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le 01 septembre 2020, des élèves portant des masques de protection au collège Françoise-Giroud à Vincennes, à l'est de Paris.

Rentrée des classes : classements et déclassements. Avec Éric Maurin et Annabelle Allouch

44 min
À retrouver dans l'émission

L’école peut-elle, aux temps du coronavirus, permettre de réduire les inégalités sociales plutôt que de les décupler ?

le 01 septembre 2020, des élèves portant des masques de protection au collège Françoise-Giroud à Vincennes, à l'est de Paris.
le 01 septembre 2020, des élèves portant des masques de protection au collège Françoise-Giroud à Vincennes, à l'est de Paris. Crédits : MARTIN BUREAU - AFP

Aujourd’hui, c’est la rentrée des classes pour de nombreux élèves qui espèrent retrouver enfin un rythme aussi stable que possible après deux années scolaires hautement perturbées par la crise sanitaire. Cette dernière, surtout à la suite du premier confinement, a tant accru les inégalités entre élèves que la question de sa capacité à réaliser la promesse républicaine de l’idéal méritocratique se pose avec une acuité toute particulière.

L’idée républicaine telle que nous la connaissons aujourd’hui, et qui s’enracine dans les réformes fondatrices de la IIIe République, nous semble inséparable d’une conception méritocratique et égalitaire de l’école, selon laquelle cette dernière est l’institution qui doit permettre l’accès aux positions de pouvoir non pas seulement à quelques élus privilégiés, mais à toute personne prête à fournir des efforts pour réussir.  

Que penser alors à la fois de l’enrayement des logiques d’ascension scolaire permises en droit par le secondaire et l’enseignement supérieur, et du même coup, de l’essoufflement de la confiance dans le pacte méritocratique ? L’idée de mérite a-t-elle encore un sens pour penser l’école de la République, ou bien n’est-elle que le vêtement idéologique d’une reproduction sociale qui ne dit pas son nom ? Existe-t-il une autre manière de politiser le mérite que celle qui a eu cours jusqu’à aujourd’hui ? 

Pour en parler, nous recevons l’économiste et sociologue Éric Maurin, directeur d’études à l’EHESS et professeur à l’Ecole d’économie de Paris récemment auteur de "Trois leçons sur l’école républicaine" (Seuil), et la sociologue Annabelle Allouch, qui vient de faire paraître Mérite aux éditions Anamosa, après avoir publié en 2017, au Seuil, La Société du concours.

Une perte de confiance dans l'école ?

Il semble y avoir, dans l'actualité médiatique et éditoriale, un certain pessimisme quant à la capacité de l'école à lutter contre les inégalités, pourquoi ?

Je ne suis pas sûr qu'il y ait tant de pessimisme que cela sur la méritocratie : les diplômes continuent de structurer la manière dont on continue à se définir comme méritants, et ce mérite scolaire configure toujours l’espace public. On trouve de la rhétorique méritocratique partout. Le 12 juillet dernier, en annonçant la quatrième vague, Macron dit que deux valeurs vont structurer la sortie de crise : le travail et le mérite. Donc il semble y avoir toujours une certaine confiance dans ces valeurs. Annabelle Allouch

Je pense qu’on est pessimistes en grande partie à cause des évaluations internationales : pour un œil de droite, on est juste au-dessus de la moyenne en qualité ; pour un œil de gauche, on est parmi les plus inégalitaires. Eric Maurin

L'idée de mérite

Que peut-on dire de l'idée même de mérite, qui structure ces questions ?

Le mérite est une notion où il y a peu de définitions partagées. On sait surtout ce que n’est pas le mérite : je ne choisis pas de naître à un endroit plutôt que de tel autre. L’idée du mérite est dure à sortir de la tête des gens : en fonction des conditions qu’on propose aux gens, ils ne répondent pas de la même manière, et donc on attribue les différentes réactions au mérite. La difficulté, c’est qu’on ne sait pas non plus décliner le mérite au niveau individuel. Eric Maurin

Malgré ces critiques sur le mérite, on continue à y croire, malgré les classements PISA, tout l’apport de la sociologie depuis les années 1960 : l’école valide le capital culturel, le travail des familles d’accompagnement à l’école. On continue d’envoyer nos enfants à l’école, d’essayer de les faire travailler. Comme enseignante, je dis à mes élèves qu’ils doivent travailler pour avoir de bonnes notes. Annabelle Allouch

Les invités soulignent qu'on a parfois l’impression que le mérite est utilisé pour nous faire croire dans l’école alors que ses promesses méritocratiques ne sont pas tenues.

C’est une fiction utile pour mettre les élèves au travail.  On continue à y croire parce que notre espace public est saturé de ces rhétoriques méritocratiques parce que le mérite organiserait l’accès à des positions sociales privilégiées. Annabelle Allouch

Il y a une efficacité instrumentale du mérite : on rétribue les élèves d’une façon différente en fonction des résultats ou des progrès. Cela produit des effets différents dans les classes. Si d’un seul coup, on disait que tout le monde sera payé pareil, on aurait beaucoup moins d’efforts pour être diplômé. Ce qui est un miroir aux alouettes, c’est de parler du mérite comme principe de justice ; mais comme principe instrumental efficace, oui, cela marche pour mobiliser les élèves. Toute l’aporie du mérite, c’est que si l’on veut une société sans inégalité, on va mettre en place un système qui rétribue les pratiques non-inégalitaires, par construction, rétribuer les plus méritants, c’est inégalitaire. Eric Maurin

La polémique Blanquer

La récente déclaration de Jean-Michel Blanquer rapprochant la distribution de l'allocation de rentrée scolaire et l'augmentation des ventes d'écrans plats sur la même période, soulève la question du mérite des aides sociales et des inégalités matérielles. 

On retrouve l’idée de l’assistanat : il faudrait mériter les allocations. Or ces allocations de rentrée sont offertes à tout le monde du point de vue du principe de solidarité, comme la sécurité sociale. Donc la remarque est inepte, mais dit quelque chose de notre représentation des classes populaires. Annabelle Allouch

C'est l'occasion de rappeler que les inégalités à l’école ne sont pas que le fait de l’école : il y a aussi les inégalités matérielles qui montrent que, par exemple, selon que l’on grandit à trois par pièce ou dans des logements spacieux, on n’a pas les mêmes carrières. Donc toute réduction des inégalités matérielles va aider pour l’école. Eric Maurin

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Intervenants
  • Economiste et sociologue Directeur d'études à l'EHESS et professeur à l'Ecole d'Economie de Paris
  • maître de conférences en sociologie à l'université de Picardie-Jules Verne, spécialisée dans les questions d'éducation
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