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La déforestation pourrait s'accélérer de 5% par an dans les pays du Mercosur, estime le rapport rendu hier au Premier Ministre sur le Mercosur. Les incendies en Amazonie n'ont pas connu de pause cet été. Ici, 10 août dans le Mato Grosso

Accord avec le Mercosur : la déforestation au cœur du rejet français

4 min
À retrouver dans l'émission

La France reste opposée à l'accord commercial avec le Mercosur, insuffisant selon elle pour limiter la déforestation. Est-ce possible de rouvrir les négociations sur l'accord signé par l'UE en juin 2019 ? OUI. Et de limiter la déforestation par ce biais ? Qui sait...

La déforestation pourrait s'accélérer de 5% par an dans les pays du Mercosur, estime le rapport rendu hier au Premier Ministre sur le Mercosur. Les incendies en Amazonie n'ont pas connu de pause cet été. Ici, 10 août dans le Mato Grosso
La déforestation pourrait s'accélérer de 5% par an dans les pays du Mercosur, estime le rapport rendu hier au Premier Ministre sur le Mercosur. Les incendies en Amazonie n'ont pas connu de pause cet été. Ici, 10 août dans le Mato Grosso Crédits : Carl DE SOUZA - AFP

Ça ne fait pas beaucoup de bruit une forêt qui brûle... et l'Amazonie brûle depuis des années. Régulièrement. 1995 et 2004 furent les pires années, mais jamais la déforestation n'a cessé. Elle est repartie de plus belle depuis 2018, a atteint un niveau exceptionnel l'an dernier, et cette année encore, l'institut brésilien qui mesure ce phénomène a constaté 57 000 feux depuis le 1er janvier.   

La plupart de ces feux sont criminels, imputables à la volonté d’accroître les terres agricoles brésiliennes, pour l'élevage ou d'autres cultures.   

Comment dans ce contexte signer un accord de libre échange avec l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay qui augmente les quotas d'exportation de plusieurs produits agroalimentaires sans droits de douane, et peut inciter les éleveurs brésiliens et argentins à en produire plus ?   

En juin 2019, cela n'a pas été un frein à la signature de l'accord commercial entre l'Union Européenne et le Mercosur. L'accord est signé et la commission est en train de le traduire en terme juridique. 

Aujourd'hui que la balle est dans le camp des pays de l'UE, pour la ratification, difficile de faire comme si.... et de regarder ailleurs.   

Déjà réticente il y a un an, la France a redit cette semaine son opposition au projet d'accord avec le Mercosur "en l'état". 

L'accord n'est pas assez ambitieux, il peut conduire à une accélération de la déforestation, et il n'est pas l'outil qui permettra d'amener les pays du Mercosur (Brésil Argentine Paraguay Uruguay) à une meilleure prise en compte du dérèglement climatique et la protection de la biodiversité. 

Ces conclusions, le communiqué du Premier ministres les a extraites du rapport Ambec. Pendant un an, des experts, économistes, juristes, vétérinaires, entre autres ont été mandaté pour étudier les conséquences de l'accord avec le Mercosur, et effectivement ils l'écrivent au tout début de leur rapport : cet accord "est une occasion manquée", notamment de préserver l'Amazonie.

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Vous pouvez écouter l'interview de Mr Ambec dans le journal de 12h30 du 18 septembre, jour de la remise du rapport. 

Loin de conduire potentiellement à une réduction de la déforestation, cet accord pourrait l'accélérer de 5% par an sur les 6 premières années calcule le rapport Ambec, du nom de son président Stéphane Ambec, un économiste de l'environnement.   

5% par an, c'est déjà inquiétant, l'institut Veblen et la Fondation Nicolas Hulot donnent un autre chiffre 25% par an... et à l'inverse le rapport qu'avait commandé la commission européenne n'a émis que des préoccupations modérées, sans donner de chiffre.   

Pourquoi de telles divergences ? Cela dépend des hypothèses retenues, et du périmètre du calcul. Première hypothèse, commune à toutes les estimations, l'accord avec le Mercosur va accroître les exportations de bœuf vers l'Union Européenne. 

Comment les éleveurs brésiliens et argentins vont-ils faire pour produire plus ? C'est là qu'il y a divergence. 

Le rapport rendu à la commission européenne considère qu'ils vont augmenter leur productivité, et qu'ils n'auront pas besoin de terres en plus. Le rapport AMBEC estime au contraire qu'il faudra 700 000 hectares de terres supplémentaires. Mais la commission a limité ses calculs aux parties nobles qui sont exportées vers l'Europe, l'aloyau, alors que les ONG ont pris en compte la bête entière.   

Qui croire ? Difficile à dire, juge Sébastien Jean, l'un des économistes qui a participé à la commission Ambec. 

On a du mal à estimer de combien les exportations de bœuf venues du Mercosur peuvent augmenter, et on a aussi du mal à établir la causalité entre production bovine et déforestation. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il y a un risque, et qu'en face, les gains qu'on peut attendre de cet accord ne font pas vraiment le poids. Sébastien Jean, directeur du Cepii, et participant à la commission Ambec.

Ce qui pèse lourd en défaveur de l'accord avec le Mercosur, c'est aussi le président brésilien Jair Bolsonaro, qui déclarait cet été, lors d'un sommet sur l'Amazonie.   

C'est une forêt tropicale, et donc elle ne peut pas prendre feu. Cette histoire selon laquelle l'Amazonie prend feu, c'est un mensonge.! Jair Bolsonaro le 10 août 2020.

Des propos qui ne sont pas inédits, le président Brésilien l'avait aussi dit l'an dernier. Selon Jair Bolsonaro "Il y a en Europe, une secte environnementale, qui veut nuire aux intérêts de l'agrobusiness brésilien".   

Difficile après ça d'espérer une coopération constructive avec ce pays, même si elle est prévue dans l'accord signé par l'Union Européenne.   

La France n'est pas le seul pays de l'UE à avoir dit ses réserves. Il y a aussi l'Irlande, l'Autriche, les Pays bas, et même l'Allemagne (alors qu'elle a beaucoup à gagner sur le plan industriel).    

La commission européenne va-t-elle devoir rouvrir des négociations ? Pour cela il faudrait que les pays de l'UE le demandent et que ceux du Mercosur l'acceptent. Peut-on réellement limiter la déforestation en changeant l'accord ? Ce serait disent certaines ONG, possible de conditionner l'ouverture des marchés européens à des avancées concrètes et suivies, sur la déforestation mais pas seulement.  

Aujourd'hui, il est essentiel de conditionner directement les calendriers de démantèlement tarifaire au respect effectif d'un certain nombre de critères écologiques, mais aussi sociaux et fiscaux. Ces clauses ont été esquissé dans certains accords. Notamment le "Transpacifique", il y avait une clause sur le respect des droits syndicaux au Vietnam qui avait été envisagée par les Etats Unis. Finalement, elle n'a pas été utilisée car les USA n'ont pas souhaité aller jusqu'à la ratification de cet accord, mais c'est quelque chose qu'on saurait écrire en droit". Mathilde Dupré, co-présidente de l'Institut Veblen. 

Avis non partagé par Attac qui considère toujours, comme écrit dans une note publiée l'an dernier, qu'il faut plutôt "Engager la “re-régulation” du commerce international, dans l’optique d’interdire à terme toute importation en France de produits agricoles et forestiers (soja, éthanol, huile de palme, etc) dont la production est directement liée à la déforestation en Amazonie ou ailleurs".

Les larmes que tout le monde verse pour l'Amazonie, comme le dit la chanson ci-dessous, auront eu le mérite de mettre la commission européenne au pied du mur pour sa politique commerciale. La lutte contre le changement climatique est, dit-elle sa priorité, comment peut elle traduire cela en acte quand il s'agit de sauver l'Amazonie ? L'aventure commence à peine...

Marie Viennot

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