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5G : une bataille économique et géopolitique

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À retrouver dans l'émission

La compétition pour l'installation du réseau de la 5è génération de technologie mobile s'intensifie. C'est devenu un enjeu géopolitique majeur entre la Chine et les Etats-Unis. Une bulle éco signée Catherine Petillon

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. Crédits : WANG ZHAO - AFP

Elle ne sera pas là avant 2020 au moins, mais la 5G fait déjà l'objet d'âpres batailles. Ce qui est aujourd'hui en jeu, ce sont les conditions de déploiement de cette nouvelle technologie de communication. Toute avancée de ce type donne lieu à des guerres commerciales. Celle-ci est d'autant plus aigüe que le saut est important. 

Retombées industrielles 

D'abord rappelons de quoi il s'agit. Nous utilisons aujourd'hui la 4G pour nos terminaux mobiles. Si tant est, soit dit en passant, que l'on bénéficie de la couverture- c'est loin d'être le cas partout. En tout cas, le grand public s'en sert pour ses communications, le téléchargement de vidéos ou encore l'utilisation d'application sur son téléphone. La 5G, elle, doit offrir plus de rapidité et une énorme capacité, afin d'absorber un fort trafic de données. Conséquence, elle aura des applications bien plus importantes et variées. Surtout, elle servira aux objets connectés. Ses retombées industrielles sont donc potentiellement gigantesques. On la trouvera dans des secteurs comme l'énergie, la chirurgie à distance ou la voiture autonome. Mais aussi dans des installations militaires, les hôpitaux, les ports, les usines etc . Autant dire que son rôle sera structurant dans l'économie ; et hautement stratégique. On comprend bien que cela pose aussi de nombreuses questions de sécurité. 

Espionnage

Les ingrédients sont donc réunis pour une compétition afin d'être l'équipementier qui dominera le marché. Et les questions de sécurité et de souveraineté des données ont renforcé le tour géopolitique donné à cette bataille économique. L'attention est focalisée sur un acteur en particulier : Huaweï. L'entreprise chinoise est le deuxième vendeur de smartphones au monde et surtout le premier fournisseur d'équipements télécoms. Elle est au coeur d'une polémique internationale depuis que les Etats-Unis l'accusent d'espionnage. Notamment d'installer des portes dérobées numériques dans ses équipements,ce qu'on appelle des backdoors. Pour dire vite, des ouvertures permettant d'avoir accès aux communications passées dans l'ensemble des pays qui utilisent ses services.

Ce que l'on sait aujourd'hui, c'est que Huaweï a une position cruciale sur le marché. Et une activité particulièrement offensive dans le jeu d'influence pour le dominer. Démarche somme toute classique pour toute grande entreprise qui cherche à asseoir ses positions. Reste que son patron, ancien ingénieur de l'armée chinoise, et les pratiques passées de l'entreprise, sont régulièrement mis sur la liste des indices à charge. Quand Huaweï ne cesse de se défendre de toute pratique d'espionnage, les Etats-Unis, eux, brandissent la législation chinoise. Depuis 2017 elle oblige les entreprises du pays à collaborer avec les autorités dans le cadre de l'effort national pour le renseignement. Voilà qui permet d'alimenter les soupçons. Mais à ce jour, il n'existe aucune preuve tangible de cette accusation américaine.
En somme, l'argument de la sécurité, s'il est bien réel, habille une bataille économique et politique. D'autant plus que la Chine maîtrise l'équipement mais aussi tout l'écosystème qui va avec, autrement dit les entreprises dont les services reposeront sur la 5 G.Alibaba, Baidu et bien d'autres sont de sérieux concurrents au géants américains.

Pressions américaines

Dès 2012, les Etats-Unis ont exclu Huaweï de leur appels d'offres. Suivis ensuite par l'Australie et la Nouvelle-Zélande. Surtout, l'été dernier les Américains ont lancé une offensive diplomatique, mettant la pression à leurs alliés pour qu'ils fassent de même. Prise en étau entre ces deux camps, l'Europe est divisée. Partagée entre la nécessité de rassure et celle de ne pas froisser un partenaire commercial crucial  L'Allemagne, où  l'appel d'offre pour la 5G s'achève aujourd'hui, avait été directement mise en garde par les Etats-Unis, Elle n'a finalement pas exclu Huaweï, malgré les menaces de Washington de revoir la coopération sécuritaire transatlantique.  Cette semaine, la Commission européenne, a refusé de céder à ces pressions américaines. Autrement dit elle ne propose pas de bannir les groupes chinois des appels d'offre. Sans jamais citer Huaweï, la Commission invite les Etats à évaluer d'ici fin juin les risques liés aux infrastructures 5G au niveau national.  La France, après le rejet d'un amendement à la loi Pacte, ces questions font l'objet d'une proposition de loi déposée par des députés En marche. Les questions de souveraineté sur les données, de domination de quelques acteurs sont cruciales. Et la 5G interroge, une fois encore, la capacité de réaction politique, nationale et européenne, face à ces enjeux.

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