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Femme opposant sa paume.

Violences faites aux femmes : du discours à l’action publique. Avec P. Delage, F. Mar et D. Mottier

43 min
À retrouver dans l'émission

Les violences faites aux femmes sont centrales dans le discours féministe comme dans celui de l’État. Mais dans les faits, l’action publique est encore lente à s’exercer de manière efficace, notamment dans les territoires ruraux.

Femme opposant sa paume.
Femme opposant sa paume. Crédits : Carol Yepes - Getty

Les violences faites aux femmes se sont imposées comme un axe de combat important du mouvement féministe. Elles sont aussi au cœur du discours public, décrétées « grande cause du quinquennat » par le président Emmanuel Macron. 

Comment cette importance prise dans le débat public se traduit-elle dans les faits ? Les politiques sont-elles suffisamment ambitieuses, et surtout, sont-elles efficaces ? Quels sont les ressorts de l’action publique, basée à la fois sur une vision sociale et juridique du problème ? Enfin, comment le mouvement féministe et les institutions dialoguent-ils ? 

Pour répondre à ces questions, Pauline Delage, sociologue chargée de recherche au CNRS, rattachée au laboratoire Cresspa-CSU, auteure notamment de Violences conjugales. Du combat féministe à la cause publique (Paris, Les Presses de Sciences Po, 2017), est notre invitée.

Françoise Mar, co-fondatrice de l’association "Les Chouettes" et accompagnante de femmes victimes de violences, à Die (Drôme), et Denis Mottier, lieutenant-colonel de la Gendarmerie, quant à eux, viennent nous parler des spécificités de la lutte contre les violences faites aux femmes dans les territoires ruraux, dans lesquels l’action publique a plus de mal encore à se traduire concrètement et où les manques sont encore nombreux à en croire la militante associative.

Protéger les victimes

Françoise Mar nous présente son association, et nous explique ce que signifie accompagner des personnes victimes de violences faites aux femmes.

L'association existe depuis deux ans et demi, et accompagne une quarantaine de femmes. On leur donne une présomption de crédibilité qu'elles n'obtiennent pas forcément ailleurs. On voit avec elles ce dont elles ont besoin, on soutient leurs objectifs et on les oriente vers un réseau de partenaires sélectionnés parce que nous savons qu'ils ne rajouteront pas de violences : des psychologues, des partenaires judiciaires... Françoise Mar

Une autre question qui se pose, c'est celle de l'éloignement du conjoint.

Il y a très peu d'ordonnances de protection dans notre département. C'est pourtant une mesure intéressante qui permettrait que la femme reste au domicile. Les femmes victimes de violence ont souvent des problèmes de logement, et peu de moyens. L'isolement géographique rend les départs complexes. Il y a aussi l'absence d'anonymat. Tout cela fait que ces femmes, en moyenne, partent sept fois avant de partir vraiment : elles testent les départs. Françoise Mar

Radiographie des violences faites aux femmes

Il faut savoir que la moitié des violences perpétrées sur des femmes le sont dans des zones rurales, avec des problématiques particulières. Avant d'évoquer cela, Pauline Delage nous explique la situation actuelle de ces violences. On en a beaucoup parlé pendant le confinement, où l'on a évoqué une hausse.

Ce sont effectivement les associations, notamment féministes, qui ont les premières rendu ce problème visible. De fait, elles ont contribué à faire reconnaître ce problème, à interpeler les pouvoirs publics. S'agissant des violences, il faut d'abord rappeler que lorsqu'on parle d'une hausse des violences, on s'appuie souvent sur les dépôts de plainte. C'est difficile de savoir s'il s'agit d'une hausse des violences elles-mêmes ou d'une hausse des déclarations. En tout cas, le confinement était une période propice pour des violences aient lieu au sein du couple. Pauline Delage

Récemment, on a aussi collecté des données sur les féminicides, qui soulignent une baisse tendancielle depuis 2006. C'est probablement lié à une reconnaissance plus grande du problème. Donc on peut imaginer que l'action publique a peut-être des effets. Pauline Delage

Françoise Mar donne elle aussi, du point de vue associatif, son regard sur la situation actuelle des violences faites aux femmes, notamment pendant les confinements et la période de la crise sanitaire.

Il y a eu plus d'appels sur les numéros nationaux, mais à la gendarmerie de Die, il y a plutôt eu moins de femmes à venir. On n'a pas eu de surcroît de plaintes. Par contre, notre exercice d'accompagnement a été très compliqué. Il fallait que les dames viennent chez nous. Le confinement a rajouté du malaise psychique, c'est certain, mais il n'y a pas eu de surcroît de violences. Françoise Mar

Le travail de la gendarmerie : accueillir et accompagner

Depuis le Grenelle consacré aux violences faites aux femmes, Denis Mottier est en charge de cette question pour la gendarmerie. Il nous explique ce qui a été concrètement fait pour mieux accueillir et accompagner les femmes victimes de violences.

Ce qui a été fait depuis le Grenelle est un travail multi-partenarial. Nous avons mis en œuvre un certain nombre de choses, dont l'amélioration de l'évaluation du danger, de l'accueil dans les structures, de l'accompagnement des victimes au long de leur parcours dès l'instant où une plainte est déposée. Denis Mottier

Françoise Mar donne elle aussi son point de vue sur l'accompagnement des femmes victimes de violence par les gendarmes.

Chez nous, on a de la chance. On a la possibilité d'accompagner les femmes, quand elles le souhaitent, en gendarmerie, de prendre rendez-vous avec des gendarmes formés et très ajustés. Quand les femmes ont la possibilité de rencontrer quelqu'un qui manifeste son empathie, c'est beaucoup plus confortable pour elles. Par contre, il faut souligner que les gendarmes sont surchargés de travail, même avec la meilleure volonté du monde : là aussi, il y a un malaise dans les institutions. Françoise Mar

Faire aboutir les plaintes

Il y a aussi ce chiffre alarmant et étonnant : une bonne partie des plaintes n'arrivent pas à leur terme.

Il faut d'abord rappeler que si l'on prend le problème des violences faites aux femmes comme un problème isolé, on passe à côté d'une meilleure prise en charge. Car si les services publics, les travailleurs sociaux, n'ont pas le temps de faire un travail d'accompagnement, qui est très long, alors de fait, on ne peut pas espérer avoir de meilleure prise en charge par des agents publics qui sont surchargés. Pauline Delage

S'agissant des plaintes qui n'aboutissent pas, il y a différents filtres : d'abord, le filtre de l'accueil, et il est bon que des dispositifs soient mis en place pour les forces de l'ordre reçoivent correctement les plaignantes ; ensuite, il y a la question des preuves qui se pose, et comme on sait qu'une part des violences commises sont psychologiques, c'est souvent dur de prouver qu'elles existent. Puis il y a un autre problème : celui de la reconnaissance des violences. Pour les violences sexuelles, on sait qu'elles sont perçues par les policiers comme probables quand il y a une forte distance sociale entre la victime et l'agresseur, ce qui rend difficilement crédibles tous les viols conjugaux, pourtant très nombreux. Pauline Delage

On dit tout de même parfois que 90% des plaintes n'aboutissent pas. Denis Mottier nous livre le regard de la gendarmerie sur cette question.

Déjà, il faut partir du fait que nous recueillons beaucoup plus de plaintes, car la parole s'est libérée depuis le Grenelle des violences conjugales. Nous avons porté notre effort sur ce recueil de la parole. Les gens se confient plus. Il arrive aussi que des femmes viennent retirer leur plainte après avoir émis un cri d'alarme. Ensuite, il y a un processus judiciaire : les gendarmes recueillent les plaintes, et c'est au pouvoir judiciaire de poursuivre ou pas. Denis Mottier

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Intervenants
  • Sociologue et politiste, enseignante à Lyon 2, chercheuse associée au LAMES
  • Co-fondatrice de l’association Les Chouettes et accompagnante de femmes victimes de violences, à Die (Drôme)
  • Lieutenant-colonel de la Gendarmerie.
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