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Quel sens de la gauche ?

Le sens de la gauche ? Avec Raphaël Glucksmann et Stéphanie Roza

44 min
À retrouver dans l'émission

La gauche française traverse une crise multidimensionnelle, peinant à réaliser l’union électorale, comme dans la bataille pour l’hégémonie culturelle. Pourtant, un certain nombre des valeurs qu’elle porte semble appréciée par de nombreux citoyens.

Quel sens de la gauche ?
Quel sens de la gauche ? Crédits : fhm - Getty

Les annonces de candidatures se multiplient à gauche, des écologistes aux Insoumis. On frôle la balkanisation. Raphaël Glucksmann, député européen, ne se fatigue pas d’appeler à l’union. Au risque de verser dans l'incantation ? 

L’unité, quoiqu’il en soit, n’est pas la seule difficulté rencontrée par cette famille politique, qui semble peiner à imposer ses thèmes dans le débat d’idées. Pourtant, il semblerait que les citoyens français soient toujours enclins à se déclarer en faveur de mesures et de principes qui sont traditionnellement les siens. Comment expliquer ce paradoxe ? S’agit-il d’une difficulté à articuler, voire hiérarchiser, les multiples combats, démocratique, politique et social, que la gauche entend porter ? Ou d’une incapacité à former le bloc social qui lui permettrait d’accéder au pouvoir, entre retraités et jeunes, classe moyenne et ouvriers. 

Aux côtés du cofondateur du mouvement Place publique, la spécialiste de philosophie politique Stéphanie Roza tâche d’éclairer le sujet. 

La gauche et le progressisme

Comment la gauche se situe-t-elle aujourd'hui par rapport à l'idée de progressisme, qu'elle a longtemps incarnée ?

On a une partie de la gauche décroissante, alternative, qui ne souhaite plus utiliser le terme de progressisme parce que le progrès serait synonyme de destruction de la nature. Or on devrait se demander à quelles conditions on peut encore être progressiste aujourd'hui. Même sur des questions climatiques, on a besoin de la science et de la technique, mais au service de la collectivité. Stéphanie Roza

On peut radicaliser l'héritage des Lumières, mais le nouvel humanisme à incarner sera très différent. Dans l'humanisme européen, il y avait l'idée d'un homme seul face au monde comme Dieu avant la Création. Maintenant, il faut insérer l'homme dans un monde fini, qu'il faut conserver. Il faut donc réécrire l'héritage des Lumières en prenant en compte le fait qu'on a saccagé la maison commune. Raphaël Glucksmann

La crise des partis

Qu'est-ce qui, dans le fonctionnement même des partis de gauche, peut expliquer leurs difficultés aujourd'hui ?

La langue des partis politiques, leur vie intérieure, fait qu'ils restent en vase clos. On ne peut pas aller dans la rue à chaque fois qu'il y a des manifestations, par esprit systématique d'opposition. Il n'y a pas à avoir de pudeurs de gazelles face à un mouvement qui affiche des pancartes "qui ?". Raphaël Glucksmann

Les partis sont en crise parce qu'ils ne fonctionnent plus démocratiquement. Ce sont des rassemblements flous où il n'y a pas de contrôle collectif. Aujourd'hui, du fait du néolibéralisme, les gens sont moins prêts à respecter des disciplines collectives qu'avant, mais c'est un problème, car ces disciplines sont la condition même de la démocratie. Les questions sur le féminisme, la religion, ne sont pas réglées dans les partis : chacun dit ce qu'il veut dans son coin sans se préoccuper de ce que dit le voisin dans le même parti. Stéphanie Roza

La gauche sans le peuple ?

Le fait que la sociologie des électorats de gauche ait évolué, qu'on ait affaire à des parties comme le PS qui seraient devenus des partis de fonctionnaires ou qui seraient très éloignés d'un prolétariat actuel votant à l'extrême droite, est-ce un des problèmes majeurs aujourd'hui ?

Il y a une atrophie sociologique de la gauche politique, ce qui est lié à l'abandon de la question centrale, celle de la production, du travail. Le récit de transformation sociale passe d'abord par la question de la place, dans la société, du travailleur, et donc en l'ayant évacuée on fait une gauche sans le peuple, ce qui ne peut pas fonctionner. Il faut donc réinventer les canaux, et là, les réseaux sociaux peuvent être utiles. C'est là où les gens sont qu'on va faire émerger les débats et les projets. Raphaël Glucksmann

Je suis absolument d'accord avec ce qui a été dit. Il y a un divorce entre les classes populaires et la gauche, et pour y remédier, il faut revenir à un discours d'égalité sociale par le travail, ne pas laisser à la droite la valeur-travail, portée par les socialistes au XIXe siècle. Il faut réactiver de vieilles idées qu'on a laissées tomber à tort. Stéphanie Roza

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Intervenants
  • Homme politique, essayiste, ancien directeur du “Nouveau magazine littéraire”
  • chargée de recherche au CNRS en philosophie politique
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