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Une femme tient une pancarte indiquant "Quand une femme dit non, c'est non" lors de la journée des droits des femmes (Paris, 8 mars 2021)

Le consentement, une nouvelle révolution sexuelle ? Avec Manon Garcia

43 min
À retrouver dans l'émission

Quels problèmes moraux et politiques posent les relations sexuelles qui ne relèvent pas à proprement parlé du viol mais sont des expériences parfois traumatisantes ? Quelle est la force et quelles sont les limites de la revendication du respect du consentement ?

Une femme tient une pancarte indiquant "Quand une femme dit non, c'est non" lors de la journée des droits des femmes (Paris, 8 mars 2021)
Une femme tient une pancarte indiquant "Quand une femme dit non, c'est non" lors de la journée des droits des femmes (Paris, 8 mars 2021) Crédits : Bertrand Guay - AFP

Le consentement. Le terme s’est répandu en France dans la vague du mouvement #MeToo. Face aux violences sexuelles, des femmes, à travers le monde, s’écrient :  « No means no ». Et de nombreuses voix abordent frontalement le sujet des « zones grises », ces expériences sexuelles qui ne sont pas toujours punissables par la justice mais peuvent s’avérer traumatisantes ou poser des problèmes moraux et politiques. 

La philosophe Manon Garcia, connaisseuse de l’œuvre de Simone de Beauvoir, dont la pensée traversait son premier livre, On ne naît pas soumise, on le devient, s’attaque dans La conversation des sexes. Philosophie du consentement, à cette expression comme concept. Elle en retrace l’archéologie, en passant par la philosophie politique du consentement, et sa signification dans la pensée libérale, l’illustre par l’exemple du BDSM, non sans multiplier les détours par le droit et la psychologie. Son approche philosophique enrichit une littérature toujours plus dense sur le thème de l’intime comme fait politique, souvent abordé par la sociologie et l’économie. 

Le consentement, Manon Garcia en dresse même la critique, toujours en revenant à de nombreux travaux. Ne risque-t-il pas de devenir, dans le droit notamment, qu’un assentiment, passif, de la femme aux avances sexuelles de l’homme ? Peut-il seulement y avoir consentement total sans disparition des mécanismes de domination sociale ? « Au fond, la question du consentement sexuel est analogue au problème philosophique classique du libre-arbitre », rappelle l’auteure. Qui n’abandonne pas toutefois la force qui réside dans le terme, devenu revendication : « Si, face à toutes les réserves que l’on peut avoir face au vocabulaire du consentement, il continue d’être tant utilisé, c’est précisément parce qu’il contient quelque chose comme la promesse d’un érotisme entre égaux, où les consentements s'échangent plus qu’ils ne se donnent unilatéralement. »  

Le consentement peut-il être la prochaine révolution sexuelle ? Manon Garcia clôt sa réflexion en vantant les mérites de la conversation érotique. 

Manon Garcia est philosophe, Assistant Professor à l’université de Yale et autrice de “La conversation des sexes” (Climats, 2021), qui fait suite à "On ne naît pas soumise, on le devient" (Climats, 2018).

Les leçons du rapport Sauvé

Quel est votre regard sur le rapport Sauvé, et sur ce qu'il dévoile ?

C'est difficile de dire quelque chose d'autre que la consternation, la tristesse. Pour voir les choses de façon optimiste, on peut se dire qu'enfin c'est bien, on voit ce qui s'est passé, qu'on ait ces chiffres atroces. En même temps, les chercheuses et les chercheurs ont montré depuis longtemps l'importance de la pédocriminalité, et le fait que les enfants étaient les oubliés de la lutte contre les violences sexuelles, même si cela a changé un peu avec #MeTooInceste. Mais aujourd'hui, ce qui prime, c'est la tristesse et la colère.

Questions de morale

Dans votre ouvrage, il est question assez largement de philosophie, notamment de philosophie morale : Kant, Rousseau... Et là, on voit que ces personnes, les prêtres, censément détenteurs d'une morale et aussi d'une morale sexuelle, ont commis ce qui passe aujourd'hui pour l'un des pires crimes que l'on puisse commettre à l'égard d'un enfant.

Pour moi, la question des abus sexuels dans l'Eglise a peu à voir avec le consentement puisque par définition, on ne peut pas consentir, quand on est mineur, à avoir un rapport sexuel avec un majeur détenteur d'une autorité, d'un magistère moral... Donc c'est vrai qu'il n'y a pas de consentement possible. Mais ce qui m'intéresse, en effet, c'est de proposer une approche de philosophie morale, au sens où cette dernière s'intéresse à la valeur de nos actions. Et là, il y a une contradiction très forte entre un magistère morale et des actions clairement interdites.

L'ambiguïté du "consentement"

Vous expliquez que le mot de "consentement", qui semble pourtant univoque, est en réalité beaucoup plus compliqué. Dites-nous pourquoi ce terme doit être problématisé selon vous.

A la suite de #MeToo, cette notion s'est popularisée, on y a vu un Graal de l'égalité hommes-femmes. Il me semble que l'on a une vision un peu trop simple de ce que c'est. Un certain discours dit par exemple : "le consentement, c'est ce qui sépare le sexe du viol". Comme si finalement, le viol c'était : "sexe moins consentement". Or c'est compliqué, car on ne considère pas qu'un vol, c'est le don moins le consentement. Il y a donc bien quelque chose de spécifique dans le viol, que l'absence du consentement ne suffit pas à expliquer.

Et puis on a pu se demander si consentir, c'est ne pas dire non, ou bien si c'est dire oui, sauf qu'en fait, ce que je veux montrer, c'est que c'est beaucoup plus compliqué : accepter un rapport sexuel, cela demande une analyse philosophique précise, appuyée sur des cas particuliers que l'on analyse en détails.

Le terme de "non-consentement" n'est pas non plus, selon vous, aussi univoque qu'il paraît, pourquoi donc ?

Il me semble qu'il faut distinguer le fait de refuser et le fait de ne pas accepter. Ce n'est pas la même chose d'avoir un rapport sexuel avec quelqu'un qui nous force (physiquement, ou moralement par du chantage), ou de se contraindre un peu. En réalité, il y a un continuum entre le meilleur sexe et le pire viol, alors qu'on a tendance à croire que le viol, c'est dans un parking, la nuit, alors que le sexe, c'est l'amour et le respect. Ces deux cas sont loin de la majorité des expériences sexuelles que font les gens. Alors ce qui m'intéresse, en tant que philosophe morale, c'est comment évaluer tous les cas qui sont entre ces deux pôles.

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  • philosophe, Junior Fellow à la Society of Fellows de l’université de Harvard
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