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Prière en l'honneur de Max Soviak, un des 13 soldats américains morts dans l'attentat de Kaboul, le 29 août 2021.

Les États-Unis dans le monde après le 11 Septembre : une hégémonie contestée

38 min
À retrouver dans l'émission

En cette veille du 20e anniversaire du 11 Septembre, nous interrogeons la place des États-Unis dans le monde, entre aspirations contrariées à l'hégémonie et désir d'être acteurs de la paix

Prière en l'honneur de Max Soviak, un des 13 soldats américains morts dans l'attentat de Kaboul, le 29 août 2021.
Prière en l'honneur de Max Soviak, un des 13 soldats américains morts dans l'attentat de Kaboul, le 29 août 2021. Crédits : AFP

Aux États-Unis, des franges entières de l’opinion publique rejoignent leurs dirigeants sur un point : l’hégémonie américaine est synonyme de sécurité pour leur pays, et de stabilité pour le reste du monde. 

Frappés en plein coeur il y a vingt ans lors des attentats du 11-Septembre, les États-Unis se sont lancés dans deux aventures guerrières coûteuses, en Afghanistan et en Irak. Deux décennies plus tard, l’apparition de l’État islamique puis le retour en force des Talibans remettent en question l’efficacité de cette approche interventionniste, basée largement sur la force militaire. 

Le temps de l’hégémonie américaine est-il derrière nous ? Simon Reich, professeur de sciences politiques et spécialiste des relations internationales, critique du concept d’hégémonie américaine, replace le 11 Septembre dans le temps long de la quête d’une influence mondiale et d’une stratégie globale par les décideurs politiques à Washington. 

Il décrypte aussi la difficulté pour les dirigeants américains à trouver une doctrine diplomatique et militaire cohérente dans le cadre de la guerre contre le terrorisme et des crises économiques. 

Pour en parler, nous recevons Simon Reich, professeur de sciences politiques et membre de la faculté de la Division des affaires mondiales de l'Université Rutgers à Newark, chercheur associé au Center for International Studies (CERI) de Sciences Po. Spécialiste de relations internationales, il est notamment co-auteur de Across Type, Time and Space: American Grand Strategy in Comparative Perspective (Cambridge 2021), et de Good-Bye Hegemony! (Princeton 2015). Il est rejoint par Michael Doyle, chercheur en relations internationales et professeur de politique et d'affaires internationales à l'Université Columbia.

Le tournant du 11 Septembre

Pourquoi cette date du 11 Septembre est-elle à ce point un tournant ?

Quand les Américains pensent à l'histoire mondiale, ils ont tendance à créer des périodes. Quand ils font cela, les exemples comprennent la fin de la Seconde Guerre mondiale, la Chute du mur de Berlin, et bien sûr le 11 Septembre, car cela a brisé le caractère inattaquable de la notion que les Etats-Unis avaient de leur propre position dans le monde. Simon Reich

La fin de la Guerre froide était éprouvée comme une victoire : il y avait une "fin de l'histoire", les conflits majeurs étaient terminés. Le 11 Septembre a révélé au public états-unien que nous étions aussi vulnérables que le reste du monde. Par rapport à la manière dont cela a affecté la stratégie, nous sommes allés d'un scénario où il nous semblait que le monde convergeait vers la démocratie libérale, à un scénario où nous comprenions qu'il y avait des forces en conflit et où les Etats-Unis sentaient le besoin de s'engager contre ces forces de résistance. Simon Reich

De la Guerre froide à la lutte anti-terroriste

Les Etats-Unis auraient réussi au sens où ils ont pu défaire le communisme. En revanche, face à la menace islamiste au sens large, les Américains n'ont toujours réussi à en venir à bout. Est-ce qu'ils étaient mieux préparés à la Guerre froide que contre ces nouvelles formes de conflit ?

Comme toutes les grandes puissances, les Etats-Unis ont une grande confiance dans leur puissance militaire : ils doivent pouvoir vaincre tout adversaire. Ici, l'idée était que, que ce soit des grandes puissances comme l'URSS, ou des acteurs non-traditionnels, ils devaient tous pouvoir être battus par le pouvoir militaire. L'erreur des Etats-Unis a été de ne pas voir la différence et de répondre de la même manière, avec la croyance que leurs capacités militaires supérieures pourraient vaincre des acteurs non-étatiques comme les talibans. Simon Reich

Depuis l'intervention états-unienne en Afghanistan, il n'y a pas eu de nouvelle attaque terroriste aux Etats-Unis, alors que l'Europe en a connu de nombreuses. Y a-t-il un lien ?

C'est une très bonne question. Si l'on réfléchit à l'Europe d'une façon comparative, il y a eu des attaques majeures ces dernières années, comme le rappelle cette semaine l'ouverture du procès sur le Bataclan. Mais je ne pense pas que les défenseurs diraient que ceci est la preuve que le 11 Septembre a eu son effet, que c'était un succès. Pour la sécurité des Etats-Unis, les évolutions sont positives, mais si l'on regarde la diminution du terrorisme dans l'ensemble du monde, c'est moins évident. Simon Reich

Un nouveau monde

Le nouveau monde qui est apparu après le 11 Septembre, ce n'est ni tout à fait la paix, ni tout à fait la guerre, et en même temps autre chose aussi que la Guerre froide ?

C'est cela. C'était un monde qui était passé d'une époque où les Etats-Unis et ses alliés semblaient dominer l'espace politique global, comme dans les années 1990, et soudainement, le pays le plus puissant au monde avait connu la pire attaque contre son peuple depuis 1941. C'était l'état de choc, et tout a changé. Michael Doyle

Le président Bush est passé d'un état de faiblesse politique à un état d'approbation très fort : tout ce qu'il disait, après le 11 Septembre, serait suivi. Et soudain, il a déclaré une guerre contre la terreur : une guerre globale dans son terrain, et universelle dans ses conséquences. Cela nous a amené à une présence universelle de la guerre : n'importe quel pays qui se mettait du côté des Etats-Unis devenait un ami, et cela a donné licence à l'autoritarisme autour du monde. Michael Doyle

Intervenants
  • Professeur de sciences politiques et membre de la faculté de la Division des affaires mondiales de l'Université Rutgers à Newark, chercheur associé au Center for International Studies (CERI) de Sciences Po. Spécialiste de relations internationales, il es
  • Chercheur en relations internationales et professeur de politique et d'affaires internationales à l'Université Columbia
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