Orient

Votre livre, d'après son sous-titre, se propose de faire une histoire "laïque" du Moyen-Orient. Pourquoi avoir choisi ce terme, qui peut surprendre ?

J'ai voulu faire ce pas de côté, pour éclairer une réalité qu'on croit comprendre spontanément, et montrer que la laïcité est la boussole la plus utile pour s'y retrouver dans ces entrelacs moyen-orientaux. Laïcité par rapport à toutes les histoires sacrées que les pays du Moyen-Orient font d'eux-mêmes. Il s'agit de déconstruire ces visions pour montrer que les conflits souvent plus politiques que religieux, alors que les discours, eux, sont souvent religieux.

La situation géopolitique actuelle du Qatar

Il faut revenir sur un pays qui apparaît comme un des gagnants de la situation actuelle au Moyen-Orient. C'est le point à partir duquel on peut avoir accès aux talibans. 

Ce qui est fascinant avec le Qatar, comme avec les Emirats Arabes Unis, c'est que ce sont des pays sans peuple. On n'a que 10% des gens qui sont des nationaux.

Dans les conflits, au moment où il faut négocier, on a besoin d'un intermédiaire qui puisse officier ainsi. Par le passé, on n'avait pas besoin de passer par le Qatar, comme le montraient les accords d'Oslo. Le fond de commerce du Qatar aujourd'hui, ce sont aujourd'hui de telles mises en relation. 

C'est un pays qu'on connaît un peu en France. Quelles attentes avoir à son égard ?

Elles peuvent être sereines. On a l'impression que les Français aiment choisir un partenaire golfien privilégié. Avec Sarkozy, c'était le Qatar ; avec Macron, ce sont les Emirats Arabes Unis. Mais il n'y a pas à choisir : nous avons besoin de relations avec tous ces pays, sans croire que nous partageons les mêmes valeurs. Ce sont des autocraties que nous devons à chaque fois traiter sans nous prendre au jeu du discours de modernisation.

Les habits neufs du Qatar moderne

Ce n'est qu'une modernité de façade ?

A partir du moment où c'est un pays sans peuple, où ce sont des expatriés qui font tourner le pays, où 6500 travailleurs immigrés sont morts dans la préparation de la coupe du monde de football... Dans un tel pays, il y a trois, quatre ou cinq personnes à prendre toutes les décisions.

Ce soft power est tout de même impressionnant...

Oui, ce pays qui privilégie le soft power sur la violence, différemment aux Emirats Arabes Unis, en récolte aujourd'hui les fruits. C'est un pays qui sort d'une période de crise, et qui a une histoire nationale très récente. Ces épreuves construisent une identité, et une forme de patriotisme, même si elle est réservée aux 10% de nationaux.

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Intervenants
  • professeur des universités en histoire à Sciences Po (Paris). Il anime sur le site du quotidien "Le Monde" le blog "Un si proche Orient".
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